19/07/2016

Putsch en Turquie : Conséquences en Syrie - 19 juillet 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 19 juillet  2016
Extrait de la newsletter publiée par Jean René Belliard le 18 juillet sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est accessible contre abonnement.
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Putsch en Turquie : Conséquences en Syrie
Les évènements qui ont eu lieu en Turquie au cours du weekend dernier aurant forcément des conséquences sur l'ensemble de la région  en raison du rôle central de la Turquie dans plusieurs crises qui secouent le Moyen-Orient.
Le pouvoir turc sera plus occupé par la politique intérieure
Selon un spécialiste libanais des questions turques, la première conséquence de ce putsch raté sera le changement des priorités du régime turc.
Désormais, il sera plus occupé par les affaires intérieures au pays que par les dossiers régionaux.
L'armée sort affaiblie de la crise
Les purges et la restructuration au sein de l'armée va forcément créer un malaise en son sein. Les nouveaux chefs militaires, nommés par Erdogan, vont mettre plus d'énergie à asseoir leur autorité et combattre les foyers de rébellion potentiels dans les rangs de l'armée et les opposants au régime qu'à mener la lutte contre l'Etat Islamique en Syrie. D'ailleurs, aussi bien le président que le Premier ministre ont qualifié les auteurs du coup d'État manqué de « terroristes », montrant bien où se situe désormais leur priorité.
Le résultat immédiat est que le pouvoir turc se méfie désormais de son armée alors qu'elle en a cruellement besoin pour faire face à l'insurrection kurde et à la menace de l'Etat Islamique. Concrètement, tous les exercices militaires, les vols d'entraînement et même les missions de bombardement des positions kurdes ou daechistes vont être annulés par crainte que les avions ou les militaires ne prennent la direction des centres névralgiques du pouvoir. Témoin de l'inquiétude du gouvernement, le président turc a prorogé, lundi 18 juillet, l'ordre d'abattre tout hélicoptère militaire qui survolerait Istanbul. L'inquiétude en ce qui concerne les hélicoptères est d'autant plus grande qu'on a appris, dimanche 17 juillet que 42 hélicoptères de l'armée avaient disparu, ce qui fait craindre qu'ils pourraient être à nouveau utilisés par ce qui reste de putschistes.
Aujourd'hui, Erdogan se retrouve avec trois adversaires, tous tout aussi dangereux les uns que les autres : Les Kurdes, l'armée et tous les opposants à son régime, qu'ils soient jihadistes de l'Etat islamique ou laïques. Ceci devrait normalement pousser le régime turc à se désengager du dossier syrien pour se consacrer à ses seuls problèmes internes.
Et c'est sans doute pour éviter cet isolement que les responsables du Front al-Nosra, la branche syrienne d'al-Qaïda, se sont empressés de clamer leur soutien à Erdogan et à villipender son ennemi Fethulla Gülen.
Des incidents signalés dans plusieurs endroits
L'écrasement illico presto du putsch n'a pas mis fin à l'agitation.
Dimanche 17 juillet, une vive tension régnait autour de plusieurs bases aériennes de Sabiha Gökçen (le second aéroport d'Istanbul) et de Konya. Les incidents armés ont éclaté  quant la police a tenté d'appréhender des militaires. Dans les deux cas, les militaires se sont finalement rendus aux forces de police.
Lundi 18 juillet, on apprenait qu'un inconnu avait tiré sur un adjoint au maire de la municipalité d'Istanbul, le blessant gravement. L'inconnu est entré dans le bureau de Cemil Candas, maire adjoint du quartier prospère de Sisli, et a ouvert le feu sur lui.
A Ankara, un soldat a été abattu, lundi 18 juillet, par la police alors qu'il avait ouvert le feu en leur direction devant le tribunal d'Ankara où comparaissaient des participants présumés au coup d'Etat, provoquant une énorme panique dans les environs. L'assaillant est décédé et deux autres personnes ont été arrêtées.
La tension dans les grandes villes turques est palpable et des véhicules blindés de la police patrouillent les rues.
Une situation que va tenter d'exploiter Daech en Turquie...
L'affaiblissement de la force militaire, même si il n'est que momentané, est une situation inespérée pour l'Etat Islamique qui a toujours su profiter de la confusion chez ses adversaires. Il n'y a aucune raison, en effet, que les Jihadistes de l'EI cessent leur action en Turquie, pour qui la "chute de Constantinople" (Istanbul) reste le "grand jour de l'apocalypse", le jour final.
...et en Syrie
Si Erdogan se désengage du dossier syrien, cela pourrait très vite signifier une suspension des aides fournies aux différents groupes rebelles via la frontière avec la Syrie. Ceci ne manquera pas d'être mis à profit à la fois par le pouvoir syrien, dont les forces sont engagées dans une lutte sans merci pour contraindre les quartiers rebelles d'Alep à la reddition, et par l'Etat islamique qui va en profiter pour reprendre le contrôle des régions frontières entre la Syrie et la Turquie. Il ne serait pas étonnant que les localités d'Azaz et de Marea soient les prochains objectifs des Jihadistes de l'EI.
Les Etats-Unis dans une position délicate
Quant aux Etats-Unis, ceux-ci vont désormais se retrouver dans une position délicate. Ils ont besoin de la Turquie et de ses bases militaires pour mener la lutte contre Daech tandis que cette lutte même ne constitue plus pour Ankara, jusqu'à nouvel ordre, une priorité absolue. Et il est probable qu'à cette différence d'objectifs s'ajoute un problème lié aux droits de l'homme tandis qu'une répression sans merci s'abattra sur les opposants au régime d'Erdogan et que la peine de mort sera sans doute rétablie pour les putschistes. Sans oublier l'épineux problème de Fethullah Gülen, l'opposant à Erdogan qui a trouvé refuge aux Etats-Unis et dont Ankara réclame le renvoi en Turquie pour être soumis à la justice turque qui l'accuse d'être le véritable instigateur du putsch.
Et l'Arabie saoudite bien solitaire
Finalement, l'Arabie saoudite pourrait se retrouver seule à continuer de réclamer le départ de Bachar al-Assad « de gré ou de force »). Ah, j'oubliais...avec le gouvernement français !
Mais si la Turquie ferme sa porte aux rebelles syriens, Riyad n'aura plus la possibilité d'envoyer des hommes et des armes à ses protégés. Il se peut alors qu'en désespoir de cause, même l'Arabie saoudite allège sa position vis-à-vis de Bachar al-Assad.
Quatre pays arabes ont accueilli favorablement la nouvelle du putsch
Ces quatre pays sont l'Egypte, le Maroc, le Qatar et le Soudan. En Egypte, on avait soutenu le putsch, hostilité envers les frères musulmans oblige. Et depuis l'échec de la tentative de coup d'état, la presse égyptienne se déchaîne contre le pouvoir turc.

Jean René Belliard

Liste des thèmes abordés dans la 421ème newsletter publiée le 18 juillet :

France : Le premier ministre hué lors d'un hommage aux victimes à Nice

Israël -Cisjordanie - Gaza : Derniers incidents sécuritaires

Syrie : Putsch en Turquie : Conséquences en Syrie
Syrie : Daech a profité de la fermeture de la base d'Incirlik pour lancer une offensive
Syrie : L'armée syrienne a fini d'encercler hermétiquement les quartiers rebelles d'Alep
Syrie : Bataille de Kansabba (Nord de la province de Lattaquié)

Turquie : Tentative avortée de coup d'Etat en Turquie - Analyse

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