30/05/2016

Syrie : De nombreux Ouïghours chinois combattent en Syrie - 30 mai 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 30 mai   2016
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Syrie : De nombreux Ouïghours chinois combattent en Syrie
Des milliers d'Islamistes ouïghours chinois se battent en Syrie avec le Front al-Nosra (la branche d'al-Qaïda en Syrie), le groupe islamiste  Ahrar al-Cham ou encore l'Etat Islamique (Daech). Ils appartiennent à la minorité musulmane ouïghoure de la province du Xinjiang en Chine occidentale.
En Syrie, ils sont basés dans la province d'Edleb, au nord du pays, ainsi que dans la province de Lattaquié, la ville de Manbij, située dans la province d'Alep et contrôlée par l'Etat Islamique, ou encore la province de Raqqa, place-forte de l'Etat Islamique.
La majorité des Ouïghours dans la province d'Edleb
Les Ouïghours sont présents en grand nombre dans la province d'Edleb, y compris la ville stratégique de Jisr al-Shoughour, la ville d'Ariha, et les montagnes de Jabal al-Zawiya.
Plusieurs milliers de combattants ouïghours sont présents dans cette province, et beaucoup d'entre eux sont arrivés avec leur famille en provenance de Chine.
Le Parti Islamique du Turkestan (PIT)
La plupart des combattants ouïghours, appartiennent au Parti islamique du Turkestan (TIP), qui est allié au Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda.
Des vidéos ont été mises en ligne depuis octobre 2015 et montrent les combattants ouïghours en opération dans les plaines d'al-Ghab située à l'ouest de la province de Hama, et à Jib Al-Ahmar dans la province de Lattaquié. On les voit utilisant un char et des missiles antichars TOW de fabrication américaine.  Elles montrent les Islamistes ouighours combattant aux côtés des Jihadistes du Front al-Nosra ou encore des brigades d'Islamistes Ouzbeks.
Les Ouïghours ont fui le Pakistan après une offensive pakistanaise soutenue par la Chine
Les militants ouïghours auraient gagné la Syrie après une offensive de l'armée pakistanaise soutenue par la Chine contre leurs bases dans les régions frontières entre le Pakistan et l'Afghanistan et après l'assassinat du leader du groupe, Abdul Haq, en 2010.
Pour les autorités chinoises, les Islamistes ouïghours doivent être combattus car leur objectif est  l'indépendance du Xinjiang et sa transformation en un Etat islamique.
Les Ouïghours ne semblent pas vouloir revenir en Chine
Mais les Ouïghours entrés en Syrie ne semblent pas avoir l'intention de rentrer en Chine un jour prochain. Le voyage a été long et coûteux de leur province du Xinjiang ou de la région frontalière entre le Pakistan et l'Afghanistan pour gagner la Syrie en passant par la Turquie. Certains d'entre eux ont même vendu leur maison pour payer le voyage avec les membres de leur famille.
Les Ouïghours, contrairement à de nombreux autres combattants étrangers, ne cachent pas leurs visages, même si cela comporte un risque énorme dans le cas d'un retour dans leur pays. Ce qui signifie qu'ils n'ont pas l'intention de revenir en Chine.
Le Parti islamique du Turkestan, aussi connu sous le nom de Mouvement islamique du Turkestan oriental (MITO), imprime un magazine en langue arabe nommé "Turkistan al-Islamiya" (Le Turkestan islamique). Il est destiné promouvoir leur cause au sein de la population de Xinjiang.
Entre 7000 et 8000 Ouïghours présents en Syrie
On estime le nombre des combattants ouighours présents dans le nord de la Syrie dans les rangs du Parti Islamique du Turkestan (PIT) entre 2000 et 2500. Entre 500 et 1000 autres combattent dans les rangs de l'Etat Islamique.
Entre 4000 et 5000 citoyens ouïghours (hommes et femmes) vivent dans la région de Jabal turkmène dans la province de Lattaquié ou encore dans le village de Zunbaki, près de Jisr al-Shoughour dans la province d'Edleb.
Les Turcs ont aidé les Ouïghours en Syrie affirment les services syriens
Damas affirme que ces familles ouïghours ont été installées dans la région par les services de renseignement turcs avec l'intention de  changer la nature démographique de la région et d'accroître le nombre de Turcophones.
Les services syriens affirment également que les militants ouïghours dépendent totalement du Front al-Nosra, malgré leur nombre relativement important.
Les Ouïghours ont joué un rôle crucial dans la conquête de la province d'Edleb
Les ouïghours ont joué un rôle crucial lors de la conquête de la province d'Edleb par les miliciens de Jeich al-Fateh et les Jihadistes du Front al-Nosra en 2015. Ils bénéficient aujourd'hui d'une certaine popularité parmi la population arabe de la province d'Edleb en raison de leurs exploits militaires et surtout au fait qu'ils s'abstiennent d'interférer dans les questions civiles.
Sur les vidéos montrant les combats pour le contrôle de la ville de Jisr al-Shoughour, un homme se distingue. Il s'agit du porte-parole de la branche du PIT en Syrie depuis 2014, Abou Ridha al-Turkistani. Les vidéos le montrent à la tête des combattants ouïghours investissant plusieurs bâtiments et plantant le drapeau sur lequel "Turkistan Islamic Party " est écrit en arabe. 700 Ouïghours auraient participé à la bataille de Jisr al-Shoughour.
Les Ouïghours auraient eu près de 300 tués dans les combats de la province d'Edleb, de Lattaquié ou de Hama.
La majorité des Ouïghours en Syrie affiliés à al-Qaïda pour de raisons historiques
Leur alliance avec le Front al-Nosra est en fait une continuation des excellentes relations qu'ils ont entretenues depuis longtemps avec al-Qaïda, et leur allégeance au mouvement taliban et à son fondateur et dirigeant, le mollah Omar
Par contre, les relations entre le Parti Islamique du Turkestan (PIT) et l'Etat Islamique sont plutôt tendues, malgré le fait que des centaines de Ouighours se battent au sein de Daech dans la province de Raqqa et à Manbij. Ces mauvaises relations sont une suite logique des affrontements qui ont lieu régulièrement entre l'Etat Islamique et le Front al-Nosra, ainsi que des tensions entre l'EI et les talibans en Afghanistan, ou encore du fait de leur allégeance (bay'aa) au chef des talibans qu'ils le considèrent comme le vrai calife.
L'aide turque aux Ouïghours contrarie Pékin
Selon plusieurs médias turcs, les services secrets turcs auraient aidé et armé les combattants ouïghours se battant au sein de Jeich al-Fateh (l'armée de la conquête), une coalition de groupes plus ou moins islamistes collaborant avec le Front al-Nosra. Une assistance qui pourrait fort contrarier Pékin car si cette coopération militaire entre Turcs et Ouïghours se poursuivait, cela pourrait indiquer qu'un jour Ankara ne serait pas indifférent à une insurrection des Ouïghours turcophones dans la province chinoise du Xinjiang. C'est tout au moins ce que Pékin pourrait croire.
Le gouvernement syrien se serait d'ailleurs empressé d'informer l'ambassade de Chine au sujet de ces combattants et leur rôle. La Chine a pris l'affaire au sérieux et envoyé récemment une équipe d'experts à Damas pour discuter de cette question et les moyens d'une collaboration militaire.
Cependant, la Chine semble rester très hostile à toute intervention militaire, contrairement aux Russes. Le seul soutien qu'ils promettent est un appui politique au sein du Conseil de sécurité des Nations unies et d'autres organisations internationales.
La Chine ne tient pas à envenimer ses relations avec l'Arabie Saoudite et d'autres pays du Golfe afin de préserver ses investissements et ses intérêts. Par ailleurs, Pékin pense que son intervention en Syrie conduirait à une escalade des tensions avec les musulmans dans la province du Xinjiang.
La Chine a durci ses lois anti-terroristes en décembre 2015
Pourtant la Chine sait qu'elle doit faire face au terrorisme islamiste, comme l'ensemble des autres nations. C'est pour cette raison que le parlement chinois a adopté une loi plus stricte contre le terrorisme en décembre 2015. Cette loi permet à l'armée chinoise d'intervenir à l'étranger si nécessaire. C'est aussi la raison pour laquelle la Chine a commencé à construire sa première base navale d'outre-mer à Djibouti, en Afrique, et organisé en janvier 2016 des manœuvres en "territoires désertiques"  et en "territoire inconnu" pour ses forces d'élite.

Jean René Belliard

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