07/04/2017

Le bombardement américain d'une base syrienne provoque un nouveau bouleversement au Moyen Orient

59 missiles" de croisière Tomahawk visent en pleine nuit la base aérienne d'Al-Chaayrat
Donald Trump a déclenché dans la nuit du jeudi 6 au vendredi 7 avril une frappe contre la Syrie en riposte à l'attaque chimique de Khan Cheikhoun imputée à Bachar el-Assad.
Le  président américain a exhorté les "nations civilisées" à faire cesser le carnage dans ce pays ravagé par la guerre civile.


Tir de 59 missiles Tomahawk ordonné par Donald Trump
La première opération militaire des Etats-Unis contre le régime syrien a été menée avec "59 missiles" de croisière Tomahawk, qui ont visé en pleine nuit la base aérienne d'Al-Chaayrate dans la province de Homs (centre).7 avril 2017.jpeg
Les Etats-Unis ont indiqué qu'ils avaient frappé la base aérienne d'al-Chaayrate (photo aérienne ci-contre), parce qu'elle est "associée au programme" syrien d'armes chimiques et "directement liée" à l'"attaque chimique" qui a fait 86 morts dans la ville syrienne de Khan Cheikhoun (nord-ouest).  
Les Etats-Unis ont prévenu la Russie avant de frapper
Les Etats-Unis, qui ont accusé la Russie d'avoir manqué à ses responsabilités en Syrie, avaient prévenu Moscou avant de mener leur frappe aérienne, ceci pour éviter que des militaires russes, présents sur la base, soient touchés par les missiles.
"Les Russes ont été prévenus à l'avance" de la frappe  de missiles sur la base aérienne syrienne, via la ligne de communication spéciale établie entre militaires américains et russes pour éviter les incidents en Syrie, a indiqué le porte-parole du Pentagone Jeff Davis.
Il y a eu "plusieurs conversations aujourd'hui" sur cette ligne spéciale, a indiqué le porte-parole.
La Russie mène des frappes aériennes depuis la fin septembre 2015 en Syrie, où elle a déployé avions et hélicoptères. Son soutien armé et ses frappes aériennes ont aidé le régime de Bachar el-Assad à reprendre l'avantage face aux rebelles syriens.
Militaires américains et russes ont établi dès le début du déploiement russe une ligne spéciale de communication pour échanger des informations sur leurs opérations respectives et éviter tout incident dans le ciel syrien entre leurs appareils.
5 soldats syriens tués  - L'aéroport de Shaayrat totalement détruit
La Syrie avait été prévenue de l'imminence de la frappe américaine par Moscou. L'état-major syrien avait alors organisé l'évacuation de la plupart de ses avions de chasse présents sur la base aérienne avant que les missiles américains atteignent leur cible, rapporte la chaîne de télévision libanaise al-Mayadeen.
Cinq soldats syriens ont malgré tout été tués et huit autres blessés au cours du bombardement. L'aéroport a été presque totalement détruit: le tarmac, le dépôt de fuel et le bâtiment de la défense aérienne ont été pulvérisés. Washington annonce également la destruction de 19 avions.
"Il y a des blessés qui sont atteints de brûlures" et "des incendies que nous tentons de maîtriser", a pour sa part indiqué Talal Barazi, le gouverneur de Homs.
Le gouverneur a précisé à Reuters que la base visée fournissait un soutien aérien aux opérations menées par l'armée syrienne contre les jihadistes de l'Etat islamique (EI) à Palmyre. Selon lui, l'intervention américaine va servir les intérêts des "groupes armés terroristes".
Désormais, Vladimir Poutine ne sera plus le seul "homme fort" au Moyen Orient
L'absence de réaction de l'ancien président Barack Obama malgré une précédente utilisation d'armes chimiques par l'armée de Bachar al-Assad et l'intervention russe en Syrie avait pratiquement sorti les Etats-Unis de la géo-politique moyen-orientale.
Le bombardement ordonné par Donald Trump, passant outre au Conseil de Sécurité de l'ONU, remet Washington en position de force dans la région. Désormais, Vladimir Poutine ne sera plus le seul "zaim" (homme fort) de la région. Il devra partager le pouvoir régional avec son homologue américain, Donald Trump.
Les puissances régionales ne se sont pas trompées sur le message envoyé par le nouveau président américain.
La Turquie juge positives les frappes US en Syrie
La Turquie, qui s'était mis à "flirter", par désespoir de cause devant l'inaction de Washington, avec la Russie, a aussitôt approuvé la frappe américaine. Ankara devrait réorienter sa diplomatie, s'écartant à nouveau de Moscou pour se rapprocher des Etats-Unis.
Quelques heures après le bombardement de la base al-Shaayrate, le vice-Premier ministre turc Numan Kurtulmus a déclaré sur la chaîne Fox TV turque, qu'il considérait les frappes menées par l'armée américaine comme une bonne chose; ajoutant que la communauté internationale devait exprimer sa position face à la "barbarie" du régime syrien. Le gouvernement de Bachar el-Assad doit être puni sur la scène internationale et le processus de paix doit être accéléré en Syrie, a-t-il dit.
L'opposition syrienne se félicite de la frappe américaine et appelle à continuer
L'opposition syrienne s'est félicitée vendredi de la frappe américaine et a appelé à la poursuite des bombardements jusqu'à "neutraliser la capacité" du régime à lancer des raids contre ses adversaires, a déclaré à l'AFP un porte-parole.
"La Coalition de l'opposition salue la frappe et appelle Washington à neutraliser la capacité du (président syrien Bachar al-) Assad à mener des raids", a indiqué Ahmad Ramadan.
"Nous espérons la poursuite des frappes", a-t-il ajouté.
"L'aéroport visé par la frappe américaine était utilisé pour tuer les Syriens et est à l'origine de la mort de milliers d'entre eux en raison des bombardements", a-t-il ajouté.
"L'aéroport abritait un centre pour la fabrication de barils explosifs et un site pour équiper les missiles en substances chimiques", a précisé l'opposant Ahmad Ramadan à l'AFP.
Les barils explosifs sont une armes meurtrière utilisés par les avions du régime syrien contre des fiefs rebelles et qui a fait des milliers de morts pari la population selon des organisations internationales.
L'Arabie saoudite soutient totalement les frappes US en Syrie
L'Arabie saoudite a annoncé vendredi qu'elle "soutenait totalement" les frappes américaines sur des objectifs militaires en Syrie, saluant la "décision courageuse" du président Donald Trump dans sa réponse à l'utilisation présumée d'armes chimiques par le régime syrien contre des civils. "Une source au ministère des Affaires étrangères a exprimé le soutien total du royaume d'Arabie saoudite aux opérations militaires américaines contre des cibles militaires en Syrie qui interviennent en réponse à l'utilisation par le régime syrien d'armes chimiques contre des civils innocents", indique un communiqué diffusé par l'agence SPA.
Le communiqué salue la "décision courageuse" de Trump et affirme que le gouvernement syrien de Bachar el-Assad est responsable de ces frappes militaires.
Israël "soutient totalement" le "message fort" de Trump
Israël a apporté son soutien "total" vendredi aux frappes déclenchées par les Etats-Unis contre la Syrie, un "message fort" que devraient entendre aussi l'Iran et la Corée du Nord, a indiqué le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
"Israël soutient totalement la décision du président Trump et espère que ce message de détermination face aux agissements ignobles du régime de Bachar al-Assad sera entendu non seulement à Damas, mais aussi à Téhéran, Pyongyang et ailleurs", selon son communiqué.
"Par la parole et par les actes, le président Trump a délivré un message fort et clair: on ne tolèrera pas l'usage et la propagation des armes chimiques", dit le communiqué.
M. Netanyahu avait appelé cette semaine à l'action de la communauté internationale pour éliminer les armes chimiques en Syrie.
Israël, grand allié des Etats-Unis, suit avec la plus grande attention les événements chez son voisin syrien. Israël et la Syrie restent officiellement en état de guerre. Le régime syrien est soutenu dans sa bataille contre les rebelles par le Hezbollah libanais et l'Iran, deux grands ennemis d'Israël.
Pour Poutine, Poutine : Les frappes américaines en Syrie, une "agression contre un Etat souverain"
Le président russe Vladimir Poutine a condamné les frappes américaines contre la Syrie. Il les considère comme une "agression contre un Etat souverain", a déclaré vendredi le Kremlin, estimant qu'elles causaient un "préjudice considérable" aux relations entre Moscou et Washington.
"Le président Poutine considère les frappes américaines contre la Syrie comme une agression contre un Etat souverain en violation des normes du droit international, (se fondant) sur des prétextes inventés", a affirmé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par les agences de presse russes.
Les frappes américaines vont causer un "préjudice considérable" aux relations entre Moscou et Washington, a encore déclaré le Kremlin.
"Cette action de Washington cause un préjudice considérable aux relations russo-américaines, qui sont déjà dans un état lamentable", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par les agences de presse russes.
L'Iran condamne
L'Iran condamne fermement les frappes de missiles américains contre la  base aérienne syrienne, a indiqué l'agence de presse ISNA citant un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères vendredi.
"L'Iran condamne fermement toutes les frappes unilatérales de cette nature. De telles mesures vont renforcer le terrorisme en Syrie et vont compliquer la situation en Syrie et dans la région", ajoute ISNA.
"L'Iran condamne l'emploi d'armes chimiques mais estime également qu'il est dangereux, destructeur et contraire au droit international de s'en servir comme d'une excuse pour mener des actions unilatérales", poursuit l'agence.
L'Iran est le principal allié de Bachar el-Assad au Moyen-Orient et a fourni au régime de Damas un soutien militaire et économique dans son combat contre les rebelles et contre les jihadistes de l'Etat islamique (EI).
L'Iran admet avoir des conseillers et des volontaires sur le terrain en Syrie mais dément la présence de forces militaires conventionnelles auprès de l'armée syrienne.
La Base aérienne d'al-Shaayrate
La base d'al-Chaayrate, l'une des plus grandes de Syrie, est située à une quarantaine de km au sud-est de la ville d'Homs.

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Jean René Belliard

Thème abordé le 7 avril dans la 612ème newsletter réservée  aux abonnés:

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