07/04/2016

L'entente entre Américains et Russes qui a abouti à la trêve en Syrie a volé en éclats - 7 avril 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 7 avril   2016
Jean René Belliard a publié, mercredi 6 avril une nouvelle newsletter accessible aux abonnés. Pour vous abonner, écrire à :
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L'entente entre Américains et Russes qui a abouti à la trêve en Syrie a volé en éclats
(En collaboration avec notre correspondant de Beyrouth)
Les pourparlers de paix sur la Syrie doivent en principe reprendre à Genève le 11 avril prochain.
Mais le contexte, qui avait abouti, le 18 décembre 2015, à l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU de la résolution 2253 n'est plus le même aujourd'hui. A l'époque, Russes et Américains s'étaient entendus pour fixer le calendrier de la transition politique et pour imposer un "accord de cessation des hostilités" entre les belligérants, à l'exception des organisations jihadistes. 
Mais on  constate, depuis la fin mars 2016, un raidissement entre Moscou et Washington. Ce raidissement s'est traduit par une franche opposition de Washington à la proposition du président syrien Bachar el-Assad de former un gouvernement d'union nationale. Pour les Etats-Unis, il est hors de question de laisser Bachar al-Assad jouer un rôle quelconque après qu'un accord aura été trouvé sur la transition politique, tandis que les Russes continuent de prétendre que ce n'est pas aux puissances étrangères de décider du choix du président syrien, mais aux Syriens eux-mêmes.
Le désaccord croissant entre les deux grandes puissances, pas seulement sur la Syrie mais dans d'autres régions du monde (renforcement du dispositif militaire de l'OTAN en Europe de l'est pour faire face à "l'agressivité russe") se traduit sur le théâtre syrien par une reprise progressive des combats entre les forces loyalistes et la rébellion. Cause ou conséquences, les États-Unis ont annoncé la reprise du programme de formation et d'entraînement de dizaines de rebelles « sous une forme différente » du programme lancé début 2015 et qui s'était conclu par un échec fracassant, les combattants formés par les forces spéciales U.S. et la CIA ayant été mis hors de combat, en octobre 2015, par les Jihadistes du Front al-Nosra. Quant aux survivants, ils s'étaient débandés où avaient monnayé leurs armes "made in USA" pour avoir la vie sauve.
Le retour de la "guerre froide" aura un impact au Moyen Orient
Le grand retour de la Russie sur la scène internationale est perçu par Washington comme une menace pour les intérêts américains. Ce retour a abouti à une modification des rapports de force entre Russie et Etats-Unis comme on a pu le constater au Moyen Orient.
En conséquences, on assiste à la réanimation d'une forme de guerre froide qui se traduit, de la part des deux grandes puissances rivales, à un renforcement militaire de part et d'autre. Chacun des deux camps s'empresse d'ouvrir ou de rouvrir des  bases logistiques pour la livraison de matériel militaire et d'avions de chasse. C'est le cas des Américains dans les pays baltes et de la Russie en Syrie. Les Américains déploient leurs navires de guerre dans la mer baltique tandis que les Russes font passer les leurs en Méditerranée.
Comme on peut le voir, l'accent est mis par Washington sur un redéploiement stratégique en Europe de l'Est tandis que les Russes marquent des points sur le théâtre moyen-oriental.
C'est sans doute pourquoi on reparle aujourd'hui du programme d'entraînement des rebelles, peu importe qu'ils soient modérés ou islamistes, mais toujours à l'exclusion d'al-Qaïda (qui est pourtant associée aux rebelles dits "modérés") et de l'Etat Islamique. On reparle également d'un retour des Marines U.S. en Irak, dans l'espoir (bien mince) d'empêcher la mise sous tutelle de ce pays par l'Iran. Mais cette nouvelle politique américaine manque franchement de consistance. Elle est tout d'abord handicapée par l'énorme interrogation liée au résultat des élections présidentielles américaines ; Elle a été sujette à trop de variations pour être crédible ; Elle prend enfin d'énormes risques en renvoyant au Moyen Orient des stocks d'armes puissantes dont chacun sait qu'elles vont tomber un jour ou l'autre entre les mains des Islamistes, qu'ils soient jihadistes ou non. 

Jean René Belliard

Liste des thèmes développés dans la newsletter du 6 avril :
- Libye : Confusion à Tripoli
- Maroc : Des tags pro-Daech découverts à Oujda
- Syrie : L'entente entre Américains et Russes qui a abouti à la trêve en Syrie a volé en éclats
- Syrie : Dernières nouvelles concernant la reprise des négociations de Genève
- Syrie : Deux dirigeants alaouites prennent leur distance à l'égard de Bachar al-Assad
- Syrie : Le président turc Erdogan veut envoyer Bachar al-Assad devant la CPI
- Syrie : Combats à Alep entre rebelles et miliciens kurdes (Suite) - De nombreux civils tués et blessés
- Syrie : Combats au sud d'Alep - La colline d'al-Eiss évacuée par les rebelles
- Syrie : Dernières nouvelles de la bataille à l'est de Damas
- Tunisie : Baisse de 51,7% des recettes du tourisme pour le premier trimestre 2016
- Tunisie : Une nouvelle cellule terroriste liée à l'Etat islamique démantelée
- Turquie : Arrestation d'une femme kamikaze liée à la rébellion kurde
- Yémen : Violents combats dans la province septentrionale d'al-Jawf
- L'Afrique menacée : Six raisons qui poussent AQMI à s'intéresser à l'Afrique de l'Ouest
- L'Afrique menacée : Niger - Un attentat attribué à Boko Haram fait deux morts
- Jihad international : L'artificier des attentats de Paris et Kamikaze de l'aéroport de Bruxelles avait travaillé au Parlement européen

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