21/05/2016

Rien ne va plus entre les Kurdes - 21 mai 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 21 mai   2016
Extrait de la newsletter publiée par Jean René Belliard le vendredi 20 mai sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est accessible contre abonnement.
Pour s’abonner, écrire à :ptolemee@belliard74.com


Rien ne va plus entre les Kurdes
(De notre correspondant F.M.)
On aurait pu croire, tout bonnement, que les Kurdes seraient unis derrière un seul objectif, celui de conquérir leur droit à la constitution d'un foyer national kurde. Il n'en est rien.
Il existe depuis longue date un différend entre le PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan, une organisation kurde de Turquie dont l'état-major est réfugié dans les montagnes de Qandil, au Kurdistan irakien, et les autorités mêmes de ce Kurdistan irakien.
Depuis plus d'un mois, le gouvernement régional du Kurdistan irakien bloque l'accès à la région baptisée "Kurdistan de l'ouest" (Rojava) qui est la région kurde du nord de la Syrie et qui est aux mains des milices YPG, le bras armé du PYD, le parti kurde de Syrie, considéré par beaucoup comme proche du PKK. 
Barzani veut un référendum pour les seuls Kurdes irakiens
Les Kurdes, qui représentent une importante minorité en Turquie, en Irak, en Syrie et en Iran, sont donc loin d'être unis, ce qui pourrait entraver leur projet d'avenir, obtenir par référendum ou tout autre moyen, la création d'un foyer national kurde au-delà des frontières héritées des accords Sykes-Picot datant du lendemain de la première guerre mondiale et la défaite de l'empire ottoman.
Pour Barzani, le choix référendaire ne devrait concerner que les seuls Kurdes irakiens, à l'exclusion des Kurdes syriens, iraniens et turcs, ce que ne peuvent admettre, bien évidemment, les Kurdes turcs ou Syriens.
"Nous parlons du Kurdistan irakien," a dit Barzani. "Le moment est venu pour le Kurdistan irakien. Notre objectif sera atteint, bien entendu, par le dialogue et non par la guerre et la violence ».
En ce qui concerne un "grand" Etat kurde , "bien sûr, si l'occasion se présentait, nous serions heureux si 40 à 50 millions de Kurdes avaient leur propre Etat. Mais nous devons garder la réalité devant les yeux et la comprendre. Nous sommes divisés en quatre. Chacun des parties a ses propres circonstances, sa propre situation, et chacune doit trouver une solution face à chaque gouvernement central ".
Et lorsqu'on lui a demandé si un référendum sur l'indépendance aurait lieu cette année, il s'est montré évasif. "Inchallah" (si Dieu le veut), a-t-il répondu.

Barzani très critique du PKK
Pour Barzani, le PKK fait preuve de "beaucoup d'arrogance" en Turquie depuis que le Parti démocratique populaire (HDP), principalement pro-kurde,  a obtenu 13% du vote national lors des élections de juin 2015 et est entré pour la première fois au Parlement turc.
 Barzani a déclaré qu'il avait exhorté le HDP à essayer d'entrer dans une coalition avec le parti de la Justice et du Développement (AKP), du président Recep Tayyip Erdogan. Mais le HDP a été "infecté" par le PKK.
Cette arrogance a conduit à une nouvelle séparation. Elle a conduit à des conflits et enfin à une reprise de la guerre », a dit Barzani.
Barzani considère d'ailleurs que ce n'est pas Erdogan qui doit être blâmé pour la reprise du conflit entre Turcs et Kurdes en Turquie.
Barzani accuse les Kurdes syriens d'être alliés à Bachar al-Assad
En ce qui concerne les Kurdes syriens, Barzani a déclaré qu'il considérait le PYD, le parti kurde syrien, comme une émanation du PKK en Syrie et un allié du régime de Bachar al-Assad. Et il l'accuse d'être responsable d'expulsions massives d'Arabes et de réprimer les autres partis.
Il dénonce la disparition ou l'assassinat d'au moins 20 militants alliés à son parti, le Parti démocratique du Kurdistan et soutient que le PYD est derrière ces disparitions.
Barzani affirme qu'ils (les membres du PYD) sont à la solde des services de renseignement de l'Etat central irakien, qui est largement sous l'influence de Iran. Or, les Iraniens ne permettent pas aux Kurdes de se joindre à l'insurrection [contre le régime Assad].

Jean René Belliard

Liste des thèmes développés le 20 mai dans la newsletter envoyée  aux abonnés :
Algérie : Bouira - Un deuxième terroriste abattu

Egypte : Vol Egyptair MS804 - Fin du cafouillage - Il n'y a plus qu'à attendre les résultats de l'enquête

Irak : Nouvelle manifestation dans la zone verte - le bureau du premier ministre investi

Syrie : Bombardements sanglants de l'armée de l'air syrienne sur deux localités : Houla et Rastane (centre) : 21 morts
Syrie : Rien ne va plus entre les Kurdes

Libye : Les forces de Misrata progressent vers Syrte, la place-forte de l'Etat Islamique
Libye : L'armée du général Khalifa Haftar - fidèle au gouvernement de Tobrouk - s'empare de puits de pétrole

Afrique menacée : Niger : Au moins six civils tués par les djihadistes de Boko Haram
Afrique menacée : Le Niger et la Côte d'Ivoire veulent mettre en place une force régionale de lutte contre le terrorisme

Jihad global : Italie : Expulsion de deux islamistes marocains vers le Maroc
Jihad global : Le personnel d'Air France de plus en plus inquiet


Pour vous abonner, écrire à : ptolemee@belliard74.com

 

Commentaires

En 2011, la France et la Turquie ont conclu un accord dont une des clauses prévoyait de créer un nouvel Etat sur le territoire syrien, puis d'y expulser les Kurdes turcs. Par la suite, l'un des deux co-présidents du YPG, Saleh Muslim, a rencontré secrètement le président Erdogan à l'Elysée (lors d'une visite officielle du président turc), trahissant ainsi la confiance d'Öcallan. C'est à partir de ce moment que l'on a commencé à parler des Kurdes comme un peuple uni, ce qu'ils n'ont jamais été.

Écrit par : Thierry Meyssan | 21/05/2016

Les commentaires sont fermés.