18/08/2016

Armée irakienne et forces kurdes progressent vers Mossoul, chacunes de leur côté - 18 août 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 18 août  2016
Extrait de la newsletter publiée par Jean René Belliard le 17 août sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est accessible contre abonnement.
Pour s’abonner, écrire à : ptolemee@belliard74.com


Armée irakienne et forces kurdes progressent vers Mossoul, chacunes de leur côté
Mossoul, capitale de facto de l'État islamique en Irak, est actuellement encerclée par l'armée irakienne et les forces kurdes Peshmergas alors que se prépare l'assaut final sur ce dernier bastion des jihadistes.
L'armée irakienne encercle déjà la ville de Qayyarah au sud de Mossoul, objectif-clé avant de lancer l'assaut final sur la place-forte jihadiste. De leur côté, les peshmergas ont lancé leur propre offensive pour avancer à l'Est.
L'ennemi est commun, mais les objectifs du pouvoir de Bagdad et des Kurdes sont différents, voire contradictoires. 
L'armée va lancer son offensive pour reprendre Qayyarah et progresser vers Mossoul
Positionnés de part et d'autre du Tigre, l'armée irakienne et les jihadistes s'affrontent par de longs duels de snipers. La ville de Qayyarah est située sur la rive ouest du fleuve Tigre. Les jihadistes ont enflammé des réservoirs de pétrole d'où une épaisse fumée noire s'échappe afin de se cacher des avions de la coalition.
La résistance des jihadistes est farouche, explique un colonel irakien. "leurs snipers, honnêtement, sont extrêmement professionnels", poursuit-il. D'après ses sources, l'ennemi compte dans ses rangs des tireurs tchétchènes.
Il ajoute que les jihadistes utilisent la population civile restée sur place  « comme bouclier humain pour nous empêcher de leur tirer dessus ».
Le mois dernier, l'armée irakienne a repris le contrôle de la base militaire de Qayyarah, située sur l'autre rive du Tigre, à 10 kilomètres à l'ouest de la ville éponyme toujours aux mains de l'EI. La base doit servir de « tremplin vital », pour lancer l'offensive sur Mossoul, selon l'expression utilisée par Ashton Carter, chef du Pentagone, qui a également annoncé le déploiement sur cette base de 560 soldats américains.
L'objectif actuel de l'armée est de reprendre la ville de Qayyarah et l'ensemble de ses puits de pétrole pour couper à l'organisation terroriste une partie de ses sources de revenus, et, ensuite, lancer l'offensive pour reprendre Mossoul, explique le lieutenant-général Najim el-Jibouri, le commandant de la 15e division, qui compte bien mener ses hommes aux portes de la « capitale » de l'EI avant la fin de l'année.
L'Etat islamique est très affaibli
« L'État islamique n'est pas comme avant. Ses combattants sont très faibles maintenant. Sur les deux derniers mois, nous avons tué beaucoup d'entre eux, surtout leurs combattants les plus forts : les étrangers. Ils doivent surtout compter sur leurs combattants locaux maintenant », explique Najim el-Jibouri. « Dans deux mois peut-être, la grande opération va commencer avec toutes nos troupes, affirme le lieutenant-général. L'ensemble des forces armées irakiennes et la coalition vont commencer à nettoyer la région et libérer Mossoul », note-t-il.
Les Peshmergas ont lancé leur seconde offensive en trois mois
Les combattants peshmergas, eux, ont lancé avec le soutien massif de la coalition internationale, dimanche 14 août, leur seconde offensive en l'espace de trois mois pour se rapprocher un peu plus de Mossoul. En s'enfonçant dans les régions contrôlées par l'État islamique dans le nord de l'Irak, les Kurdes visent un double objectif : combattre les terroristes et repousser les frontières de leur région autonome.
Les Peshmergas se battent contre l'EI et pour le Kurdistan
Car pour les combattants peshmergas, même s'ils affirment se battre contre l'ennemi du monde entier pour le bien de l'humanité, ils n'hésitent désormais plus à clairement annoncer l'autre objectif de leur guerre contre l'EI : conquérir des territoires qui, selon eux, leur reviennent de droit.
Dans la plaine de Ninive, les villages que les Kurdes ont tenté de libérer lors de leur dernière offensive sont en fait des "territoires disputés"  à la fois par la région kurde et le gouvernement central de Bagdad.
« Nous nous battons contre l'EI, mais en même temps, nous avons des ambitions pour le Kurdistan », déclare le général Hama Rashid Rostam, posté avec ses hommes dans le village de Qarqasha. « Nous avons le droit de nous battre pour un plus grand Kurdistan », assène-t-il.
Ces territoires disputés, qui s'étendent du mont Sinjar jusqu'à la frontière avec l'Iran à l'Est, en passant par la ville pétrolifère de Kirkouk, ont fait l'objet d'une violente politique d'arabisation menée par différents gouvernements irakiens, dont le régime de Saddam Hussein.
Dans la plaine de Ninive par exemple, où vivaient de nombreux Kurdes mais aussi des chrétiens, shabaks, yazidis, kakais et Turkmènes, des milliers d'habitants ont été expulsés pour être remplacés par des populations arabes.
Maintenant que les Kurdes s'attèlent à arracher une partie de ces territoires des mains des jihadistes de l'EI, ils comptent bien garder le contrôle des villages qu'ils ont libérés au prix de nombreuses vies.
« Nous n'allons pas simplement les rendre au gouvernement central, ça c'est certain », assure Delavar Ajgeiy, le représentant du Kurdistan irakien auprès de l'Union européenne.
M. Ajgeiy précise néanmoins que les minorités vivant dans ces territoires disputés, à l'instar des chrétiens de Qaraqosh, auront la possibilité de participer à un référendum pour décider s'ils préfèrent rester avec Bagdad ou s'ils souhaitent rejoindre la région kurde, comme le prévoit l'article 140 de la Constitution de la République d'Irak.
« Le Kurdistan ne signifie pas une région pour les Kurdes, c'est un endroit pour toutes les personnes vivant en son sein. Nous n'avons absolument pas pour objectif de changer la démographie de ces endroits », assure le représentant.
Nettoyage ethnique
En janvier dernier, un rapport d'Amnesty International révélait que les combattants kurdes avaient passé au bulldozer, fait exploser et réduit en cendre des milliers de logements appartenant à des familles arabes, parfois des villages entiers. Le but, semble-t-il, était de déraciner ces populations en représailles à leur soutien supposé à l'EI et afin de consolider des gains de territoires dans des zones disputées, écrit Amnesty dans son enquête. Si les autorités kurdes justifient ces pratiques en raison d'une possible menace terroriste, Amnesty rappelle que le déplacement forcé de civils et la destruction délibérée de logements sans aucune justification militaire « peuvent constituer des crimes de guerre ».

Jean René Belliard

Liste des thèmes abordés dans la 444ème newsletter publiée le 17 août :

Algérie : Trois caches d'armes détruites par l'armée

Arabie saoudite : Un policier tué par balles dans une région chiite
Arabie saoudite : Le fils de Ben Laden appelle au renversement du régime saoudien

Irak : Armée irakienne et forces kurdes progressent vers Mossoul, chacunes de leur côté

Liban : Descente de l'armée libanaise dans le camp de réfugiés syriens de Macharih al-Qaa
Liban : Camp palestinien d'Aïn el-Héloué : Le neveu du chef de Jeich Fateh al-Cham se rend à la police

Libye : Neuf attaques kamikazes de Daech mardi 16 août à Syrte

Syrie : Bataille d'Alep - Derniers développements
Syrie : Nouvelles frappes aériennes russes à partir de l'Iran

Tunisie : Le parti islamiste radical Hizb ut-Tahrir dénonce sa suspension par la justice

Jihad global : Vaste opération sécuritaire contre les islamistes à Saint Petersbourg

Des informations sur les principaux évènements qui secouent les pays du Moyen Orient, d'Afrique du nord et du Sahel, des messages importants, des alertes sécuritaires, vous aussi, comme de nombreux députés, sénateurs, ambassades, sociétés civiles et morales engagées dans la sécurité, des directions du personnel soucieuses de la sécurité de leurs employés à l'étranger, vous pouvez vous abonner à l'ensemble de la newsletter publiée par Jean René Belliard et l'ensemble de ses quinze correspondants. Le coût d'un abonnement est de 100€ pour un an ou de 60€ pour six mois;
Pour s’abonner, écrire à : ptolemee@belliard74.com

 

Les commentaires sont fermés.