08/01/2017

Les Moukhabarat (services syriens) ont infiltré les groupes jihadistes - Blog du 8 janvier 2017

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 8 janvier 2017
Extrait de la 551ème newsletter du 6 janvier 2017.
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Les Moukhabarat (services syriens) ont infiltré les groupes jihadistes
Les Moukhabarat, services secrets syriens, ont infiltré des groupes jihadistes tels que Daech et possède des informations sur les attentats terroristes perpétrés en Turquie, a déclaré un responsable syrien.
Dans une interview diffusée cette semaine sur la télévision d'Etat syrienne, Khaled Abboud, un responsable parlementaire syrien, a déclaré que les attaques terroristes ne pouvaient être préemptées sans la coopération du régime Assad.
«Où sont Daech (Etat islamique), le Front Nosra (Front Fateh al-cham) et d'autres groupes révolutionnaires jihadistes? demande Abboud au présentateur à un moment donné. Et il donne aussitôt la réponse : Ils sont assis à la périphérie de Damas.
Il a ensuite demandé pourquoi les attaques terroristes se produisaient rarement dans la capitale syrienne...et pourquoi les attaques terroristes ne se produisent-elles que dans les villes turques?" interroge-t-il.
Il explique : Parce que "la sécurité syrienne et les services de renseignement syriens ont pénétré ces réseaux".
Il a poursuivi en affirmant que le régime d'Assad exerçait un certain contrôle sur certains de ces groupes.
"Personne ne peut arrêter ce qui se passe (à savoir, les attaques terroristes) en Turquie sans la coopération de la  sécurité syrienne", a-t-il dit.
Selon M. Abboud, connu pour ses liens étroits avec le président syrien Bachar al-Assad, l'Etat syrien «est conscient, dans une large mesure, de ce qui se passe en Jordanie et en Turquie».
Les attentats de Daech sont devenus de plus en plus fréquents en Turquie depuis qu'Ankara a lancé l'opération "Bouclier de l'Euphrate" l'été dernier.
L'appareil de sécurité de l'Etat syrien a toujours été très efficace
L'appareil de sécurité d'État a toujours été particulièrement efficace en Syrie. Il comprend une multitude de forces de sécurité et de renseignement dont les missions se chevauchent. Ces forces sont chargées depuis longtemps de surveiller la société syrienne et de réprimer toute opposition. L'appareil de sécurité de l'Etat comprend les forces de police relevant du Ministère de l'Intérieur, les Renseignements militaires, les redoutables services de renseignement de l'armée de l'air, le Bureau de la sécurité nationale, la Direction de la sécurité politique et la Direction des renseignements généraux. Cette dernière, forte de 25.000 membres, dépend officiellement du ministère de l'Intérieur. Elle relève en fait du président et son entourage. Elle comprend la sécurité intérieure (également connu sous le nom de Service de sécurité de l'Etat) et qui dispose d'une unité d'assaut et de repérage, la sécurité extérieure et la Division de la Palestine.
L'arroseur arrosé
Beaucoup d'observateurs considèrent que le problème de la Syrie vis-à-vis des Islamistes ressemble plutôt au sketch de l'arroseur arrosé. La politique du pouvoir syrien envers les islamistes a connu de nombreux changements au fil des ans selon que les Islamistes représentaient une menace directe, ou à l'inverse, un moyen pratique de garder une emprise sur le Liban voisin, pour ne citer que ce pays.
En 2003, avec l'invasion de l'Irak par les forces américaines, les priorités du mouvement jihadiste mondial se sont progressivement déplacées des fronts traditionnels du jihad, l'Afghanistan ou la Tchétchénie, vers l'Irak. À partir de cette période, les camps palestiniens du Liban, notamment celui d'Aïn el-Héloué, près de Saïda, ont servi de lieu de rassemblement et de terrain d'entraînement pour de nombreux candidats au jihad avant de partir pour l'Irak. Le transfert normal des camps palestiniens vers Irak passait par la Syrie, sans que les puissants services de renseignement syriens ne trouvent leur mot à dire, quand ils ne les facilitaient pas. Il existe de nombreux rapports sur des volontaires libanais morts en Irak, ou arrêtés du côté irakien de la frontière syro-irakienne. Mais la Syrie, sous la pression de l'administration américaine, a finalement durci sa position envers les jihadistes au début de 2005. Plusieurs dizaines d'entre eux se retrouveront dans les prisons d'Assad au lieu de gagner l'Irak pour participer au jihad.
Bachar al-Assad a utilisé les jihadistes contre les "souverainistes" libanais
Mais au même moment, Bachar el-Assad va instrumentaliser certains Jihadistes emprisonnés en les libérant pour régler ses comptes avec les "souverainistes" libanais ("Camp du 14 mars"). Beyrouth s'attendait au déclenchement d'incidents sécuritaires de grande ampleur depuis que les Syriens avaient été obligés de quitter le Liban sous pression internationale. Un brusque soulèvement ensanglantera effectivement la ville de Tripoli à partir du 20 mai 2007. Fatah el-Islam, un groupe de Jihadistes, affronte l'armée libanaise depuis leur place forte dans le camp palestinien de Nahr el-Bared. Les affrontements, extrêmement violents, dureront jusqu'à la fin août 2007. Tout le monde savait, déclare Samir Geagea, le leader des Forces Libanaises, que «Fateh el-intifada a été créé de toutes pièces par les services de renseignement syriens en plein conflit entre la Syrie et l'OLP durant les années 80 ». Or Fatah el-Islam a succédé à Fatah el-Intifada en bénéficiant de l'aide des services syriens. Chaker el-Absi, le chef des Jihadistes de Fatah el-Islam avait été mis sous les verrous pour trafic d'armes par les services de sécurité syriens en 2002. Chaker el-Absi, qui a été condamné à mort en 2003 par un tribunal jordanien pour sa participation à l'assassinat d'un Américain, restera dans les geôles syriennes jusqu'en février 2005. La Jordanie aura beau demander à la Syrie de l'extrader, elle n'obtiendra jamais satisfaction car il semble que les autorités syriennes avaient d'autres projets pour el-Absi. Le chef jihadiste sort des geôles syriennes en 2005 au moment même où l'armée de Damas est contrainte à quitter le Liban. Il gagne alors les camps palestiniens sur la frontière libano-syrienne. Ces camps sont contrôlés par Fateh el-intifada et le F.P.L.P.-commandement général, deux organisations pro-syriennes. Ils sont en fait sous le contrôle total des services de renseignement syriens.
« Partant du principe que le sort des Frères musulmans en Syrie est la condamnation à mort, il est surprenant qu'un fondamentaliste comme Chaker Absi ait pu être libéré, » s'interrogeait Samir Geagea.
Des dizaines de jihadistes libérés des geôles syriennes en février 2012
Le régime syrien a sans doute pensé qu'il pouvait à nouveau faire appel aux jihadistes pour discréditer la révolte de la population sunnite qui a éclaté au printemps 2011. Des dizaines d'entre eux sont élargis des prisons syriennes, comme si le régime comptait sur eux pour pourrir la situation et discréditer la contestation. On peut citer, parmi les jihadistes notoires libérés par le régime, Abou Moussa al-Souri et Ibrahim Saadi. Le premier est l'un des chefs de la cellule d'al-Qaïda responsable des attentats sanglants de Madrid. Le second est le fils d'Abou Mohjen, fondateur de l'organisation islamiste libanaise Osbat al-Ansar. Tous deux ont été libérés par Damas au mois de février 2012.
C'est à cause de la libération suspecte de ces dangereux jihadistes que l'opposition syrienne dénoncera la main du régime derrière les premiers attentats sanglants qui ensanglanteront Damas et d'autres localités syriennes, notamment les quartiers où résident de nombreux Chrétiens qui; au début, sont restés relativement neutres dans le conflit qui oppose Alaouites et Sunnites syriens. C'est le cas, par exemple, de l'attentat qui a eu lieu le 17 mars 2012 au sein du quartier d'al-Qasaa, un quartier de Damas dont la population est majoritairement chrétienne. 27 personnes trouveront la mort et on relèvera plus de 140 blessés. Le 27 août, le 3 septembre et le 29 octobre 2012, le quartier de Jaramana était à son tour frappé par de sanglants attentats. Ce quartier, situé au Sud Est de la capitale, a une population en majorité druze et chrétienne. Et à chaque fois, le régime et le Conseil National Syrien (CNS) se rejetteront mutuellement la responsabilité. Le premier accusant les jihadistes d'être à l'origine des attentats terroristes, tandis que l'opposition dénonçait les autorités, affirmant qu'elles cherchaient à dresser les populations druzes et chrétiennes contre la rébellion.
Bachar al-Assad avait promis l'apocalypse
Or, on ne peut oublier que Bachar al-Assad avait promis l'apocalypse à l'ensemble du Moyen orient.
En octobre 2011 le président syrien avait menacé Ahmet Davutoglu, le ministre turc  des Affaires étrangères de l'époque : « Les grandes puissances sont parfaitement conscientes qu'au premier missile qui tombe sur Damas pour une quelconque raison, six heures après sa chute, j'aurai enflammé le Moyen-Orient, j'aurai provoqué la chute des régimes de la région, j'aurai incendié les champs de pétrole du Golfe, et même je peux fermer les détroits d'eaux internationales. Ne croyez pas que j'exagère, car les cercles décisionnels dans votre pays et dans d'autres pays savent parfaitement si je parle pour exécuter ou si je parle seulement ! »
 La Turquie semble connaître aujourd'hui cet apocalypse et il se pourrait bien que ses dirigeants prennent un jour prochain, eux

Jean René Belliard

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