03/12/2016

Irak : Bataille de Mossoul - Vendredi 2 décembre : 46ème jour - Point sur la situation militaire - Blog du 3 décembre 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 3 décembre  2016
Extrait de la 522ème newsletter publiée le 2 décembre sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est accessible contre abonnement.
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Irak : Bataille de Mossoul - Vendredi 2 décembre : 46ème jour - Point sur la situation militaire
Les Forces irakiennes ont entièrement encerclé Mossoul et sont actuellement dans une phase de consolidation du terrain conquis avant de poursuivre leur offensive.
Les forces conjointes ont lancé l'offensive de plusieurs directions à la fois. Sur certains fronts, la progression a été plus rapide que sur d'autres, ce qui oblige certains à faire une pause pour permettre aux autres fronts d'atteindre les objectifs qui leur ont été assignés. Près de 100.000 membres des forces conjointes convergent plus ou moins simultanément vers Mossoul.
Les troupes doivent faire face à une résistance féroce de l'adversaire. L'Etat islamique a lancé à ce jour 632 véhicules kamikazes, certains télécommandés par des drones. Les jihadistes ont également disposé un nombre invraisemblable de pièges explosifs et ralentissent la progression des troupes par de nombreux tirs de snipers, des tirs de mortiers, de RPG. La tactique de l'EI est très efficace dans un contexte de combats de rues et ont occasionné des pertes importantes aux forces gouvernementales et aux milices kurdes ou chiites.
Au nord de Mossoul - Front de Tal Kayf
Au nord de Mossoul, l'armée irakienne affronte les jihadistes de l'EI près de la localité de Tal Kayf (Tel Keppe), l'un des derniers bastions de Daech avant d'atteindre l'entrée nord de Mossoul.
Selon le QG de l'armée irakienne, 23 véhicules kamikazes bourrés d'explosifs ont été détruits dans ce secteur grâce à l'intervention de la coalition internationale et un secteur de 100 km2  a été repris aux jihadistes.
Toujours au nord de Mossoul, les Peshmergas kurdes tiennent les lignes défensives face aux jihadistes. Il n'est pas prévu que les combattants kurdes poursuivent plus avant et entrent à Mossoul. 
Rappelons que les Peshmergas ont perdu jusqu'ici 1.600 combattants depuis le début de la bataille pour la libération de Mossoul.
Au sud-ouest de Mossoul - Front de Tal Afar
Sur le front de Tal Afar, à environ 70km au sud de Mossoul, la bataille pour la libération de la ville a ravivé les tensions ethniques et confessionnelles. Le Hashed al-Chaabi, une coalition de milices dominée par les Chiites, a repris 130 villes et villages et sécurisé une vaste région. Mais arrivés aux portes de Tal Afar, ordre a été donné aux miliciens de ne pas (encore) entrer dans cette ville dont la population est majoritairement sunnite et turkmène. On craint en effet que les miliciens chiites se livrent à des liquidations sommaires et à des enlèvements comme cela a été le cas lors de précédentes prises de villes sunnites.
Le premier ministre irakien, Hayder al-Abadi a bien promis que les milices chiites n'entreraient pas dans la ville mais les déclarations d'autres politiciens irakiens ont jeté la confusion sur la question de l'entrée des milices chiites à Tal Afar.
La bataille au centre de Mossoul promet d'être longue et sanglante
Pour l'instant, l'armée irakienne n'a pas encore mis le pied dans les quartiers centraux de la ville. L'état-major s'attend à une bataille féroce, maison par maison, qui pourrait prendre des mois et coûter des milliers de vies humaines. Mais l'état-major affirme qu'il n'a pas d'autre choix que de livrer ce combat pour libérer la ville des mains de Daech.
"Le moral des forces de sécurité irakiennes est très haut. Nous allons poursuivre le combat contre ces terroristes jusqu'à la libération complète de Mossoul de cette saleté de Daech", a affirmé, vendredi 2 décembre,  le général Abdulwahab al-Saidi, commandant des forces de contre-terrorisme.
A cette date, les forces irakiennes ont libéré 23 quartiers situés sur le flanc Est de Mossoul mais il reste encore beaucoup à faire avant d'atteindre le fleuve Tigre qui divise la ville.
L'ouest de Mossoul est beaucoup plus peuplé que la partie orientale, avec des rues plus étroites, des quartiers anciens, ce qui ne va pas faciliter l'activité militaire.
Au sud, les forces gouvernementales attendent les ordres pour poursuivre l'offensive
Au sud, l'offensive est menée par la police fédérale. Elle a atteint les limites de la ville et attend les ordres pour prendre d'assaut le camp militaire de Ghazlani, un secteur stratégique, ainsi que l'aéroport.
Forces et faiblesses des unités irakiennes face à l'EI
L'armée irakienne mène une guerre avec des moyens ultra-modernes fournis par les occidentaux. Mais elle doit également respecter le code de conduite des occidentaux qui est de protéger la vie des civiles et la sécurité de ses soldats pour limiter les pertes au minimum. C'est pourquoi elle progresse avec une grande lenteur, s'assurant que chaque secteur a été "nettoyé" des jihadistes et des nombreux pièges explosifs  avant de pousser plus avant.
Les jihadistes, eux, n'ont pas le même respect de la vie de leurs combattants. Ils sont prêts à les lancer dans des opérations suicides contre leurs adversaires.
Dans le même ordre d'idée, les jihadistes n'hésitent pas à bloquer les forces irakiennes par des barrages de roquettes et d'obus de mortier sans égard pour la population civile qui se trouverait encore dans la zone de combat. Les forces irakiennes, elles, n'ont pas la même liberté de manœuvre car elles doivent respecter une "note d'orientation" de 17 pages conçue pour minimiser les dommages collatéraux.
Les forces irakiennes ont également un point faible qui est du à la grande diversité des forces impliquées dans l'offensive.
La Force opérationnelle spéciale de l'armée irakienne, appelée la "Division d'or", bien qu'elle ne soit qu'une brigade, est seulement l'un des trois participants actifs sur un front de guerre qui s'étend sur plus de 300 kilomètres du sud-ouest au nord de Mossoul via les quartiers orientaux de la zone urbaine.
Les Forces de mobilisation populaire (Hashed al-Chaabi), en majorité chiite, sont chargées du front sud-ouest. Elles ont pour mission de couper la route reliant Mossoul à la Syrie mais pas (encore ?) de prendre la localité de Tal-Afar pour les raisons citées plus haut. La base aérienne de Tal-Afar leur permettrait d'organiser un pont aérien en provenance d'Iran qui les soutient, mais il faudra d'abord libérer totalement et réhabiliter cet aéroport.
La troisième force est constituée par les Peshmergas kurdes. Les Kurdes jouent leur propre partition, comme le Hashed al-Chaabi. Ils coopèrent parfois avec l'armée irakienne mais n'hésitent pas à mener leurs propres opérations militaires lorsque cela peut les aider à atteindre leur but final qui est la création d'un Kurdistan autonome. Ils n'ont pas oublié que Saddam Hussein, l'ancien dictateur irakien, avait remplacé la population kurde de nombreux villes et villages de la province de Ninive pour y implanter des populations arabes sunnites venant d'autres régions d'Irak.
Et pourtant, l'armée irakienne ne peut pas faire autrement que de faire appel à ces forces auxiliaires, tout en sachant qu'elles ne poursuivent pas le même objectif qu'elle. La raison est que de nombreuses localités de la province sunnite d'al-Anbar, notamment, ont déjà été libérées mais la population sunnite n'est pas acquise pour autant au gouvernement irakien et l'armée doit maintenir une présence armée pour faire face à d'éventuelles attaques des partisans de l'Etat islamique sans oublier les opérations de déminage qui se poursuivent toujours dans les régions libérées. Les rancœurs des populations "libérées" ne cessent pourtant de croître. Les infrastructures de base n'ont toujours pas été rétablies et les personnes déplacées sont toujours dans l'incapacité de retrouver leurs maisons. De là à accuser les autorités centrales de retarder volontairement le retour des populations majoritairement sunnites dans leurs biens, il n'y a qu'un pas.
Enfin, dernier point, la coordination entre l'armée irakienne et la coalition internationale ne se fait pas sans frictions. Les Irakiens, par exemple, affirment qu'il faut parfois jusqu'à 10 heures entre une demande de bombardement transmise à la Coalition internationale et la réponse de la dite coalition. Les militaires irakiens se moquent également de certains travers de la coalition. Ils affirment, par exemple, que l'armée de l'air française bombarde le mercredi, sans doute à l'issue du Conseil des ministres français. Ils accusent également l'armée de l'air américaine d'être plus concernée par les quotas d'intervention et les statistiques que par les besoins opérationnels.

Jean René Belliard

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