13/03/2017

Grave crise diplomatique entre les Pays Bas et la Turquie

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 13 mars 2017
Extrait de la 592ème newsletter envoyée aux abonnés le 12 mars 2017.
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Grave crise diplomatique entre les Pays Bas et la Turquie
Le ministre turc des AE, refoulé des Pays Bas, est accueilli en France
Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a été accueilli en France, samedi 11 mars en début de soirée, après avoir été refoulé des Pays Bas. Il a participé, dimanche 12 mars à Metz, à une réunion publique de soutien au projet de modification de la constitution turque voulue par le président Erdogan.
La manifestation a été maintenue par la préfecture, qui, contrairement aux autorités allemandes, autrichiennes, suédoises, suisses et néerlandaises, n'y voit pas une menace à l'ordre public.
Mevlut Cavusoglu s'était vu refuser dans la matinée du samedi 11 mars l'autorisation d'atterrir à Rotterdam pour participer à réunion publique de même nature que celle de Metz.
La ministre turque de la Famille également stoppée aux Pays-Bas
La police néerlandaise a stoppé samedi soir la ministre turque de la Famille, Fatma Betul Sayan Kaya, qui est en campagne auprès de la diaspora turque en vue du référendum constitutionnel du mois prochain, rapporte la chaîne de télévision publique néerlandaise NOS.
La ministre, arrivée en voiture en provenance d'Allemagne, allait entrer à l'intérieur du consulat de Turquie à Rotterdam mais des policiers néerlandais l'en ont empêchée, selon des images tournées par la chaîne.
Les chaînes de télévision turques NTV et CNN Türk ont indiqué pour leur part qu'elle avait été bloquée par la police à la frontière terrestre avec l'Allemagne.
La ministre turque de la famille a aussitôt été reconduite, sous escorte policière, vers la frontière allemande, d'où elle était arrivée, dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 mars.
De retour à Istanbul, dimanche 12 mars, la ministre turque de la famille, Fatma Betül Sayan Kaya, a dénoncé la façon "lamentable" avec laquelle elle a été traitée par les Pays-Bas.
"Nous avons subi un traitement grossier et pénible (...) Traiter ainsi une femme ministre est lamentable", a-t-elle déclaré aux journalistes à l'aéroport Ataturk d'Istanbul, où elle a été accueillie par une foule brandissant des drapeaux turcs.
Manifestation de Turcs à Rotterdam12 mars 2017 - Manifestation turque.jpg
Alors que la ministre turque de la famille était refoulée vers l'Allemagne, la police néerlandaise a du faire usage de chiens et de canons à eau pour disperser à l'aide de canons à eau, des manifestants turcs qui s'étaient rassemblés à Rotterdam pour protester contre l'interdiction de la venue du ministre turc des Affaires étrangères.
Après plusieurs heures de calme tendu, les policiers, pour certains à cheval, ont commencé à disperser le millier de manifestants massés aux alentours du consulat de Turquie dans la ville portuaire néerlandaise.
Le drapeau néerlandais arraché du Consulat à Istanbul
Des manifestants ont arraché le drapeau néerlandais au consulat des Pays-Bas à Istanbul, dimanche 12 mars. Ils l'ont remplacé par le drapeau turc.
Vidéo :
https://www.liveleak.com/ll_embed?f=17833613d5e3
Représailles turques
Les autorités turques ont bloqué samedi soir les accès à l'ambassade des Pays-Bas à Ankara et au consulat du royaume à Istanbul pour "raisons de sécurité", a-t-on appris auprès de responsables du ministère turc des Affaires étrangères.
La Turquie va également annoncé qu'elle allait prendre des mesures de rétorsion "de la manière la plus sévère" en représailles à la décision des Pays-Bas de refuser l'accès à leur territoire aux deux ministres turcs.
"Cette situation a fait l'objet d'une protestation de la plus ferme manière de notre part et il a été signifié aux autorités néerlandaises qu'il y aurait des représailles de la manière la plus sévère", a déclaré le premier ministre turc, Binali Yildirim.
"Nous répondrons en conséquence à ce comportement inacceptable", a-t-il ajouté.
La Turquie exige des excuses des Pays-Bas, dit CavusogluCavsoglu.jpg
La Turquie continuera à prendre des mesures de rétorsion contre les Pays-Bas jusqu'à ce que ces derniers présentent des excuses, a déclaré dimanche le ministre turc des Affaires étrangères.
S'exprimant devant la presse avant un meeting prévu à Metz, Mevlut Cavusoglu (photo ci-contre) a expliqué que son pays attendait de voir si les Etats de l'Union européenne condamnaient ce qu'il a qualifié "d'acte fasciste" de la part des Pays-Bas.
Le président Erdogan accuse les Pays Bas de "nazisme" et de "fascisme"
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé une nouvelle fois, dimanche 12 mars, un comportement rappelant "le nazisme et le fascisme" après le refoulement d'une ministre turque par les Pays-Bas, affirmant que ce pays en "paiera le prix".Erdogan.jpg
Dans une allocution à Istanbul, M. Erdogan (photo ci-contre) a affirmé que le traitement réservé à sa ministre et d'autres responsable turcs en Europe traduisait une montée "du racisme et du fascisme".
"Les Pays-Bas paieront le prix", a-t-il ajouté.
En attendant, le gouvernement turc a demandé à l'ambassadeur des Pays-Bas, en congé en dehors de la Turquie, de ne pas reprendre ses fonctions à Ankara pour un certain temps.
Le ministre allemand de l'Intérieur opposé aux meetings turcs en Allemagne
Le ministre allemand de l'Intérieur s'est déclaré, dimanche 12 mars, opposé à ce que des ministres turcs viennent en Allemagne à des meetings en faveur du référendum voulu par le président Erdogan, des rassemblements au centre d'une crise entre Ankara et plusieurs pays européens.
"Personnellement, je ne suis pas partisan de ces apparitions. Je ne les souhaite pas. Une campagne (électorale) turque n'a rien à faire ici, en Allemagne", a déclaré Thomas de Maizière à la chaîne publique allemande ARD.
L'exécutif turc mise beaucoup sur ces meetings pour convaincre la diaspora turque d'Europe de voter en faveur du référendum qui vise à renforcer les pouvoirs présidentiels. L'Allemagne compte la plus importante communauté turque au monde hors de Turquie, avec 1,4 million de personnes.
Mais ce mois-ci, plusieurs villes allemandes ont annulé des meetings électoraux au cours desquels des responsables politiques turcs devaient s'exprimer, provoquant la colère de Recep Tayyip Erdogan qui a qualifié ces annulations de "pratiques nazies".
Lors de son interview à la chaîne allemande, M. de Maizière ne s'est pas pour autant prononcé pour une interdiction pure et simple de ces rassemblements, jugeant qu'un tel geste méritait d'être attentivement examiné. "Mais il y a des limites, des limites bien définies, dans le code pénal, par exemple", a-t-il dit. "Celui qui insulte et fustige l'Allemagne ou son ordre constitutionnel en toute mauvaise foi enfreint la loi. Et là se trouve la limite".
La chancelière Angela Merkel avait jugé de son côté "tristes et déprimantes" les accusations de "nazisme" proférées par M. Erdogan. Elle avait également assuré que les dirigeants turcs pouvaient venir faire campagne pour le "oui" dans la mesure où ces manifestations sont annoncées "de manière appropriée, dans les délais, de manière transparente".
François Fillon accuse François Hollande de rompre la solidarité européenne
François Fillon a accusé dimanche François Hollande de rompre "de manière flagrante la solidarité européenne" en autorisant la tenue dimanche à Metz d'un meeting électoral en présence du ministre turc des Affaires étrangères.
"Il est évident qu'une position commune aurait dû prévaloir pour gérer les demandes turques. Le gouvernement français aurait dû empêcher la tenue de ce meeting" explique M. Fillon dans un communiqué. "Le ministre turc était aussitôt accueilli en France avec empressement par le gouvernement de François Hollande", écrit François Fillon pour qui "cette affaire a été mal gérée de bout en bout".
"En agissant ainsi François Hollande rompt de manière flagrante la solidarité européenne. De plus, deux de nos plus proches alliés, l'Allemagne et les Pays-Bas, ont été publiquement insultés de façon inqualifiable par les dirigeants turcs", poursuit le candidat de la droite.
En solidarité avec plusieurs pays européens, contrairement à la France, le Danemark propose de repousser la venue du Premier ministre turc
Le Premier ministre danois Lars Løkke Rasmussen a proposé, dimanche 12 mars, que la visite prévue ce mois-ci de son homologue turc Binali Yildirim soit différée en raison de la crise diplomatique entre la Turquie et plusieurs pays européens, dont les Pays-Bas.
"Dans des circonstances normales, ce serait un plaisir pour moi d'accueillir le Premier ministre Yildirim à Copenhague (...). Mais du fait des actuelles attaques rhétoriques portées par la Turquie contre les Pays-Bas, on ne peut séparer cela de cette nouvelle rencontre. J'ai donc suggéré à mon homologue turc que notre réunion soit repoussée", explique-t-il dans un communiqué.
Meeting également annulé en Suède
Le propriétaire d'une salle de réunion de Stockholm dans laquelle devait se tenir un rassemblement en faveur du référendum constitutionnel turc a annulé le contrat de location des lieux, a annoncé l'agence de presse turque Dogan, dimanche 12 mars.
Le propriétaire n'a pas fourni de raison à sa décision, ajoute Dogan.
L'Azerbaïdjan condamne le scandale diplomatique des Pays-Bas
Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a condamné, dimanche 12 mars, le scandale diplomatique néerlandais à l'encontre des ministres turcs, le qualifiant de "contraire à l'éthique diplomatique".
C'est ce qu'a affirmé le porte-parole du ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères, Hikmat Hajiyev.
Le porte-parole a indiqué, dans un communiqué que « les pratiques des Pays-Bas, qui prétendent défendre les droits de l'homme et la démocratie, sont en contradiction avec leurs principes ».
Hajiyev a qualifié de « partiaux » et de « contradictoires » les agissements néerlandais envers les responsables turcs.
Le porte-parole azerbaïdjanais a considéré que la position néerlandaise se base sur des préjugés, soulignant qu'elle constitue une violation flagrante de la Convention de Vienne régissant les relations diplomatiques, et de la déclaration des droits de l'homme, soulignant que les Pays-Bas ont également violé la liberté d'expression et de réunion.
« L'incident a mis en évidence la nécessité d'adopter une position commune contre l'islamophobie, la xénophobie, la discrimination, afin de mettre fin à la propagation des idéologies racistes » a affirmé Hajiyev.

Jean René Belliard

Thèmes abordés dans la newsletter du 12 mars, réservée  aux abonnés:

Europe : Allemagne : Fin de l'opération anti-terroriste dans le sud-ouest du pays
Europe : Allemagne : Berlin va extrader en Tunisie un suspect dans l'attentat du Bardo

Irak : Bataille de Mossoul : 12 mars 2017 - 155ème jour de combats

Liban : "Nous ne pouvons pas affirmer que le danger terroriste est totalement écarté"

Syrie : L'attentat de Damas a fait 74 morts - nouveau bilan

Tunisie : Un policier tué dans une attaque jihadiste

Turquie : Grave crise diplomatique entre les Pays Bas et la Turquie

Afrique menacée : Nigeria : Attentat suicide déjoué - deux femmes kamikazes tuées, dont une enceinte

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Commentaires

L'affaire turque est un révélateur de la partition entre les pays européens déjà prêts à une islamisation de leurs sociétés et ceux qui résistent. Le Grand turc par son action a le mérite de nous faire prendre conscience de l'état d'ingérence dont est dors et déjà victime la vieille Europe. Les anciens de l'est rompu à la défense de leur souveraineté face à l'ottoman savent comment agir mais les donneurs de leçon Allemagne et France en tête feignent de ne pas comprendre de qu'elle sorte de défit il s'agit tant ils ne sont déjà plus en mesure de contrer la menace.

Écrit par : norbert maendly | 13/03/2017

Je ne suis même pas sûr que nos politiques sont à même de voir le danger! Est ce que nos gouvernements de l'Ouest ont gardé en Irlande, ses résidences secrètes au cas où....... la Russie nous envahirait! Là ils devraient tous allez aéré tout ça et vite!

Écrit par : Degoumois Dominique | 13/03/2017

Va t on se réveiller enfin dans tous nos pays de l'Ouest face à ce grand danger????

Écrit par : Degoumois Dominique | 13/03/2017

Norbert Maendly, vous tombez très exactement dans le piège que vous tendent Erdogan et les extrêmes-droites européennes. De provocations en anathèmes, l'un et les autres font tout ce qu'ils peuvent pour faire croire en un "conflit de civilisation" afin de gagner leurs élections respectives sur la base d'une méfiance voire d'une haine de l'Autre. Quand vous parlez d'islamisation, vous vous faites ainsi l'écho de ceux qui se plaignent, en Turquie et ailleurs, de l'occidentalisation de leur pays. A ce petit jeu ils ont d'ailleurs plus raison que vous : les sociétés du Tiers-Monde ont bien davantage été transformées sous notre influence culturelle et économique que nous par elles...

Écrit par : Jeanne | 14/03/2017

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