20/05/2016

Les Russes ont réorganisé une petite Armée Arabe Syrienne pour justifier leur intervention

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 20 mai   2016
Extrait de la newsletter publiée par Jean René Belliard le mercredi 19 mai sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est accessible contre abonnement.
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Les Russes ont réorganisé une petite Armée Arabe Syrienne pour justifier leur intervention
A première vue, on a tendance à considérer que l'Armée Arabe Syrienne (AAS), avec l'appui des Forces de Défense Nationale (FDN), de l'armée iranienne et de miliciens étrangers chiites, demeure la force militaire la plus puissante de toutes les forces impliquées dans la guerre civile syrienne. Elle soutient le régime et fait face à de multiples formations rebelles sur tous les fronts. 
L'armée syrienne a été minée par les désertions et la méfiance du pouvoir
Mais lorsqu'on regarde dans les détails, on s'aperçoit que la réalité est différente. La vérité est que l'armée est minée par deux fléaux : les défections et surtout la méfiance du régime envers certaines unités militaires. C'est pour cette raison que l'armée n'a jamais été pleinement utilisée, le pouvoir comptant sur quelques unités d'élite sur lesquelles il savait pouvoir compter et qu'il a déplacé d'un front à l'autre selon ses besoins.
Sur les 20 divisions que comptait l'AAS, Damas n'en a pas déployé plus d'un tiers sur le champ de bataille. Chacune de ces divisions, fortes de 2000 à 4000 hommes ont été minées par des vagues de désertion et lorsque ces divisions ont finalement été engagées sur le terrain, elles ont subi des pertes considérables en raison de l'incompétence de leurs commandants. 
La situation n'est pas nouvelle. Le problème s'est montré particulièrement crucial au cours de l'année 2012, au moment où le mouvement de protestation s'est radicalisé en insurrection armée.
Les conseillers iraniens ont donné la priorité aux unités sectaires
Les conseillers militaires iraniens, membres de l'unité d'élite al-Qods, du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique d'Iran (CGRI), ont rapidement conclu que les unités organisées le long de lignes religieuses et politiques étaient plus efficaces et fiables dans le combat que le reste de l'armée syrienne.
Les Forces de Défense Nationale créées sur le modèle du corps iranien des Basiji
C'est la raison pour laquelle le régime, en coopération avec l'Iran, a créé les Forces de défense nationale (FDN). Officiellement, les FDN sont une milice pro-gouvernementale composée de volontaires à temps partiel servant de réserve à l'armée. Elle a été organisée par les Iraniens sur le modèle du corps des Basiji. La création des FDN permettait également de formaliser le statut des centaines de «comités populaires» créés par le parti Baath syrien dans les années 1980.
Les FDN seraient fortes aujourd'hui de 100.000 miliciens, souvent recrutés sur une ligne sectaire.
Outre les membres de la communauté alaouite, on compte également d'autres milices pro-régime telles que les milices du Parti Baath, celles du Parti Social National Syrien (PSNS), des unités de Fedayin palestiniens pro-syriens, telles que le Front Populaire pour la Libération de la Palestine - Commandement général (FPLP-CG) ou encore l'Armée de Libération de la Palestine (ALP) et la Force de protection Gozarto, ce dernier groupe étant composé de Chrétiens assyriens. et certains groupes arméniens.
Tous ces groupes de milices armées ont naturellement été encouragés par le pouvoir. Celui-ci a même autorisé un certain nombre d'hommes d'affaires et des membres de la minorité alaouite de Syrie à créer leurs propres milices privées.
Par rapport à un engagement au sein de l'armée, il est beaucoup plus intéressant de s'enrôler dans les Forces de Défense Nationale ou les autres milices, ne serait-ce que sur le plan du salaire.
Un autre élément important : Toutes ces milices ont été capables de déployer des armes lourdes. La majorité des bataillons de milices, fortes généralement de 400 combattants, ont l'habitude de se déplacer sur des "technicals" - généralement des pick-ups à quatre roues motrices équipés de mitrailleuses lourdes ou légères et de canons automatiques. Elles disposent également de véhicules blindés.
Le remplacement de l'AAS par des milices confessionnelles achevé au moment de l'intervention russe
Le remplacement de l'Armée Arabe Syrienne par une foison de milices armées formées sur une base confessionnelle était pratiquement achevé au moment de l'intervention militaire russe à la fin du mois de septembre 2015.
Aussi, la première chose qu'ont du faire les Russes, a été de reconstituer une armée syrienne, ne serait-ce que pour rendre crédible leur affirmation qu'ils intervenaient en Syrie pour soutenir l'armée syrienne, seule force "légitime" capable de rétablir l'ordre et la sécurité dans le pays et non pas d'intervenir pour "sauver" Bachar al-Assad. Une affirmation encore répétée par le ministre des AE russe, Sergueï Pavlov, dernièrement. Il était clair pour Moscou que son intervention ne pouvait se faire en soutien des milices sectaires omniprésentes en Syrie.
C'est en application de ce principe "démocratique" que l'état-major russe a commencé par établir ce qu'il a appelé le "4e Corps d'Assaut" pour développer son offensive contre les insurgés dans le nord de la province de Lattaquié. L'état-major russe aurait bien aimé, d'ailleurs, que ce 4e "Corps d'Assaut" soit considéré comme l'embryon de la future armée syrienne. Mais c'était sans compter sur l'Iran qui avait un tout autre objectif, celui de conforter la mainmise chiite sur le pays.
Le "4e Corps d'Assaut" formé par les Russes dans la province de Lattaquié
Appuyée sur la structure de commandement de l'ex-3e et 4e divisions de l'AAS, le QG du 4e "Corps d'Assaut" exerce un contrôle sur la 103e Brigade des Gardes Républicains et six brigades de miliciens alaouites, qui sont toutes des formations militaires privées sous l'autorité des Gardes Républicains.
Le 4e "Corps d'assaut" comprend également la Brigade Nasr az-Zawba'a du PSNS et deux brigades de la Milice du parti Baath, ou BPM.
Comme ces unités paramilitaires ne disposaient pas d'une grande puissance de feu, elles ont été renforcées par les batteries d'artillerie de l'armée russe fournies par le 8e Régiment d'artillerie, la 120e brigade d'artillerie, la 439e Brigade lance-missiles de la Garde (Ракетная бригада)  et le 20e Régiment lance-missiles - ce dernier équipé du TOS-1A.
Pour alléger la tension sur le 4e "Corps d'Assaut", quatre task forces russes de la taille d'un bataillon ont été formées à partir des 28e, 32e et 34e brigades motorisées russes (отдельная мотострелковая бригада), ainsi que de la 810e brigade de l’infanterie de marine (810 отдельная бригада морской пехоты).  Ces deux task forces se sont chargées de la protection des lignes secondaires et des dépôts d'approvisionnement.
Dans la région de Damas
Une organisation similaire a également été introduite dans la région de Damas. Bien que le régime dispose encore d'au moins cinq brigades des Gardes républicains dans cette région, celles-ci sont incapables d'exécuter des opérations offensives. 
Jusqu'ici, les principales opérations militaires menées contre les poches de résistance des insurgés dans la banlieue de Damas et dans la Ghouta orientale sont supervisées par deux brigades du Hezbollah libanais, trois brigades de l'ALP (Armée de Libération de la Palestine) et divers groupes locaux  affiliés au CGRI iranien , y compris la branche syrienne du Hezbollah.
 Les unités de milices chiites irakiennes, par exemple, ne sont pas seulement affectées à la sécurisation du sanctuaire chiite de Sayyida  Zaynab, dans la banlieue de Damas, mais sont également déployées pour participer au combat contre les insurgés syriens. Enfin, les unités de la branche irakienne du Hezbollah, du FPLP-CG et de l'ALP, supervisées par le CGRI, ont joué un rôle crucial lors de l'offensive qui a abouti à la capture de Cheikh Mishkin (Sud de Damas) en janvier ici 2016.
Des divisions syriennes, il ne reste plus que le nom
A première vue on pourrait croire que l'Armée Arabe Syrienne a la seule responsabilité des fronts dans la province de Homs et de Hama. En fait, seuls les états-majors des différentes anciennes divisions de l'AAS portent encore leurs désignations officielles. Elles sont en réalité toutes composées de diverses milices sectaires - y compris celle du Baath.
Ce parti a joué d'ailleurs un rôle de premier plan dans la création de plusieurs unités réputées des "forces spéciales" comme les "Forces Tiger" ou les "Forces Léopard", qui constituent souvent le fer de lance des offensives du régime à l'est de la province de Homs ou à l'est de la ville d'Alep.
On peut considérer ces unités comme des sociétés militaires privées financées par des hommes d'affaires proches de Bachar al-Assad. Leurs opérations militaires dans les régions orientales de la province de Homs et dans la région de Palmyre sont prises en charge par des éléments de la taille d'un bataillon de la 61e Brigade de Marines russes et de la 74e Brigade motorisée de la Garde (Russe).
Alep
Malgré la présence d'unités telles que la brigade des commandos du Ba'ath, les fronts dans la ville et la province d'Alep sont largement contrôlés par les Iraniens, avant tout le CGRI.
Ce dernier a engagé trois ou quatre unités en Syrie. En fait, la Brigade de Fatimioun (une unité composée de Chiites Hazaras afghans) et la Brigade de Zainabioun (Chiites pakistanais) sont le plus souvent employées sur ce front.  De leur côté, les Pasdarans iraniens ont déployé quatre autres  formations dans la province d'Alep seule.
A noter que c'est l'unité al-Qods de l'ALP qui fournit la force de frappe du CGRI iranien. Et l'ALP, tout comme le CGRI, bénéficie du soutien de l'armée russe, en particulier de la 27e brigade motorisée de la Garde (27 я гвардейская мотострелковая бригада) et la 7e division des gardes d'assaut aéroportée (7-я десантно-штурмовая дивизия), ainsi que de plusieurs batteries d'artillerie.
Ont été également engagées sur ce front des contingents de miliciens chiites irakiens, parmi lesquels neuf formations telles que la brigade Badr, du mouvement sadriste, sept brigades du mouvement Assaib al-Haq, cinq brigades du mouvement Abou Fadel al-Abbas, deux brigades de la mobilisation populaire irakienne (hached al-Chaabi) et neuf autres formations chiites irakiennes dont on ignore les liens spécifiques avec une formation politique.
Enfin l'armée iranienne elle-même est présente en Syrie à travers la 65e brigade aéroportée.
L'Armée Arabe Syrienne n'a pratiquement plus de présence dans cette région, pas plus que les Forces de Défense Nationale.
L'Armée Arabe Syrienne ne compte guère plus de 70.000 soldats
Alors que les Iraniens disposent d'environ 18.000 hommes de troupes en Syrie, leurs effectifs réels se monteraient plutôt à 40.000 combattants si on ajoute les brigades chiites afghanes, irakiennes et pakistanaises. L'armée syrienne, elle, ne compte guère plus de 70.000 soldats.
Les Russes pourraient encore avoir entre 10.000 et 15.000 militaires en Syrie
Les Russes pourraient avoir entre 10.000 et 15.000 militaires en Syrie, ce qui est beaucoup plus que ce qui est généralement admis par les médias.
En plus des unités énumérées précédemment, les forces russes comprennent quatre brigades Spetsnaz de la garde (obrSpN  - Forces spéciales du GRU - гвардейская бригада спецназа ГРУ) : les  3e, 16e, 22e et 24e. Ces unités sont principalement responsables de la protection des bases aériennes Hmeimeim et Sanobar près de Lataquié et Shayrat (base T-4) au sud-est de Homs.

Jean René Belliard

Liste des thèmes développés le 19 mai dans la newsletter envoyée  aux abonnés :
Egypte : Le vol Egyptair MS804 reliant Paris au Caire s'écrase en mer - la thèse de l'attentat privilégiée

Irak : Les forces irakiennes ont repris la ville de Routba des mais de l'Etat Islamique

Syrie : Les Russes ont réorganisé une petite Armée Arabe Syrienne pour justifier leur intervention

Libye : L'Etat Islamique réplique à la prise d' Abu Grain par les forces de Misrata par une sanglante attaque

Tunisie : Le responsable de la communication de Daech en Tunisie tué par l'armée
Tunisie : La lutte contre l'Etat Islamique a coûté 4 milliards $ à la Tunisie

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Commentaires

Je suis surpris par vos informations qui ne correspondent pas à ce que je peux vérifier sur place, ici en Syrie. Par exemple, le chiffre que vous donnez pour l'Armée arabe syrienne de 70 000 hommes est au moins trois fois inférieur à la réalité actuelle. Je pense que vous êtes victime d'intoxication et que vous devriez revoir vos sources.
Cordialement,

Écrit par : Thierry Meyssan | 20/05/2016

"Merci de votre commentaire. J'ai moi-même été surpris par ce chiffre et ai posé la question à la source (américaine). Elle m'a confirmé que ce chiffre concernait le nombre de soldats actuellement opérationnels au sein de l'armée syrienne, en dehors de toutes les autres unités paramilitaires et autres organisations politiques ou confessionnelles. Pour les raisons que nous avons expliquées dans l'article, le pouvoir syrien faisait plus confiance (au moins dans les premières années de la guerre) aux unités paramilitaires qu'à l'armée dont elle se méfiait. Je serai naturellement prêt à communiquer tout autre chiffre "fiable" concernant les effectifs "combattants" de l'armée syrienne si ceux-ci s'avèrent différents. En ce qui concerne la source américaine, celle-ci est fiable et a donné jusqu'ici des informations de qualité."

Écrit par : JR Belliard | 20/05/2016

Thierry Meyssan qui ose parler d'intoxication....?!

Voyons un peu ce que nous en dit Wikipédia:

"l'un des principaux diffuseurs des théories du complot sur les attentats du 11 septembre 2001. Quelques mois après ces attaques terroristes, il publie le livre L'Effroyable Imposture dans lequel il attribue leur responsabilité à « une faction du complexe militaro-industriel » des États-Unis.

Installé au Moyen-Orient depuis la deuxième moitié des années 2000, Meyssan est aujourd'hui proche du Hezbollah, ainsi que des gouvernements iranien1 et syrien ; il proclame son soutien à la Jamahiriya arabe libyenne du colonel Khadafi durant la guerre civile de 2011 et au gouvernement de Bachar el-Assad pendant la guerre civile syrienne."

Le reste n'est pas triste.......

Écrit par : Patoucha | 20/05/2016

A ma connaissance, il y a deux grands camps ennemis qui s'affrontent à mort, d'un coté l'impérialisme (et ses suppôts) de l'autre les peuples et pays agressés; donc, il est tout à fait naturel de choisir son camp car être neutre ou "objectif" n'a aucun sens. Ignorer cela est de la pure hypocrisie !! Mr Meyssan honore le camp des peuples et pays agressés. Je suis Algérien et je vis en Algérie. Je suis solidaire avec la Syrie, avec son Etat, son armée, avec son président et aussi avec les alliés de la Syrie qui sont l'Iran, le Hezbollah et la Russie. Ceux qui combattent l'impérialisme et ses alliés sont mes frères, mes alliés et sont mes amis naturels, cela va sans dire. Le combat contre l'impérialisme comporte plusieurs moyens dont celui de l'information.

Écrit par : Jalal | 20/05/2016

D'Algérie, je fais une confiance sans réserve aux infos et analyses de Monsieur Meyssan parce que les guerres impérialistes contre nos pays ne se limitent pas aux armes mais englobent également l'arme de l'information. Faire confiance aveuglement à un organisme américain est de l'aveuglement pur et simple. Monsieur Meyssan n'a pas tort de sympathiser avec les victimes, pays et peuples, des guerres impérialistes, autrement il aurait été acheté il y a longtemps et serait devenu un soutien à l'ennemi des peuples.

Écrit par : Jalal | 20/05/2016

D'Algerie..... d'où bon nombre de djihadistes ont rejoint l'EI! Pas de quoi être fier!

Ceux qui se font tuer dans les guerres fratricides ne seraient pas vos frères? Plus de 250000 morts rien qu'en Syrie..... Pffff une quantité négligeable...... Ce ne sont pas vos frères! ? Seuls les barbares, le négationniste antisemite, surtout lui, le sont!

Essayez donc de vous révolter en Algérie et on comptera autant de morts qu'en Syrie! Voulez-vous que je vous rappelle la petite fille de 4ans qui a échappé au massacre de sa famille, rejointe dans la rue par le tueur qui non content de lui avoir tiré dessus l'a egorgée? Cet assassinat n'a fait que deux lignes dans la TdG ,contrairement à un terroriste dit "palestinien " abattu qui a droit à la UNE...... Alors l'algérien, le terroriste serait votre frère et pas l'enfant sauvagement tuée?

Écrit par : Patoucha | 21/05/2016

Selon le ministère syrien de la Défense, il y a actuellement 270 000 soldats dans l'Armée arabe syrienne (contre 450 000 au début de la guerre). De nombreux appelés sont insoumis. Ils ont quitté le pays plutôt que de servir sous les drapeaux. Ce phénomène est particulièrement visible parmi les jeunes chrétiens.

Écrit par : Thierry Meyssan | 21/05/2016

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