04/06/2016

Syrie : Suite de la bataille de Raqqa, la place-forte de Daech - 4 juin 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 4 juin   2016
Extrait de la newsletter publiée par Jean René Belliard le vendredi 3 juin sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est accessible contre abonnement.
Pour s’abonner, écrire à : ptolemee@belliard74.com


Syrie : Suite de la bataille de Raqqa, la place-forte de Daech
(De notre correspondant F.M.)
Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), une coalition de miliciens kurdes et de rebelles arabes soutenue par les Etats-Unis, essaye de progresser au nord et à l'ouest de Raqqa.
Tabqa : l'objectif clé à l'ouest de Raqqa
L'objectif clé est Tabqa, à l'ouest de Raqqa. Tabqa est stratégique car elle relie Raqqa aux positions de Daech situées près d'Alep - où semble se préparer la "mère de toutes les batailles".
Turcs et Américains cherchent à éviter l'embrouille
L'offensive a commencé par irriter fortement le gouvernement turc, hostile à tout renforcement de la présence des miliciens kurdes au nord de la province de Raqqa.
Mais le mécontentement turc n'ira pas au-delà des menaces verbales, Ankara ayant fait semblant de considérer que les FDS étaient constituées en majorité de combattants arabes - et non kurdes. Or, il n'est pas opposé à la présence des rebelles arabes. Chacun sait que c'est loin d'être la réalité, les Kurdes constituant le principal groupe ethnique de cette coalition.
Mais le gouvernement turc pouvait guère faire autrement que de nier la réelle composition des FDS, le Pentagone ayant engagé dans l'offensive 250 membres des forces spéciales américaines.
De son côté, Washington a tout fait pour ménager son allié turc. Il a demandé à ses forces spéciales de retirer prestement les badges des YPG, la milice kurde, que ceux-ci avaient mis sur leur uniforme, ce qui était effectivement un manque de tact.
Le patron du CENTCOM a clairement défini les limites aux miliciens kurdes
Par ailleurs, il est nécessaire de rappeler que l'offensive contre Raqqa a débuté après la visite du patron du CENTCOM, le général Joseph Votel, à Kobane (la ville symbole de la résistance kurde à l'EI) et à Ankara.
Le général Votel a donné des instructions claires : Il s'agira seulement d'une opération partielle. En aucun cas les FDS ne pourront aller jusqu'à la ville frontière de Jarablus, l'un des deux postes frontaliers entre les zones contrôlées par Daech et la Turquie. Ceci dans un effort du Pentagone de respecter la "ligne rouge" définie par la Turquie, un allié de l'OTAN, à la présence kurde à sa frontière.
La ville de Raqqa - la place-forte de l'EI ne peut pas être l'objectif final
L'opération est en fait limitée. Tout au plus s'agit-il de reprendre le contrôle du nord de la province de Raqqa. En aucun cas de la ville même de Raqqa, la place-forte de l'EI, pour la simple raison que les FDS n'ont ni les effectifs ni les équipements suffisants pour prendre et occuper la ville. 
Les instructions données par le général Votel aux FDS ne plaisent pas aux Kurdes syriens, comme il fallait s'y attendre. Pour les Kurdes, la prise de Jarablus est une priorité stratégique. Les Kurdes des YPG ont essayé pendant des mois d'ouvrir un couloir entre leurs cantons de Kobane et d'Afrin, peuplés en majorité de Kurdes.
Washington ne peut se brouiller avec les Kurdes
Mais Washington est-il en état de s'opposer à une avancée des Kurdes vers Jarabulus, tant il a besoin d'eux pour mener la guerre sur le terrain contre l'EI ? A part les miliciens kurdes, qui d'autres pourraient mener le combat. Le Pentagone n'a sûrement pas l'intention d'aller au-delà d'un déploiement de 250 membres des Forces spéciales et contrairement à l'Irak, il est hors de question de faire appel à l'armée régulière syrienne pour mener l'offensive. Sans oublier que l'administration Obama est pressée par le temps. Elle aimerait bien inscrire une victoire sur l'Etat Islamique avant les élections présidentielles de novembre 2016.
La ville de Raqqa est une ville sunnite
Pour les Kurdes, la prise de la ville de Raqqa n'est pas à l'ordre du jour. Ni les Forces démocratiques syriennes (FDS) ni les miliciens kurdes qui composent la majorité de cette coalition n'ont les ressources pour prendre la ville sachant que les Jihadistes sont bien déterminés à mener une résistance acharnée pour conserver leur capitale de facto. Et quand bien même les FDS arriveraient-ils à y pénétrer, il n'est pas sûr qu'ils puissent se maintenir dans cette ville sunnite. Il faudrait pour cela transférer tellement de troupes que cela risquerait d'affaiblir la défense de l'ensemble du Rojava, le Kurdistan syrien comme les Kurdes appellent désormais leur région autonome.
Alors il semble bien que l'annonce d'une offensive pour prendre Raqqa ne soit qu'une opération de relations publiques. Ni les Américains ni les Forces Démocratiques Syriennes ayant les moyens de prendre la ville pour l'instant.
L'Armée loyaliste syrienne a d'autres priorités
Quant à l'Armée Arabe Syrienne (AAS), il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle se lance dans une grande offensive pour prendre Raqqa, et ce pour exactement les mêmes raisons. L'AAS est très occupée à défendre Palmyre qu'elle vient de reconquérir, ainsi que ses lignes d'approvisionnement, les champs pétroliers ou gaziers situés dans la région, ainsi que plusieurs petites bases aériennes régionales utilisées par les hélicoptères russes et syriens. L'AAS est également engagée dans des opérations militaires pour réduire plusieurs poches des rebelles "modérés" ou des Jihadistes du Front al-Nosra (la branche syrienne d'al-Qaïda) ou de l'Etat Islamique. En conséquences, l'AAS n'a pas non plus les moyens suffisants pour pousser jusqu'à Raqqa. 
Pour Moscou et Damas, Raqqa est un problème américain
Finalement, à Moscou, comme à Damas, on a tendance aujourd'hui à considérer que Raqqa est un problème américain.
Syriens et Russes sont beaucoup plus concernés par Alep où les rebelles dits "modérés", associés aux Jihadistes du Front al-Nosra, se font de plus en plus menaçants.
Cependant le régime veut tirer profit de l'offensive des FDS sur Raqqa pour avancer de son côté à l'est d'Alep
L'armée syrienne, appuyée par l'unité paramilitaire d'élite « Aigles du désert » (Souqour as-Sahara) (photo ci-contre),  a lancé, le 2 juin, une offensive en direction de la province de Raqqa. 3 juin 2016 sur la route de Tabqa.jpg
Les forces loyalistes ont repris des zones qu'elles avaient reprises puis perdues le mois de février dernier : une série de collines qui entourent l'autoroute reliant Ithriya, dans la province de Hama), à la ville  de Tabqa dans la province sud de Raqqa, cette dernière localité étant également un objectif des FDS.
Les soldats ont progressé relativement vite sur une distance de 10 km, grâce notamment à une couverture aérienne intense des avions russes et syriens.
La progression a été facilitée en raison du terrain désertique qui offre peu d'abris ou de camouflage aux raids aériens.
Les Russes auraient voulu que l'armée syrienne progresse plutôt en direction de Deir ez-Zhor, mais Damas et Téhéran préféraient autour de la ville d'Alep. D'autant plus que la trêve signée dans la cadre de l'accord russo-américain a permis aux rebelles dits "modérés" de se réorganiser, de se réarmer, et de d'obtenir plusieurs succès militaires sur le terrain.
C'est pourquoi Damas a l'intention de conquérir au moins la ville de Tabqa et le barrage d'Assad, ce qui permettrait de couper les voies d'approvisionnement entre Raqqa et les zones contrôlées par l'Etat Islamique à l'est d'Alep.

Jean René Belliard

Liste des thèmes et analyses développés le 3 juin dans la newsletter envoyée  aux abonnés :

Irak : Les Jihadistes opposent une résistance acharnée à Fallouja (suite)

Israël - Cisjordanie - Gaza : Israël libère la député palestinienne Khalida Jarrar

Liban : Une cellule de l'Etat Islamique démantelée à Aley

Libye : Bataille de Syrte (la place-forte de l'Etat Islamique) -Suite

Syrie : La Syrie autorise l'acheminement de l'aide humanitaire vers 12 zones
Syrie : Poursuite de la bataille au nord de la province d'Alep entre rebelles et Etat Islamique
Syrie : Suite de la bataille de Raqqa, la place-forte de Daech en Syrie
Syrie : Et combats entre rebelles et Etat Islamique le long de l'autoroute Damas-Bagdad
Syrie : Qurdaha, la ville natale de Bachar al-Assad touchée par des tirs de roquettes
Syrie : Carte de la progression de l'Etat Islamique à Deir ez-Zhor depuis 2014

Coalition internationale : Le porte-avions Harry Truman entre en jeu contre l'Etat Islamique

Jihad global : Allemagne : 120 procédures pénales contre 180 personnes liées à des groupes jihadistes en cours
Jihad global : Suède : Un homme condamné à cinq ans de prison pour avoir voulu exécuter un attentat-suicide

Crise migratoire : Nouvelle tragédie en mer

Pour vous abonner, écrire à : ptolemee@belliard74.com

 

Les commentaires sont fermés.