14/05/2016

Elimination du chef des opérations militaires du Hezbollah en Syrie, Mustafa Badreddine - 14 mai 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 14 mai   2016
Extrait de la newsletter publiée par Jean René Belliard le jeudi 13 mai sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est accessible contre abonnement.
Pour s’abonner, écrire à : ptolemee@belliard74.com


Elimination du chef des opérations militaires du Hezbollah en Syrie, Mustafa Badreddine
Le Hezbollah a annoncé, vendredi 13 mai, la mort de son chef militaire en Syrie, Mustafa Badreddine (photo ci-dessous), l'un des cinq membres du mouvement chiite accusés du meurtre de Rafic Hariri, l'ancien Premier ministre libanais. Badreddine Mustafa.jpg
"Il a dit il y a quelques mois, +je ne reviendrai pas de Syrie, sauf en martyr ou en portant le drapeau de la victoire+. C'est le commandant en chef Mustafa Badreddine. Et il est revenu aujourd'hui en martyr", a déclaré le Hezbollah dans une déclaration diffusée par la chaîne Al-Manar.
Âgé de 55 ans, Mustafa Badreddine est accusé d'avoir été le « cerveau » de l'attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri.
Qui a tué Mustafa Badreddine, le chef militaire du Hezbollah en Syrie ?
Qui a tué Mustafa Badreddine, le chef des opérations secrètes du Hezbollah en Syrie ? Le Hezbollah n'a pas porté d'accusations claires, pointant du doigt tantôt Israël, tantôt les Jihadistes syriens du Front al-Nosra.
Cette absence d'accusations claires de la part de la milice chiite libanaise a suscité, évidemment, les hypothèses les plus diverses.
Ce qu'on sait, c'est que l'opération contre Mustafa Badreddine a été menée de nuit.
Les Israéliens ont parlé d'un raid aérien dans la nuit du 10 au 11 mai. Information démentie par le Hezbollah
Il y a un fait troublant : C'est un média israélien qui, avait annoncé, mardi 10 mai, qu'Israël avait lancé un raid aérien le Hezbollah. L'information a été démentie par le parti chiite.
Selon des informations en provenance d'Israël, la mort de Mustafa Badreddine remonterait au mardi 10 ou mercredi 11 mai.
Les services syriens affirment que Badreddine a été tué dans la nuit du 12 au 13 mai
Et pourtant, les services de sécurité syriens affirment que l'explosion qui a tué le chef hezbollahi a eu lieu dans la nuit du jeudi 12 au vendredi 13 mai dans un entrepôt près de l'aéroport de Damas où se trouvait Moustapha Badreddine. Aucun survol n'a été entendu avant l'explosion et personne ne savait que ce responsable du Hezbollah s'y trouvait, a ajouté une source proche des services de renseignement syriens. Cela suppose que les auteurs de l’attaque bénéficiaient d’une capacité de renseignement très sophistiquée.
Le Hezbollah accuse entre autres le Front al-Nosra
L'aéroport et ses environs font partie de la zone de combats de Sayyidah Zeinab, haut lieu de pèlerinage chiite situé à 10 km de Damas et sous contrôle de l'armée syrienne. Les Iraniens et le Hezbollah y sont très présents et la première position rebelle se trouve à 7 km de là, dans la Ghouta orientale. Par ailleurs, si le Front al-Nosra avait été à l'origine de l'attaque contre le chef militaire du Hezbollah, il se serait empressé d'en revendiquer la responsabilité, tant le coup porté au parti chiite libanais est un coup de maître. Donc exit le Front al-Nosra à notre avis.
On ignore à ce stade la nature de l'explosion
On n'est même par sûr de la nature de l'explosion. Le parti chiite affirme qu'elle pourrait avoir été provoquée par une frappe aérienne, un missile ou un tir d'artillerie. La chaîne de télévision al-Mayadeen avait auparavant déclaré que Badreddine avait été tué en Syrie par des frappes aériennes israéliennes. L'État hébreu, qui a frappé plusieurs membres du Hezbollah dans le pays depuis le début du conflit syrien, n'a pas fait de commentaires officiels à ce jour. Il s’est juste réjoui de la disparition du chef militaire.
Plusieurs parties régionales pouvaient avoir intérêt à l'élimination de Badreddine
Pour Waddah Charara, auteur de L'État Hezbollah cité par un journal libanais, « le parti chiite est très gêné. Accuser Israël d'avoir mené une opération aérienne, c'est mettre en doute l'efficacité de la Russie à protéger l'espace aérien syrien ». En outre, « il ne faut pas exclure que cet assassinat soit le résultat de tiraillements entre le régime, la Russie et l'Iran », a-t-il déclaré à l'AFP. « Cependant, l'assassinat s'est passé dans la banlieue de Damas, près de la zone de l'aéroport, tenue par le régime. Il y a donc eu un travail de renseignement opéré en amont, qui peut par ailleurs associer plusieurs parties syriennes et régionales », souligne-t-il.
Ce flottement a conduit certains commentateurs du "Camp du 14 Mars" (souverainiste libanais et anti-syrien) à affirmer qu'avec la mort de Mustafa Badreddine, c'est peut-être un nouveau « témoin gênant » dans l'assassinat de Rafic Hariri qui est éliminé, après ceux qui l'ont été en Syrie.
Badreddine avait fait partie de l'unité d'élite "Force 17" de l'OLP
Mustafa Badreddine, alias Elias Fouad Saab, Said al-Bou Fakar, ou encore Zulfikar - du nom de l'épée légendaire d’Ali, neveu du Prophète Mahomet) est né le 6 Avril 1961 à Al-Rubeyri à Beyrouth.
Il a débuté sa carrière au sein de la « Force 17 » de l'OLP, une unité d'élite de Yasser Arafat, qui a copieusement participé à la guerre civile libanaise. C'est lui qui a entraîné le célèbre dirigeant du Hezbollah, Imad Moughniyé, au sein de la « Force 17 » à la construction de bombes et au sabotage. A noter que Mustafa Badreddine était également le gendre et le cousin d'Imad Moughniyé.
Il rejoint Amal Islamique, l'ancêtre du Hezbollah, en 1982
Badreddine était à l'époque très proche des Gardiens de la Révolution iraniens (CGRI). Avec Imad Moughniyé, il a rejoint le mouvement chiite Amal islamique, l'ancêtre du Hezbollah, après l'expulsion par l'armée israélienne des Fedayin de Beyrouth au cours de l'été 1982.
Badreddine responsable des attentats de 1983 contre la QG des forces américaines à Beyrouth et les ambassades des Etats-Unis et de France au Koweit
Badreddine Mustafa était le chef d'une cellule terroriste du parti chiite qui avait orchestré les attentats contre la caserne des Marines américains au Liban en 1983. L'attaque  avait tué plus de 240 soldats américains.
Il a également été impliqué dans les attaques au camion piégé contre les ambassades française et américaine au Koweït,  le 12 décembre 1983 Les attentats avait fait cinq morts et 87 blessés.
Badreddine et ses compagnons sont arrêtés par les autorités koweitiennes. Il est condamné à mort par un tribunal koweitien sous l'inculpation de tentative d'assassinat contre l'émir du Koweït.
Imad Moughniyé envoie une équipe de huit membres pour détourner le vol 422 de la Koweït Airlines, le 5 avril 1988. L'opération a été discutée entre Imad Moughniyé et Arafat, dont l'aversion pour les Koweïtiens est de notoriété publique. Arafat promet son aide. Des discussions ont également lieu entre Imad Moughniyé et les responsables iraniens. Les Iraniens ne sont pas très favorables à cette opération. La guerre Iran-Irak arrive à son terme et le gouvernement iranien voudrait en profiter pour rehausser son prestige auprès des riches royaumes pétroliers bordant le golf persique. Mais il y a encore en Iran des purs et durs de la révolution et ceux-ci donnent leur feu vert.
Le message d'Imad Moughniyé est clair : les passagers de l'avion seront exécutés si le Koweït ne libère pas les prisonniers dans les plus brefs délais. Mais les Koweitiens restent inflexibles et refusent de libérer les prisonniers. La menace est mise à exécution. Deux des otages sont tués d'une balle dans la tête, ce qui met Arafat dans une fureur noire. Les Koweitiens refusant toujours de céder, Moughniyé ordonne à l'avion de partir pour l'Algérie. Des membres de l'OLP servent d'intermédiaires entre les autorités algériennes et les pirates. Quinze jours après le détournement de l'avion, les otages sont enfin libérés. Les 8 pirates de l'air obtiendront le droit de retourner au Liban.
Badreddine et ses compagnons réussiront à s'évader des geôles koweitiennes à l'occasion de la première guerre du Golfe en 1990. Il trouve d'abord refuge en Iran.
Puis il passe plusieurs mois en Corée du Nord pour recevoir un entrainement sur les techniques de contre-espionnage avant de retourner au Liban.
Badreddine occupe les plus hautes fonctions à la tête du Hezbollah
De retour au Liban, il entre au Conseil de la Choura du Hezbollah et dirige la division des opérations spéciales du mouvement chiite à l'étranger.
En 2009, environ un an après l'élimination de Damas d'Imad Moughnieh, Mustafa Badreddine prend la tête des services secrets "du Hezbollah". Puis il prend le commandement de toutes les unités de combat de l'organisation et devient l'un des conseillers les plus proches du Secrétaire Général du Parti d'Allah, Cheikh Hassan Nasrallah.
On savait que Badreddine était en conflit avec Naim Kassem - le chef du renseignement du Hezbollah et également conseiller de Hassan Nasrallah. Naim Kassem est devenu depuis secrétaire général adjoint du Parti d'Allah.
Mustafa Badreddine était inscrit sur liste américaine des terroristes extrêmement dangereux en tant qu'organisateur présumé de plusieurs attaques terroristes en dehors du Liban, y compris contre des citoyens américains.
Un mandat d'arrêt international contre Badreddine pour l'assassinat de Rafic Hariri
Le tribunal international pour le Liban a lancé un mandat d'arrêt contre Mustafa Badreddine, le 30 juin 2011, ainsi que contre Salim Ayache, Hassan Issa et Assad Sabra pour leur implication dans l'assassinat de Rafic Hariri. Pour les enquêteurs internationaux, il ne faisait aucun doute que Mustafa Badreddine était l'organisateur de l'attentat contre l'ancien premier ministre libanais et que selon toute vraisemblance, il agissait sur ordre ou pour le compte de Damas.
Chef des opérations militaires du Hezbollah en Syrie
Selon Fahd al-Masri, alors porte-parole de l'ASL, Moustapha Badreddine dirigerait les opérations du Hezbollah en Syrie. C'est lui qui aurait commandé l'offensive du Hezbollah qui a permis au pouvoir syrien de reprendre le contrôle de la ville de Qousseir des mains de la rébellion.
Plusieurs hauts dirigeants du Hezbollah sont morts en Syrie
(De notre correspondant N.R.)
Plusieurs hauts dirigeants du Hezbollah ont déjà été éliminés par Israël en Syrie. Le 18 janvier 2015 une frappe aérienne israélienne, près du village de Mazraat al-Amal (dans la région de Quneitra) en territoire syrien, a tué Jihad Moughniyé (25 ans), le fils aîné d'Imad Moughniyé, qui avait été nommé trois mois auparavant commandant des forces du Hezbollah sur les hauteurs du Golan en Syrie. En même temps que Jihad Moughniyé ont été tués Muhammad Ahmad Isa ( alias "Abu Issa"), âgé de 42 ans, en charge de l'opération du Hezbollah en Syrie et en Irak, Abbas Ibrahim Hijazi ( «Abbas»), âgé de 29 ans, Mohammed Ali Hassan Abu al-Hasan ( "Kazim"), âgé de 26 ans, Ali Razi Dowie ( "Daniel"), âgé de 22 ans et Ali Hassan Ibrahim ( "Ihab"). On impute également à Israël la mort en Syrie du général du Corps des Gardiens de la Révolution islamique d'Iran (CGRI), le général Mohammad Allahdadi.
En mai 2015, Marwan Moughniyé, un cousin d'Imad Moughniyé a été tué au cours de combats entre le Hezbollah et le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie)dans la région montagneuse du Qalamoun. 
En décembre 2015, on apprenait la mort de Samir Kuntar dans le sud-est de Damas. Kuntar dirigeait les opérations militaires du Hezbollah sur les hauteurs du Golan syrien. Kuntar avait été emprisonné pendant de longues années en Israël pour le meurtre d'une fillette israélienne de quatre ans au cours d'une opération commando. Il avait été échangé par Israël par la suite. Le commandant du Hezbollah Farhan Shaalan, était également mis hors de combat. Le Hezbollah a accusé Israël pour la mort de ces deux hommes, mais, en fait, la responsabilité en incombe à l'Armée Syrienne Libre (ASL).
Un autre proche d'Imad Moughniyé - Hassan al-Lakis - a été tué au Liban en décembre 2013.
A chaque fois qu'un dirigeant du Hezbollah décédait dans des circonstances inconnues les dirigeants du parti chiite libanais accusaient Israël et juraient de se venger sur les Israéliens Mais depuis  2006 le "Parti de Dieu" s'est abstenu de s'engager dans des affrontements militaires directs avec les forces israéliennes.
On verra quelle menace s'apprête à brandir le Hezbollah contre Israël pour venger la mort de Mustafa Badreddine.

Jean René Belliard

Liste des thèmes développés le 13 mai dans la newsletter envoyée  aux abonnés :
- Irak : 12 personnes tuées par balles à Balad (nord de l'Irak)
- Irak : Un agent de sécurité de l'ambassade d'Australie en Irak tué par balles
- Liban : Mort du chef des opérations militaires du Hezbollah en Syrie, Mustafa Badreddine
- Libye : Les Forces en présence au 13 mai 2016
- Libye : Washington prêt à assouplir l'embargo des Nations Unies sur les armes
- Maroc : Encore un grave attentat déjoué au Maroc
- Syrie : Précisions sur la prise d'un village alaouite au nord de Homs par le Front al-Nosra
- Tunisie : Vaste coup de filet anti terroriste : 37 Islamistes arrêtés
- Turquie : Huit soldats tués et huit autres blessés au sud-est de la Turquie
- Turquie : Quatre membres du PKK tués par l'explosion intempestive de leur bombe

Pour vous abonner, écrire à : ptolemee@belliard74.com

 

Les commentaires sont fermés.