20/01/2017

Les illusions françaises de la Conférence pour la paix de Paris - 20 janvier 2017

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 20 janvier 2017
Extrait de la 560ème newsletter publiée le 19 janvier 2017.
Pour s’abonner, écrire à : ptolemee@belliard74.com


Les illusions françaises de la Conférence pour la paix de Paris
La conférence sur le Moyen-Orient qui s'est ouverte le 15 janvier à Paris a été parfaitement inutile, malgré les déclarations des dirigeants français.
Le président Hollande et le Quai d'Orsay affirment qu'ils ont pris l'initiative de cette conférence dans le seul but de « relancer » ou de « sauver » un « processus de paix israélo-palestinien » défaillant. Personne, dans les chancelleries, n'est dupe. C'est un nouvel exemple du fantasme d'un « rôle » arbitral de la France.
Quel poids, compte tenu du calendrier, peut revêtir une telle conférence ? Hollande, le maître d'œuvre, est le plus déconsidéré des présidents français, tant en France même qu'à l'étranger ; et il est peu probable que son successeur appartienne à la même famille politique que lui, explique Michel Gurfinkiel. Il poursuit : Quelque soixante-dix pays et organisations ont envoyé des représentants : la plupart de ces derniers sont de second ordre. L'administration américaine sortante a envoyé son secrétaire d'Etat, John Kerry. Mais elle sera remplacée cinq jours plus tard par l'administration Trump dont on sait, d'ores et déjà, qu'elle a ses propres idées sur le Moyen-Orient et sur une reprise des négociations israélo-palestiniennes. Entre une initiative Hollande et une initiative Trump, personne ne peut actuellement hésiter. A noter que le président russe a été plus réaliste que son homologue français en invitant les représentants de l'administration Trump aux conversations de paix inter syriennes d'Astana et non pas John Kerry.
Quel est en outre le sens d'une telle conférence en l'absence du principal intéressé, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ? se demande Michel Gurfinkiel.
Le président Hollande a reconnu le 12 janvier, devant le corps diplomatique, que la paix ne sera faite « que par les Israéliens et les Palestiniens eux-mêmes », et que « seules des négociations bilatérales donneront des résultats ». Ce qui est exactement la raison que Netanyahu a invoquée pour ne pas venir à Paris. Dès lors, pourquoi mettre en scène ce qui est donné d'emblée comme un non-événement ? Toutes choses égales d'ailleurs, n'aurait-il pas mieux fallu se concentrer sur un événement plus substantiel, prévu à Paris lui aussi, mais auquel Netanyahu a donné son accord : un sommet avec le président de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas ?
Les présupposés juridiques de la conférence de Paris font également problème, explique Gurfinkiel. La diplomatie française se comporte comme si le « processus de paix » engageait deux Etats, Israël et la Palestine. Ce n'est pas le cas. La Palestine, au sens d'Etat arabe palestinien souverain, sera peut-être créée au terme de ce processus. Pour l'instant, elle n'existe ni en droit, ni en fait.
L'Autorité palestinienne, créée en 1993 par les accords d'Oslo et qui pourrait en constituer l'ébauche, ne contrôle qu'un territoire palestinien sur deux, la Cisjordanie. L'autre territoire, Gaza, est tombé en 2007 aux mains du Hamas, une organisation islamiste considérée comme terroriste, en tant que telle ou à travers sa branche armée, par les Etats-Unis, le Canada, l'Union européenne, le Japon, l'Australie, mais aussi l'Egypte et la Jordanie. Qui plus est, il exclut toujours toute éventualité d'une paix avec Israël. Un traité de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne serait donc, dans la situation actuelle, inapplicable dans une partie importante des territoires qui dépendent en théorie de cette dernière.
Il y a un autre problème. La diplomatie française actuelle travaille toujours sur le principe d'une ligne d'armistice israélo-jordanienne des années 1949-1967 - la « ligne verte » - comme la frontière internationale séparant Israël d'un futur  Etat de Palestine. Mais le gouvernement israélien ne reconnaît pas cette frontière, ni l'Autorité Palestinienne (AP) d'ailleurs, pour la raison que l'AP n'accepte pas d'inclure Jérusalem-Ouest (les secteurs de la Ville sainte situés en deçà de la « ligne verte ») comme partie intégrante du territoire israélien. Or, on sait que la nouvelle administration Trump serait prête à reconnaître Jérusalem comme la capitale de l'Etat hébreu, au point de déménager son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem.
Gurfinkiel note une dernière erreur de la diplomatie française actuelle. Face au nihilisme jihadiste et à un axe chiite Iran-Assad-Hezbollah, les pays sunnites, y compris l'Arabie Saoudite et la Turquie, se rapprochent de plus en plus ouvertement d'Israël et il ne semble pas que la diplomatie française soit en train de tenir compte de cette évolution.
Enfin, il faut reconnaître qu'en raison de son absence d'une position réaliste sur le dossier syrien, la France et l'Europe n'ont plus leur mot à dire sur les dossiers moyen-orientaux. C'est la Russie, grâce à son intervention en Syrie, l'entrée désormais inéluctable de la Chine (qui vient d'acquérir une base navale géante à Djibouti) et le retour probable de l'Amérique dans la région, avec l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui font la loi dans la région.

Jean René Belliard

Thèmes abordés dans la newsletter du 19 janvier 2017 – réservée  aux abonnés:

Union européenne : L'EI utilise de véritables "chasseurs de têtes" sur Internet en Allemagne

Arabie saoudite : L'Arabie saoudite envisage de poursuivre l'Egypte en justice au sujet des îles de la mer rouge
Arabie saoudite : L'Arabie saoudite envisage de construire une base militaire à Djibouti

Irak : Bataille de Mossoul - 19 janvier - 104ème jour

Israël-Cisjordanie-Gaza : Les illusions françaises de la Conférence pour la paix de Paris
Israël-Cisjordanie-Gaza : La nouvelle ambassadrice à l'ONU soutient le tranfert de l'ambassade U.S. à Jérusalem
Israël-Cisjordanie-Gaza : Le mandat du chef d'état-major de l'armée israélienne prolongé d'un an
Israël-Cisjordanie-Gaza : Affrontements de Umm al-Hiran - une journaliste de Galei Tsahal licenciée
Israël-Cisjordanie-Gaza : Deux explosions à Gaza, l'une au domicile d'un proche du président palestinien

Libye : Frappes américaines en Libye: plus de 80 jihadistes tués (chef du Pentagone)
Libye : Violente offensive antijihadiste à Benghazi

Maroc : Le Maroc prend « possession » de la mosquée Othmane à Mantes-la-Jolie

Syrie : Les négociations d'Astana vont être centrées sur le cessez-le-feu, affirme Assad
Syrie : L'Iran, partenaire privilégié de la Syrie pour sa reconstruction
Syrie : Le groupe jihadiste Fateh el-Cham revendique un attentat suicide réalisé le 12 janvier à Damas
Syrie : Combats entre groupes islamistes dans la province d'Edleb
Syrie : Poursuite de la bataille de Deir ez-Zor
Syrie : L'armée assiège Wadi Barada, région clé pour l'alimentation en eau de Damas
Syrie : L'Etat islamique a exécuté au moins 12 personnes à Palmyre

Afrique menacée : Mali : Les groupes armés ont mené 118 attaques en 2016, selon l'armée française

Des informations sur les principaux évènements qui secouent les pays du Moyen Orient, d'Afrique du nord et du Sahel, des messages importants, des alertes sécuritaires, vous aussi, comme de nombreux députés, sénateurs, ambassades, sociétés civiles et morales engagées dans la sécurité, des directions du personnel soucieuses de la sécurité de leurs employés à l'étranger, vous pouvez vous abonner à l'ensemble de la newsletter publiée par Jean René Belliard et l'ensemble de ses quinze correspondants. Le coût d'un abonnement est de 100€ pour un an ou de 60€ pour six mois.

Pour s’abonner, écrire à : ptolemee@belliard74.com
 

Les commentaires sont fermés.