31/05/2016

La Russie, seule puissance à encore avoir un plan pour la Syrie - 31 mai 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 31 mai   2016
Extrait de la newsletter publiée par Jean René Belliard le lundi 30 mai sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est accessible contre abonnement.
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La Russie, seule puissance à encore avoir un plan pour la Syrie
(en coopération avec notre correspondant à Beyrouth)
Une convergence entre Moscou et Riyad pourrait favoriser une nouvelle initiative russe en Syrie
Le 25 mai, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov s'est entretenu avec les membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et a salué à cette occasion le dialogue constructif avec ses homologues.
De son côté, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Joubeir a rappelé la volonté de Riyad de renforcer les relations avec Moscou.
Dans un contexte où le processus de Genève est moribond, un infléchissement de la position saoudienne et une convergence ponctuelle avec Moscou pourraient favoriser une nouvelle initiative russe, comme alternative à Genève.
Le processus de Genève est bloqué
Les négociations pour parvenir à la paix en Syrie sont dans l'impasse et il est presque certain que la date butoir pour la relance des pourparlers inter syriens ne sera pas tenue.
Le processus est bloqué en raison de l'attitude de plusieurs puissances régionales qui poursuivent toujours des objectifs géopolitiques et confessionnels.
L'impuissance des Etats-Unis a faire preuve d'autorité sur ses alliés régionaux est un autre sujet d'inquiétude en cela qu'elle démontre la perte d'influence de la première puissance mondiale. Il faut se rappeler comment l'effondrement de l'URSS, l'autre grande puissance mondiale, avait provoqué un grand nombre de conflits régionaux en Europe et au Moyen orient. 
Signe de cette perte d'influence américaine, la volonté du président Obama d'accompagner la Russie pour faire semblant d'avoir les moyens d'imposer la paix à un pays déchiré par la guerre civile. Et il faut se rendre à l'évidence : seul Moscou semble encore avoir un plan pour pacifier la Syrie.
Le problème est que l'approche globale de l'administration américaine vis-à-vis de la Russie n'a pas changé par rapport aux temps de la guerre froide : il s'agit toujours d'une politique de "containment". Washington a imposé aux Européens des mesures de rétorsion économiques suite à l'annexion de la Crimée par Moscou et ces mesures sont régulièrement prolongées depuis.
L'administration Obama paralysée
Lorsque Barack Obama a décidé de s'impliquer sur ce terrain, avec une volonté réelle de séparer le dossier ukrainien et la question nucléaire du traitement de la crise syrienne, c'est le département d'État qui s'est opposé à tout accord avec les Russes. Une partie de cette administration américaine est alignée sur les positions d'Ankara et de Riyad et défend la doctrine de la guerre d'usure. On accepte le principe de la négociation mais on pose un ensemble de conditions préalables dont on sait qu'elles sont inacceptables.
Autre problème pour l'administration Obama, le fait qu'il ne lui reste plus que quelques mois à rester au pouvoir en attendant son remplacement par une autre administration, selon le résultat des élections présidentielles.
La Russie a retrouvé une position de force 
La Russie a utilisé la guerre civile syrienne et le désarroi des pays occidentaux pour mettre un terme à ce conflit pour retrouver une position de force.
Sur le plan opérationnel, ils ont renforcé leur présence en Syrie et sont les seuls à pouvoir exercer des pressions efficaces sur le régime syrien afin qu'il propose des réformes susceptibles de ménager une sortie de crise. Les Européens, qui subissent les conséquences déstabilisantes de la crise migratoire, sont prêts à se rallier au premier projet de résolution russe proposé à l'ONU. Car à part Moscou, personne n'a de solution à proposer et la situation est dans l'impasse. Les négociations de Genève n'ont rien donné et sur le terrain syrien aucun des belligérants n'est en mesure de remporter une victoire militaire.
Seule une négociation entre Moscou et Riyad pourrait permettre de trouver une solution
Il y a, bien sûr, des divergences de fond entre Moscou et Riyad. Mais ces divergences  n'excluent pas un rapprochement dans les semaines à venir qui pourrait être déterminant pour trouver une issue politique à cette guerre civile. Rappelons que Riyad reste inflexible sur la question du départ inconditionnel de Bachar el-Assad.
Les Saoudiens redoutent particulièrement l'influence grandissante de Téhéran dans la région du Moyen Orient. Or l'intervention russe en Syrie s'est faite également au détriment de l'Iran et les contradictions russo-iraniennes sont réelles. Néanmoins, Moscou peut pondérer le conflit entre les deux et trouver un équilibre entre les ambitions régionales iraniennes et saoudiennes. Si les Russes offrent des garanties suffisantes à Riyad, une évolution de la situation est tout à fait probable.
La Russie et la Turquie sur le point de renouer le dialogue ?
Le président russe, Vladimir Poutine, avait déclaré la semaine dernière, selon les médias turcs, que la Russie voulait reprendre les relations avec la Turquie et attendait des démarches concrètes d'Ankara, et notamment des excuses pour avoir abattu un avion russe, afin de mettre fin à la crise.
La diplomatie turque semble avoir compris le message de Moscou.
"Je ne pense pas que nos tensions et nos problèmes soient insurmontables ou irréparables. Par la voie du dialogue, j'estime que cela peut être réglé", a affirmé lundi 30 mai le porte-parole du gouvernement turc, Numan Kurtulmus, au terme d'un conseil des ministres.
"Ni la Russie ni la Turquie n'ont le luxe de se passer l'un de l'autre", a affirmé M. Kurtulmus, qui est aussi vice-Premier ministre.
Les relations entre Ankara et Moscou s'étaient brutalement détériorées en novembre 2015 après que des F-16 turcs eurent abattu un bombardier russe au-dessus de la frontière syrienne car il avait, selon la Turquie, violé son espace aérien. La Russie a depuis décrété une vague de sanctions économiques contre Ankara et appelé ses touristes à ne plus se rendre dans ce pays.
A propos de l'incident aérien, M. Kurtulmus a répété que "si l'aviation turque avait su qu'il s'agissait d'un (appareil) russe, elle aurait agi différemment". "La Turquie n'a pas abattu cet avion délibérément", a assuré le responsable turc, insistant sur le fait que l'appareil avait été à plusieurs reprises averti d'une violation de l'espace aérien.
De l'avis des observateurs, le nouveau gouvernement turc dirigé par Binali Yildirim, un fidèle allié du président et homme fort de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, chercherait à normaliser les relations de la Turquie avec plusieurs ex-partenaires régionaux, dont la Russie et Israël.

Jean René Belliard

Liste des thèmes développés le 30 mai dans la newsletter envoyée  aux abonnés :
Bahreïn : Le chef de l'opposition chiite condamné à neuf ans de prison

Irak : Bataille de Fallouja
Irak : Offensive kurde contre l'Etat Islamique à trente kilomètres de Mossoul
Irak : Attaque kamikaze de l'Etat Islamique à Bagdad

Iran : Le conservateur Larijani reste à la tête du Parlement

Israël - Cisjordanie - Gaza : Derniers incidents
Israël - Cisjordanie - Gaza : Pas de paix avec le retour aux frontières de 1967, déclare Mahmoud Abbas

Libye : Le gouvernement d'union (GNA) ne parvient toujours pas à s'imposer en Libye
Libye : Le gouvernement d'union (GNA) recherche des solutions monétaires

Syrie : La Russie, seule puissance à encore avoir un plan pour la Syrie
Syrie : Le négociateur en chef du Haut Comité des Négociations soutenu par Riyad démissionne
Syrie : Offensive de l'Etat islamique au nord de la province d'Alep (Suite)
Syrie : L'offensive contre Raqqa - la place-forte de l'Etat islamique (suite)

Tunisie : Deux femmes tués et une troisième blessée par une mine sur le mont Sammama

Turquie : Deux policiers tués et un autre blessé à Van (est de la Turquie)
Turquie : "Tit for tat" : Le président turc Erdogan condamne la répression policière en France

Yémen : Violents combats entre forces loyalistes et rebelles chiites dans la province de Chabwa

L'Afrique menacée : Mali : cinq soldats maliens tués par l'explosion d'un IED (Improvised Explosive Device)
L'Afrique menacée : Dix membres de Boko Haram tués au sud-est du Niger 

Jihad globalMaroc Trois Islamistes dont une femme condamnés ) cinq ans de prison ferme


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Commentaires

Votre analyse correspond aux informations de la presse occidentale et du Golfe, mais je ne pense pas qu'elle reflète l'état d'esprit des protagonistes.
- Les Etats-unis n'acceptent aucune des solutions possibles en Syrie. Ils préfèrent donc laisser pourrir la situation.
- La Russie n'est pas en mesure d'imposer sa volonté, comme on l'a vu avec sa tentative ratée d'écrire une nouvelle constitution.
- Ankara fait certes des gestes vis-à-vis de Moscou, mais la Russie maintien sa position anti-Erdogan et son soutien militaire au PKK.

Écrit par : Thierry Meyssan | 31/05/2016

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