24/02/2016

Syrie : L'accord de "cessation des hostilités" américano-russe a-t-il une chance de tenir ? 24 février 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 24 février  2016
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L'accord de "cessation des hostilités" américano-russe a-t-il une chance de tenir ?
Le centre de coordination de la "cessation des hostilités" sur la base de Hmeimeim
Le ministère de la défense russe a annoncé qu'un centre de coordination de la "cessation des hostilités" a déjà commencé à être opérationnel sur la base militaire de Hmeimeim utilisée par l'armée de l'air russe. La base est située à 25km au sud de Lattaquié.
Le gouvernement syrien accepte la "cessation des hostilités" mais...
Le gouvernement syrien a accepté, mardi 23 février, les termes d'un accord de cessation des hostilités annoncé par les Etats-Unis et la Russie, a déclaré le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.
La déclaration affirme que le gouvernement arrêtera les opérations armées, mais Damas a ajouté qu'il était nécessaire que la lutte contre des "terroristes" comme l'Etat islamique ou le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) se poursuive. Le pouvoir syrien s'est déclaré prêt à s'entendre avec la Russie pour décider quels groupes et quelles zones seraient inclus dans l'accord de "cessation des hostilités".
Pour le pouvoir syrien, il est important de fermer les frontières et de mettre un terme à l'aide étrangère aux groupes armés, afin de prévenir "ces organisations de renforcer leurs capacités ou de modifier leurs positions.
Le gouvernement syrien précise également que les forces armées se réservaient le droit de répondre à toute attaque par des groupes d'opposition.
A noter que l'annonce d'une "cessation des hostilités", faite lundi 22 février par les Etats Unis et la Russie, avait déjà exclu de l'accord l'EI et le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie).
Peu d'espoir de respect de la "cessation des hostilités"
Il semble difficile que la "cessation des hostilités" soit respectée par les parties. Cela tient aux conditions sur le terrain - en particulier en raison de la composition complexe des forces rebelles présentes en première ligne et qui se remplacent souvent les unes les autres, certaines pouvant être considérées comme "terroristes" par les Russes et le pouvoir syrien. 
Il y a un autre point d'interrogation : L'accord stipule que les groupes rebelles acceptant de respecter la "cessation des hostilités" recevront en contrepartie une protection contre l'action militaire de la Russie, des Etats-Unis et de la Syrie. La question est de savoir ce qui se passerait si un des groupes aidés par les États-Unis reprenait les hostilités pendant la trêve. Qui devrait intervenir ? Les Etats-Unis ? la Russie ou le pouvoir syrien ? Pour les Etats-Unis, cela reviendrait à perdre un allié dans la lutte contre l'Etat Islamique et pour la Russie ou Damas, cela risquerait de rouvrir les hostilités.
Le puissant groupe islamiste rebelle Ahrar al-cham soutient le Front al-Nosra
La puissante milice d'obédience islamiste Ahrar al-Cham avertit qu'elle ne respectera pas la "cessation des hostilités" proclamée par les Russes et les Américains si le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) continue d'être pris pour cible. Il semble que la coalition Jeich al-Fateh  (l'armée de la conquête), une coalition de groupes rebelles plus ou moins islamistes, suive l'exemple d'Ahrar al-Cham. Or, Jeich al-Fateh contrôle avec le Front al-Nosra l'ensemble de la province d'Edleb.
La Turquie peu optimiste
La Turquie a bien sûr salué, mardi 23 février, le projet américano-russe de "cessation des hostilités", qui devrait entrer en vigueur samedi 27 décembre en Syrie, mais s'est déclarée peu optimiste sur sa portée. Elle prévient qu'elle ripostera contre la milice kurde si elle était attaquée.
"Je salue cette trêve mais je ne suis pas très optimiste qu'elle sera respectée par toutes les parties", a déclaré le vice-Premier ministre turc, Numan Kurtulmus, à un groupe de journalistes.
Le ministre a surtout émis des "réserves" sur sa viabilité compte tenu des doutes sur une possible poursuite des bombardements aériens de la Russie.
"Nous espérons que personne ne tentera de procéder à des frappes aériennes, que personne ne tuera des civils pendant que le cessez-le-feu est en vigueur. Nous espérons que tous les groupes en Syrie, y compris l'opposition modérée, prendront part à la reconstruction du pays à la fin des négociations", a ajouté M. Kurtulmus.
Numan Kurtulmus a a tenu à prévenir les Kurdes que la Turquie continuera "si nécessaire" de riposter aux tirs provenant de la Syrie même lorsque la trêve entrera en vigueur. "La Turquie défendra son intégrité territoriale, c'est clair", a-t-il dit.

Jean René Belliard

 

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