24/06/2016

L'Etat islamique perd du terrain mais se battra jusqu'au bout

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 24 juin 2016
Extrait de la newsletter publiée par Jean René Belliard hier,  jeudi 23 juin, sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est accessible contre abonnement.
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L'Etat islamique perd du terrain mais se battra jusqu'au bout
Quand on regarde l'évolution des territoires occupés par l'Etat Islamique sur la carte de l'Irak ou de la Syrie, on constate que la surface du «Califat» se rétrécit.

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Pour les milices Chiites, c'est l'heure de la vengeance
Cela ne veut pas dire que la situation sécuritaire s'améliore dans ces deux pays. Car un autre problème apparaît, celui de l'exaspération de la guerre confessionnelle entre Sunnites et Chiites.
A Falluja, par exemple, que les forces du régime sont en passe de reprendre aux Jihadistes, on a observé, comme dans  d'autres villes sunnites déjà reprises à l'EI, des actes de vengeance de la part des miliciens chiites sur les populations sunnites des villes libérées. 
Washington est extrêmement inquiet de cette détérioration de la situation entre les deux communautés et a choisi de ne pas fournir d'appui aérien aux opérations dans lesquelles les milices chiites participent.
Le magazine allemand Der Spiegel cite un exemple de l'aggravation de la crise sectaire. Les milices chiites ont pris l'habitude d'écrire le nom de Nimr al-Nimr, le prédicateur chiite exécuté en Arabie Saoudite, sur les obus qu'ils tirent sur les positions de l'Etat Islamique. Et dans un message vidéo, le chef de la brigade chiite Abou Fadl al-Abbas  encourage ses combattants à «éradiquer la tumeur cancéreuse de Falluja pour nettoyer l'Irak. Il n'y a pas de patriotes là-bas, pas de croyants," explique-t-il.
Pour les Jihadistes de l'EI, la seule alternative est le combat à mort
Pour les Jihadistes de l'EI, il n'y a pas d'autres alternatives que le combat jusqu'à la mort. En effet, malheur à ceux qui tombent entre les mains de leurs adversaires chiites.
Chaque ville a été transformée en un labyrinthe de pièges mortels
Les Jihadistes suivent un schéma similaire à celui déjà utilisé lors des combats pour le contrôle d'autres villes reprises par les forces gouvernementales depuis 2014. Que ce soit dans l'enclave kurde de Kobane (Aïn el-Arab) en Syrie, la localité Yazidi de Sinjar, les villes de Tikrit, Ramadi et Baiji ou des villes plus petites comme Bashir en Irak - les villes étaient laissées totalement en ruines à l'issue des combats.
De plus, les jihadistes ont creusé des tunnels sous les villes qu'ils occupent. Même dans la petite ville de Bashir, on a trouvé des tunnels reliant les positions de combat. ^
De même, les rues, les ponts et les maisons ont été aménagées en positions de combat bien avant l'offensive des troupes gouvernementales. Et si les soldats réussissent à pénétrer à l'intérieur de la ville, des snipers ont été laissés en arrière pour freiner leur progression. Dans le même temps, des kamikazes lancent en permanence contre les positions adverses leurs camions protégés par de grosses plaques en acier et chargés de plusieurs tonnes d'explosifs. Une arme redoutable qui démoralise les troupes.
Le magazine allemande Der Spiegel cite l’exemple de Baiji une ville située entre Tikrit et Mossoul  qui abrite une importante raffinerie de pétrole. Les miliciens chiites ont subi dans ce secteur des pertes importantes pendant plusieurs semaines sans avoir jamais réussi à repérer la position d'un seul sniper de l'État islamique.
Le magazine allemand cite également l'histoire de ces combattants qui, après des heures de recherche à l'intérieur d'une maison, pensaient avoir découvert tous les explosifs dissimulés derrière les portes, dans la télévision, sur les fenêtres et les armoires. Épuisé, l'un d'eux s'est assis sur un coussin en mousse qui a explosé.
L'Etat islamique a commencé dès le début de son existence la fabrication de mines en quantités industrielles. En utilisant des intermédiaires, le groupe a importé kilomètres de cordons détonateurs, de fusibles et des milliers de tonnes de matières explosives d'Inde et d'autres pays comme la Turquie. De là, les composants ont été amenés à travers la frontière et introduits dans un réseau décentralisé pour la production de pièges. Les usines d'explosifs, qui travaillent à plein régime, sont aménagées à proximité de la ligne de front de manière à maintenir des lignes d'alimentation courtes.
A Bashir ou Sinjar presque chaque maison a été transformée en un piège mortel. A Mossoul, selon des témoins, il parait que des réservoirs d'oxygène à taille humaine ont été  remplis d'explosifs et enterrés sous les routes d'entrée dans la ville. Par contre, les villes natales des leaders de l'Etat islamique, comme Hawijah, située au sud-ouest de Kirkouk, ou Tal Afar, à l'ouest de Mossoul, n'ont apparemment pas été piégées.
Les Jihadistes de l'EI en proie à la paranoïa
Le fait que l'Etat islamique continue à perdre du terrain malgré tout a conduit les membres de l'EI à une véritable paranoïa. Il est difficile de recueillir des informations sur ce qui se passe à l'intérieur de son territoire et toute personne qui pourrait être soupçonnée de donner des informations est immédiatement exécutée.  En règle générale, les téléphones et email sont évités. Daech soupçonne tout le monde et s'ils trouvent un téléphone portable, le propriétaire sera aussitôt considéré comme espion. Il sera alors exécuté selon les méthodes les plus cruelles comme être jeté d'un toit d'immeuble, égorgé, décapité, crucifié ou jeté dans une cuve d'acide."
Une ambiance sinistre dans les villes encore contrôlées par l'EI
"L'ambiance est sinistre», dit un informateur en parlant de Mossoul cité par le magazine allemand. «Chaque jour, les prédicateurs de Daech haranguent les habitants par haut-parleurs. Nous savons que vous nous détestez, affirment-ils. C'est de votre faute si nous avons perdu tant de villes. Vous nous avez trahis, parce que même si nous sommes venus pour vous soutenir contre les chiites, vous ne voulez pas vous battre avec nous. Cet informateur ajoute qu'il n'y a plus de combattants nouveaux, ni en Syrie, ni en Irak. Cela les a déconcertés ".

Jean René Belliard

Liste des thèmes abordés dans la newsletter du 23 juin :

Irak : L'Etat islamique perd du terrain mais se battra jusqu'au bout

Liban : Etat d'alerte maximum dans la Dahiyeh (banlieue chiite sud de Beyrouth)

Libye : Bataille de Syrte (Suite)

Syrie : Bataille d'Alep
Syrie : Les Forces Démocratiques Syriennes sont entrées à Manbij
Syrie : Tabqa - L'armée arabe syrienne en retrait - 3 soldats russes blessés
Syrie : Combats dans la Ghouta orientale (banlieue est de Damas)

Afrique menacée : Mali : Ansar al-Din bombarde des positions françaises

Jihad global : USA : Un homme arrêté après 6 tentatives pour rejoindre Daech
Jihad global : Maroc : L'auteur des messages de menaces contre "les mécréants" de Tétouan arrêté

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