14/03/2017

La guerre des installations #pétrolières en #Libye

La guerre des #installations #pétrolières #libyennes risque de s’étendre à l’ensemble de la #Libye et provoquer une hausse des #prix du #pétrole.


La guerre des installations pétrolières libyennes13 mars 2017 -Hussein Mana.JPG
Des centaines voire des milliers d'hommes armés convergent depuis quelques jours vers les principaux terminaux pétroliers libyens. Les forces rivales de l'est et de l'ouest du pays se livrent combat pour prendre le contrôle des zones pétrolifères et des ports pétroliers libyens sous l'œil attentif des marchés pétroliers mondiaux. Il s'agit, d'un côté, de l'Armée Nationale Libyenne, dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, agissant pour le compte du gouvernement de Tobrouk et aidé par l'Egypte, et de l'autre, des milices plus ou moins fidèles au gouvernement d'union nationale (GNA), basé à Tripoli, et qui bénéficie de la reconnaissance de l'ONU.
La lutte pour la raffinerie de Ras Lanuf et le dépôt Sidra (Sider) voisin menace de se transformer en un conflit généralisé entre l'est et l'ouest du pays.
Il a déjà donné lieu à de sanglants combats entre les deux camps: Environ 40 soldats de l'Armée Nationale Libyenne (Est) ont été tués au cours de quatre jours de combat qui ont permis aux milices soutenues par les factions pro-GNA de prendre le contrôle de ce secteur.
Mais le maréchal Khalifa Haftar n'a pas dit son dernier mot et masse actuellement des forces importantes en vue d'un nouvel assaut pour récupérer les installations pétrolifères de Ras Lanuf et Sidra qui sont désormais aux mains des miliciens ralliés au GNA  
En représailles à la prise des terminaux pétroliers, le Parlement de Tobrouk (Est), rival du GNA, a voté, mardi 7 mars, le retrait de son soutien à l'accord de paix des Nations Unies. Cet accord de paix avait permis la création du gouvernement d'union nationale (GNA) en janvier 2016. Le GNA, qui s'était installé à Tripoli, était alors censé mettre fin à des années de chaos dans le pays.
Or, aujourd'hui, force est de constater que le GNA n'a pas réussi à imposer son autorité, pas même dans la capitale libyenne, Tripoli. Le retrait du soutien au GNA du Parlement de Tobrouk devrait éloigner un peu plus tout espoir d'une reprise du dialogue national.
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Le maréchal Khalifa Haftar (photo ci-contre) aurait collaboré avec la CIA. Il a la citoyenneté  américaine après avoir vécu près de 20 ans en exil sur le sol américain. C'est le Zaïm (l'homme fort) de l'Est du pays. Il est certainement le champion de la lutte contre les islamistes en Libye. Ses opposants l'accusent d'être un dictateur en puissance et de vouloir prendre la place de Moammar Kadhafi, le dictateur renversé et tué au cours de la révolte du printemps arabe de 2011.
Khalifa Haftar menace de marcher sur Tripoli pour réunifier le pays, ce qui laisse entendre qu'il a bien l'intention de prendre le pouvoir.
Les forces de Khalifa Haftar  
Il est soutenu par l'Egypte et la Russie, mais Washington, l'a maintenu à distance du temps de l'administration Obama.
Reste à savoir quelle attitude prendra le président Donald Trump à son égard. Ce qu'on sait, c'est que le nouveau président américain semble vouloir reprendre de bonnes relations avec l'Egypte et semble plus enclin que son prédécesseur, Barack Obama, pour traiter avec les hommes forts régionaux.
Khalifa Haftar commande une collection de milices et de forces tribales de l'est du pays ainsi que les restes de l'armée nationale libyenne, y compris des officiers de l'ère Kadhafi.
Haftar est également allié du Parlement de l'Est (HoR), qui était la dernière législature à être élue en Libye et a dû fuir à l'est quand les opposants islamistes ont pris le contrôle de l'ouest et de Tripoli en 2014.
Les forces de Khalifa Haftar se sont emparées des installations pétrolières en 2016. L'administration Obama s'était joint aux Nations Unies pour appeler au placement des installations pétrolières libyennes sous le contrôle du GNA.
Mais pour Haftar, le contrôle de ces installations pétrolifères constituait une excellente monnaie d'échange pour contraindre à une réécriture de l'accord de paix. Il n'avait donc aucune intention de les abandonner.
Le fait que les forces fidèles au GNA aient repris le contrôle de Ras Lanuf et Sidra pourrait forcer le maréchal Haftar à se lancer dans une guerre totale contre le GNA.  
C'est ce que semble signifier la concentration de forces considérables, sous la bannière de Haftar, à l'est des installations pétrolières. On ignore pour l'instant le nombre de combattants massés dans ce secteur, mais le général Haftar peut faire appel à des  milliers de combattants libyens de Cybernaïque (Est) et aux membres des tribus. Il bénéficie également du soutien que peut fournir son armée de l'air et du soutien de pays étrangers et notamment de l'Egypte. On dit d'ailleurs que le maréchal s'est envolé vers le Caire peu de temps après la perte des terminaux pétroliers.  
Les milices de l'ouest de la Libye : Les milices de Misrata
Le gouvernement de Tripoli (GNA) a été créé suite à un accord sponsorisé par les Nations Unies dans l'espoir de mettre fin à la scission est-ouest et au chaos.
Au lieu de cela, il est devenu juste un autre joueur dans cette division. Il dépend du bon vouloir de milices alliées sans pour autant pouvoir prétendre les contrôler.  
Les milices de la ville voisine de Misrata sont la principale force de combat  et la plus cohérente de l'ouest.
Les milices de Misrata fournissent la sécurité au gouvernement de Tripoli et ce sont elles qui ont repris le contrôle de Syrte, le principal bastion de l'Etat islamique, empêchant ainsi les jihadistes d'étendre leur califat sur la Libye.
La communauté internationale a tenté de soutenir le gouvernement de Tripoli - en particulier l'Italie, qui est fortement investie dans le secteur pétrolier libyen, et a une présence militaire dans la capitale sous la forme d'un hôpital militaire qui a soigné les combattants de Misrata blessés au cours de la bataille contre l'Etat islamique.
Les Brigades de défense de Benghazi
C'est une milice nouvellement formée qui a repris aux forces de Khalifa Haftar les installations pétrolières de Ras Lanouf et de Sidra. Les Brigades de défense de Benghazi, comme on l'appelle, se présente comme une force orientale composée d'anciens rebelles et de militants islamistes récemment chassés par les forces de Haftar de la ville de Benghazi.
Il s'agit clairement d'une force liée à l'Ouest, avec quelques combattants de Misrata dans ses rangs  
Les Brigades de défense de Benghazi ont remis les installations pétrolières, après leur conquête, au commandement du gouvernement de Tripoli, qui a ordonné aux Gardes nationaux des installations pétrolières, commandés par le
général Idris Aboukhamada, de se déployer sur les sites repris aux forces de Haftar.
Impact sur les prix du pétrole
Les prix du pétrole avaient chuté récemment en raison de la croissance des approvisionnements américains, malgré les efforts de l'OPEP visant à renforcer les prix en freinant la production.
Il est clair que les combats pour le contrôle des installations pétrolières de Libye  devraient théoriquement provoquer une hausse des prix.
En effet, lorsque les Brigades de défense de Benghazi ont pris Ras Lanouf et Sidra (Sider), la semaine dernière, cela a entraîné la fermeture des plus grands terminaux libyens d'exportation des produits pétroliers. Cela a effrayé les marchés, provoquant une brève augmentation des prix.
La fermeture des installations a provoqué une réduction de la production libyenne, qui en février avait atteint 700 000 barils par jour.
Le pétrole est la seule véritable source de revenus de la Libye, et le pays a essayé de maintenir sa production, bien que celle-ci ne soit plus qu'une portion des 1,6 milliard de barils par jour produits en 2011. Alors que les installations pétrolières ont changé de mains plusieurs fois au cours des dernières années,
les recettes ont continué à parvenir à la banque centrale basée à Tripoli, un arrangement accepté par toutes les parties qui pour le moment n'a pas été remis en question.
Mais des combats plus intenses dans les installations pétrolières pourraient endommager les infrastructures et provoqué la crainte des marchés.
Jusqu'à présent, les belligérants de l'est et de l'ouest ont largement évité s'affronter directement, au lieu de se battre par proxies. Mais cela pourrait changer si les forces fidèles au maréchal Haftar se lançaient dans un assaut direct des installations pétrolières pour en chasser les forces fidèles à Tripoli (GNA).
Pour l'instant, on ne sait pas encore jusqu'où Khalifa Haftar est prêt à aller. Cela dépend en partie de la volonté de ses sponsors internationaux. Avec le soutien de l'Egypte et de la Russie, il pourrait très bien décider d'affronter les puissantes milices de Misrata pour s'emparer de Tripoli.  
Des jours sombres en perspective.

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Jean René Belliard

Thèmes abordés dans la newsletter du 13 mars, réservée  aux abonnés:

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Commentaires

Il est temps que la secte des barbus fanatiques (création des néocons de l`ere Bush, soit dit en passant) soient chassés aussi de Libye et si les russes s`entendent pour cela avec les américains, un gvt Haftar fera aussi bien l`affaire. Pour ce qui est du prix du pétrole, la Libye n`exporte pas beaucoup depuis la chute de Kadhafi mais ca changera si Haftar ou un autre rétablissent l`ordre, ce qui fera alors plutot chuter que flamber le prix de l`or noir, ne croyez-vous pas? De toute maniere, avec la fin des islamistes, la Russie et les USA et leurs alliés (Turquie, Israel...) se partageront les richesses de la Libye comme de la Syrie par gouvernements fantoches interposés. Apres l`intermede gore de l`EI, la colonisation reprend son train-train avec juste un colon de plus, bref rien de nouveau sous le soleil.

Écrit par : Jean Jarogh | 14/03/2017

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