13/09/2016

La trêve négociée entre Russes et Américains a-t-elle la moindre chance ? - 13 septembre 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 13 septembre  2016
Extrait de la newsletter publiée par Jean René Belliard le 12 septembre sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est accessible contre abonnement.
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La trêve négociée entre Russes et Américains a-t-elle la moindre chance ?
Les chefs de la diplomatie américaine, John Kerry, et russe, Sergueï Lavrov, se sont mis apparemment d'accord sur un plan pour une trêve en Syrie qui pourrait durer de sept à dix jours.
L'annonce de la trêve a été faite vendredi 9 septembre. Elle est survenue après des semaines de discussions entre les États-Unis et la Russie, parrains respectivement de l'opposition et du régime et à un moment où les insurgés sont en difficulté sur le terrain après avoir perdu la dernière bataille d'Alep.
Le début de la trêve doit coïncider avec l'Aïd el-Adha, la principale fête musulmane. Elle doit débuter lundi 12 septembre à 19H00, a précisé M. Kerry, qui s'exprimait aux côtés de son homologue russe Sergueï Lavrov.
Elle est prévue pendant 48 heures, selon l'émissaire américain pour la Syrie, Michael Ratney. Si elle tient, elle pourrait être renouvelée de nouveau de 48h, a précisé le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.
Et si elle tient sept jours d'affilée, Russes et Américains créeraient alors un "centre conjoint" pour coordonner des frappes contre les deux principaux groupes jihadistes en Syrie, l'Etat islamique et Jeich Fateh al-Cham (ancien Front al-Nosra). Le problème est que Washington pourrait avoir du mal à convaincre les groupes rebelles dits "modérés" de se dissocier de Jeich Fateh al-Cham, leur puissant allié dans les provinces d'Alep et d'Idleb.
En pratique, l'accord appelle à l'arrêt de toutes les attaques, y compris les raids de l'aviation - principal atout du régime - contre les rebelles.
Il préconise également un accès humanitaire sans entrave aux zones assiégées, comme Alep, principal front du conflit. Il prévoit une "démilitarisation" de la route du Castello au nord d'Alep, unique axe de ravitaillement pour les rebelles avant sa prise en juillet par le régime, pour acheminer l'aide.
Les Russes forcent Assad à négocier et les Américains aident les Russes contre les groupes terroristes
Entre Kerry et Lavrov, le deal serait le suivant : les Russes s'engageraient à prendre des mesures concrètes pour forcer le gouvernement Assad à arrêter de bombarder les populations et à mettre fin au siège d'Alep. En contrepartie Washington coopérerait de façon étroite avec Moscou pour lutter contre les groupes terroristes.
Un précédent accord avait volé en éclats
Un premier accord russo-américain de "cessation des hostilités" entré en vigueur le 27 février avait volé en éclats après des violations répétées des belligérants.
Moscou et Washington n'ont pas la même vision des groupes terroristes
Le problème est que les deux superpuissances ne s'entendent pas sur la définition des groupes terroristes.
Par ailleurs, Moscou, engagé dans la bataille d'Alep au côté du régime, ne semble pas prêt à mettre fin au siège.
Enfin, aucun des deux parrains ne veut vraiment endosser le rôle d'arbitre du conflit, chacun d'eux ayant sur le terrain leurs "proxies" qu'ils ont approvisionnés à profusion en armements lourds.
Ni les Américains ni les Russes ne contrôlent complètement leurs "protégés"
Sans compter que ni les Russes ni les Américains sont complètement maîtres de la situation dans leur camps respectifs. Moscou a du mal à imposer au régime de Damas, à Téhéran ou au Hezbollah libanais ses choix stratégiques et on a vu, récemment, comment l'appel du vice-président américain, Joe Biden, fait à ses alliés kurdes d'abandonner la rive ouest de l'Euphrate, n'a pas été écouté, malgré ses menaces d'interrompre toute assistance militaire.
Russes et Américains obligés de faire le même constat d'échec
Depuis qu'ils interviennent directement ou indirectement dans le conflit, ni Moscou ni Washington n'ont vu les évènements sur le terrain prendre la direction qu'ils souhaitaient.
C'est ce constat d'échec qui pourrait donner à leur entente une chance de succès.
Les acteurs régionaux et locaux peuvent faire capoter l'initiative américano-russe
Mais pour aboutir, encore faut-il que leur initiative soit soutenue par les acteurs régionaux, qui ont chacun des intérêts bien divergents, ainsi que par les divers acteurs locaux, très nombreux et disposant d'une marge d'indépendance par rapport à leurs parrains régionaux.
Moscou doit convaincre les Iraniens et Bachar el-Assad de la nécessité de négocier avec l'opposition.
Washington doit convaincre les Turcs, les Saoudiens et l'opposition syrienne de la nécessité de négocier avec M. Assad.
C'est pratiquement "mission impossible". Il y a peu de chance que les belligérants s'entendent, même s'ils acceptent de se rendre à Genève pour négocier. On a vu comment de précédentes conférences n'avaient abouti sur rien et seulement permis à chacun des deux camps, mettant à profit la trêve, de se réarmer et de se lancer dans des batailles encore plus féroces. 
De son côté, pourquoi Bachar al-Assad accepterait-il de négocier avec la rébellion, précisément maintenant que ses forces viennent de refermer le siège sur les quartiers rebelles d'Alep et que les insurgés viennent d'évacuer la ville de Daraiya, symbole de l'opposition et située dans la banlieue de Damas, après la conclusion d'un accord d'évacuation.
De l'autre côté, l'opposition syrienne ne semble pas non plus prête à accepter une solution politique négociée avec le régime. Elle vient, en effet, de présenter son plan de transition politique qui prévoit toujours le départ de « Bachar el-Assad et de sa clique ».
Quelques heures avant la trêve, Bachar al-Assad déclare vouloir reprendre toute la Syrie
Le président syrien Bachar al-Assad a affirmé, lundi 12 septembre, vouloir "reprendre" tout le territoire qui échappe au contrôle du régime, quelques heures avant l'entrée en vigueur de l'accord de trêve.
"L'Etat syrien est déterminé à reprendre aux terroristes toutes les régions et à rétablir la sécurité," a déclaré M. Assad aux médias officiels lors d'une visite dans l'ex-fief rebelle de Daraya près de Damas.
L'aviation du régime s'est déchaînée contre les villes rebelles
Au lendemain de l'annonce de la trêve, les raids aériens et les bombardements se sont poursuivis sur tous les fronts du pays.
Samedi 10 septembre, des frappes aériennes ont tué au moins 64 personnes, dont 13 enfants, dans la ville rebelle d'Edleb (nord-ouest), à l'heure où les habitants faisaient leurs achats pour célébrer l'Aïd el-Adha.
L'aviation du régime poursuivait dimanche 11 septembre ses bombardements des quartiers rebelles assiégés dans l'est d'Alep, tuant six civils dont trois enfants et en blessant une trentaine d'autres.
Le puissant groupe islamiste Ahrar al-Cham rejette l'accord de trêve
Le puissant groupe islamiste rebelle Ahrar al-Cham a rejeté l'accord de trêve russo-américain, estimant qu'il ne fera que "renforcer" le régime de Damas et "augmenter la souffrance" du peuple.
Le refus de l'accord tient au fait que Russes et Américains considèrent toujours Jeich Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra) comme un groupe "terroriste", au même titre que Daech. Or, les rebelles ont besoin de l'aide de Jeich Fateh al-Cham, un groupe rebelle aguerri et bien organisé, pour lutter contre le régime.
"L'accord russo-américain vise à éliminer ceux qui protègent les Syriens", a réagi Mostafa Mahamed, un porte-parole d'Ahrar al-Cham. groupe.
L'opposition demande des garanties
L'opposition syrienne, elle,  demande des "garanties" sur l'application de la trêve.
"Nous voulons savoir quelles sont les garanties (...) Nous espérons qu'il y aura des garanties et nous demandons des garanties spécialement des États-Unis, qui sont partie prenante de l'accord" de trêve, a affirmé à l'AFP Salem al-Mouslet, le porte-parole du Haut comité des négociations (HCN) de l'opposition syrienne.
"Quelle est la définition choisie pour le 'terrorisme' et quelle sera la réponse en cas de violations?" s'est-il interrogé.
Le régime qualifie de "terroriste" tous les groupes ayant pris les armes contre lui qu'il s'agisse de modérés, d'islamistes ou de jihadistes.
"Nous essayons de passer complètement en revue (l'accord). C'est vraiment important pour nous de connaître les niveaux d'engagement de toutes les parties à l'accord, notamment des États", partie prenante de l'accord, a dit M. Mouslet.
"Est-ce que la Russie va l'appliquer? Est-ce que le régime va l'appliquer et cesser ses bombardements et ses crimes?", s'est-il demandé.

Jean René Belliard

Liste des thèmes abordés dans la 463ème newsletter envoyée le 12 septembre aux abonnés :

Allemagne-Belgique-France : France : Affaire du commando de femmes terroristes
Allemagne-Belgique-France : Rachid Kassim, le Jihadiste qui menace la France presque quotidiennement
Allemagne-Belgique-France : France : Un mineur de 15 ans arrêté pour projet terroriste
Allemagne-Belgique-France : France 9 projets terroristes contre le personnel pénitentiaire déjoués en 7 jours
Suisse : Explosifs disparus

Irak : Explosion de 2 voitures piégées à Bagdad vendredi 9 septembre : Au moins 40 morts
Irak : Un conseiller d'Abou Bakr al-Baghdadi tué par un raid de la coalition internationale

Kazakhstan-Kirghizistan-Ouzbékistan-Tadjikistan : La Turquie, l'islamisme et les pays d'Asie centrale

Libye : Vers une guerre du pétrole entre Tobrouk et Tripoli ?

Syrie : La trêve négociée entre Russes et Américains a-t-elle la moindre chance ?
Syrie : 19H00 : Début de la trêve

Turquie : 46 civils et deux policiers blessés par l'explosion d'une voiture piégée
Turquie : Le chef emprisonné du PKK fait des propositions pour mettre fin à la violence

Afrique menacée : Kenya : Trois femmes attaquent un poste de police à la bombe incendiaire et au couteau

Jihad global : L'Etat islamique se développe en Asie du sud-est

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