17/02/2016

Au sujet des menaces d'intervention d'armées arabes en Syrie - 17 février 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 17 février  2016
Jean René Belliard publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 16 février 2016 – Et beaucoup d’autres informations importantes dans la newsletter envoyée aux abonnés.
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Au sujet des menaces d'intervention d'armées arabes en Syrie
Depuis l'accélération des opérations militaires au nord de la province d'Alep, les tentatives de régler diplomatiquement le conflit syrien, comme on avait pu l'espérer après la réunion de Munich, sont au point mort. Armée Arabe Syrienne (AAS), miliciens kurdes de l'YPG, armée de l'air russe d'un côté tentent visiblement de profiter au maximum de l'effondrement de la rébellion dans le nord et le sud du pays pour obtenir un règlement du conflit par les armes. Du coup, Turcs et Saoudiens, qui soutenaient la rébellion, n'ont d'autre choix que de menacer d'une intervention en Syrie, utilisant la rhétorique d'usage pour affirmer qu'il s'agit d'une intervention contre l'Etat Islamique, bien entendu.
Turcs et Saoudiens gagnés de vitesse par les succès de l'AAS et des Kurdes
Mais les évènements semblent avoir gagné Turcs et Saoudiens de vitesse. l'effondrement presque total de la poche d'Azaz ne permet plus à Ankara la mise en place d'une "zone d'exclusion" le long de sa frontière avec la Syrie, pour éviter que cette zone tombe entre les mains des Kurdes. Quant aux Saoudiens, qui font peu de cas des Kurdes, contrairement aux Turcs, la question pour eux est de maintenir une opposition armée dans le pays, qui ne soit pas affiliée à l'Etat Islamique, pour garder l'espoir de pousser un jour Bachar al-Assad hors du pouvoir.
Peu de risques que Turcs et Saoudiens se lancent dans une aventure militaire en Syrie
Mais à y regarder de plus près, malgré l'agitation militaire autour de l'arrivée d'une vingtaine d'avions saoudiens sur la base turque d'Incirlik, de manœuvres communes et de bombardements turcs de positions kurdes, il est peu probable que Turcs et Saoudiens se lancent dans une aventure militaire en Syrie.
Pour commencer par le royaume wahhabite, celui-ci est actuellement trop embourbé au Yémen depuis près d'un an, pour se permettre de s'engager dans un conflit en Syrie. D'autant plus que l'armée syrienne, le Hezbollah et les soldats iraniens que les soldats saoudiens devraient affronter sont une menace bien plus considérable que les miliciens chiites yéménites. L'armée saoudienne, pour mener une opération extérieure majeure comme le serait une intervention en Syrie, aurait besoin d'obtenir la participation de grandes nations sunnites comme le Pakistan et l'Egypte. Or ces deux pays n'ont aucune envie de s'engager dans le bourbier syrien.
Quant à la Turquie; elle doit déjà faire face à une rébellion armée des Kurdes turcs dans tout le sud-est du pays. Et ceux-ci ne manqueraient pas de recevoir une aide fort à propos de leurs frères irakiens et syriens, ainsi que de la part de la Russie avec laquelle la Turquie est actuellement à couteaux tirés depuis que ses avions de chasse ont abattu un avion russe le 24 novembre 2015. Ankara sait qu'il ne pourrait guère compter sur le soutien de ses alliés américains, de l'OTAN et des Européens dans le cas où ses troupes entreraient en Syrie et se retrouveraient en confrontation avec l'armée de l'air russe.
Le président égyptien dit non à une intervention en Syrie
Le Président Abdel Fattah Al-Sisi de l'Egypte a déclaré que son pays rejetait tout intervention militaire contre le régime syrien.
Le président égyptien aurait fait part de sa position au cours d'une interview au magazine Jeune Afrique, appelant à une solution pacifique du conflit, pour préserver l'intégrité du territoire syrien et prévenir l'effondrement des institutions étatiques.
«Il faudra des centaines de milliards de dollars pour reconstruire la Syrie, et il en sera de même pour la Libye. Nous ne pouvons pas permettre aux groupes terroristes de se développer, ce qui représente une menace pour toute la région ", a-t-il dit.
"Nous avons négligé la crise syrienne depuis longtemps et maintenant la situation est devenue très compliquée", a déclaré le maréchal Sisi, ajoutant que si une solution avait été trouvée il y a deux ans, la situation ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.
Commentant la position de l'Egypte dans le cas où  l'OTAN déciderait d'intervenir pour combattre Daech en Libye, Sisi a expliqué: "Nous ne pouvons pas intervenir en Libye, à moins que nous discutions de toutes les solutions et à moins que les Libyens montrent une volonté claire pour cela."
Le président égyptien a conclu que l'option militaire devait être le dernier recours en Libye.
Commentant l'avenir des relations de l'Egypte avec la Turquie, le président Sisi a dit: "L'Egypte s'est toujours abstenue d'intervenir dans les affaires des autres et ne permettra à personne d'intervenir dans ses affaires."
Les Européens condamnés au silence en l'absence de la diplomatie américaine
Les Européens - en l'absence d'une diplomatie américaine - en sont réduits à assister à la victoire russe en Syrie
Il ne faut pas se voiler la face. La diplomatie américaine est momentanément aux abonnés absents, du moins tant que durera la campagne électorale qui décidera de la future administration U.S. et de la nouvelle politique américaine dans la région. N'en déplaise aux Européens, ceux-ci en seront réduits à faire des déclarations rappelant les droits de l'homme et basta. Cela n'empêchera pas les avions russes d'écraser toute présence rebelle au sol avant la reprise du terrain par l'armée syrienne et ses alliés.
La rébellion écrasée, l'armée syrienne, appuyée par la Russie se retournera contre l'Etat Islamique
La rébellion (dite "fréquentable") qui résiste encore dans les provinces d'Edleb, autour de Damas et dans le sud va être anéantie. C'est une simple question de semaines. Tel et si bien que l'armée syrienne et ses alliés iraniens et chiites irakiens, appuyés par l'armée de l'air russe, pourront enfin se retourner massivement contre l'Etat Islamique, condamnant la coalition internationale à se retirer du théâtre de guerre pour éviter tout incident et laissant ainsi les mains libres aux avions russes et à l'armée syrienne.

Jean René Belliard

Commentaires

"La rébellion écrasée, l'armée syrienne, appuyée par la Russie se retournera contre l'Etat Islamique"
Pourquoi le futur?
http://fr.sputniknews.com/international/20160217/1021854007/armee-gouvernementale-syrie-daech-raqqa.html

Écrit par : Charles | 17/02/2016

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