07/02/2016

Une guerre confessionnelle mondiale - 7 février 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du  7 février  2016
Jean René Belliard publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 7 février 2016 – Et beaucoup d’autres informations importantes dans la newsletter envoyée aux abonnés.
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Une guerre confessionnelle mondiale
Les derniers succès des forces soutenant le régime de Bachar al-Assad montrent à l'évidence que la guerre civile syrienne a fait place à une guerre confessionnelle mondiale.
Du côté des forces combattant le régime, on a longuement mentionné la présence de nombreux volontaires étrangers venus faire le Jihad en Syrie. Ils proviennent d'à peu près tous les pays du monde, de l'Australie, en passant par la Chine, jusqu'à l'Europe et même l'Amérique du nord. Mais l'Afrique du nord et l'Asie centrale fournissent les plus gros contingents. Dernièrement, on a constaté une forte augmentation du nombre de volontaires Ouïghours chinois.
Mais c'est surtout du côté du régime que la présence de combattants étrangers est flagrante.
L'armée de l'air russe écrase toute résistance au sol
Alors que l'armée loyaliste syrienne reculait du nord au sud du pays avant l'intervention russe, l'entrée en jeu massive des bombardiers de Moscou, à partir de la fin septembre 2015, a renversé la situation au point que les forces qui soutiennent le pouvoir de Damas sont maintenant à l'offensive sur tous les fronts. Et leur progression s'est encore accélérée ces dernières semaines, les chasseurs-bombardiers russes ayant pratiquement écrasé de leurs bombes tout ce qui pouvait résister au sol.
Mais il y a un autre élément qui a beaucoup contribué aux récents succès des forces loyalistes. L'armée de Bachar al-Assad était exsangue avant l'intervention aérienne russe. Et c'est toujours le cas aujourd'hui. A part le matériel, usé après des années de combat et qui a été remplacé par la Russie, l'armée loyaliste n'a toujours pas repris ses forces, manquant de personnel, surtout d'infanterie, en raison des nombreux tués et blessés et l'absence de recrues en nombres suffisants.
L'Iran et les milices chiites compensent les faibles effectifs de l'armée syrienne
Or, depuis l'intervention russe, c'est le nombre d'Iraniens tués au combat qui révèle l'ampleur de l'implication de l'armée iranienne dans le conflit syrien. On parle de plus de 400 Gardiens de la Révolution Islamique d'Iran (GCRI) rapatriés dans des cercueils en Iran. Rien qu'au cours des deux derniers jours, 33 CGRI iraniens auraient été tués dans les environs d'Alep, dont 13 officiers.
Pendant que les avions russes bombardent nuit et jour les positions rebelles, les Iraniens encadrent les forces au sol et participent aux combats.
Mais les Iraniens ne sont pas les seuls. Le Hezbollah chiite libanais s'est massivement impliqué dans la guerre syrienne, et ce depuis 2012. C'est au Hezbollah que le régime doit la reprise de la localité de Qousseir, en juin 2013. Sur les 5000 miliciens hezbollahis engagés en Syrie, on estime que 1200 à 1500 ont été tués au combat, ce qui a, d'ailleurs, considérablement fragilisé la milice.
A part les Libanais chiites du Hezbollah, l'état-major iranien a fait venir en Syrie de nombreux miliciens chiites irakiens et hazaras afghans pour compenser le manque d'effectifs de l'armée syrienne.
« Les milices chiites irakiennes sont déterminantes parce que le régime syrien n'a plus d'infanterie. Il utilise ses forces d'élite jusqu'à l'épuisement », affirme Stéphane Mantoux, agrégé d'histoire. Le nombre des miliciens chiites irakiens présents sur le front d'Alep s'élèverait à 2 500 hommes au moins.
Alors que ces milices chiites irakiennes avaient dû retourner précipitamment en Irak au moment de la prise de Mossoul par l'Etat Islamique en juin 2014, elles ont été ramenées en Syrie au début de l'intervention russe, le 30 septembre 2015.
Soldats russes sur le terrain
De plus en plus de photos publiées sur les réseaux sociaux ainsi que des témoignages d'habitants font état de la participation de soldats russes aux combats. On parle de trois ou quatre Russes tués en Syrie jusqu'à maintenant. Le dernier en date, un officier, aurait été tué par un tir de mortier. Sa mort a été confirmée par les médias officiels russes le 3 février 2016. Pourtant, malgré les nombreuses preuves photographiques, le gouvernement russe nie toujours avoir des troupes au sol engagées dans les combats. Les seuls troupes déployées en Syrie, affirme Moscou, sont positionnées autour des bases aériennes où se trouvent des avions russes, la base de Hmeimeim, à 25km au sud de Lattaquié, et la base T-4 dans la province de Homs.
Russes, Iraniens et Syriens vont reprendre Alep
La reprise d'Alep n'est qu'une question de jours. L'aviation russe est prête à écraser sous les bombes toute velléité de résistance. Et on ne voit pas bien comment les rebelles vont pouvoir faire face à un tel déluge de feu alors que leurs voies de communication sont désormais coupées avec la Turquie et que la famine va frapper les quartiers où ils résistent encore. On a déjà vu à Homs et à Zabadani quel sort sera finalement réservé aux combattants rebelles. Au mieux, une fin honorable à l'issue d'une évacuation négociée. Ni les Saoudiens ni les Turcs ne pourront venir en aide aux combattants qui résistent encore à Alep.
Mais après Alep ? Quelle sera la stratégie à suivre ?
La question est : Après Alep ? Les Russes ou les Iraniens ne peuvent déployer assez de troupes au sol pour occuper le terrain conquis. Et l'armée syrienne n'a pas non plus le personnel suffisant pour, à la fois, occuper le terrain et poursuivre ses offensives. Seules quelques unités d'élite - les forces Tiger dans la région d'Alep, et la 4e division aéroportée de la garde présidentielle à Deir ez-Zhor, ou encore la 5e division blindée et la 7e division mécanisée à Deraa (sud syrien) ont une capacité de combat intacte. 
Saoudiens et Turcs connaissent bien la situation sur le terrain. Ils attendent patiemment que l'orage passe avant de reprendre les fournitures massives d'armements léthaux et lancer les groupes rebelles survivants dans un nouveau "grignotage" des forces qui défendent le pouvoir.
Les Russes sont parfaitement conscients des limites de leur intervention. Ils ne peuvent occuper seuls l'ensemble de la Syrie. Et faire appel aux combattants chiites et aux Iraniens n'est pas non plus la solution si on veut ramener la paix dans le pays. La présence de ces soldats iraniens et miliciens chiites contribuent d'ailleurs à jeter de l'huile sur le feu de ce conflit devenu confessionnel et planétaire entre Chiites d'un côté et des Sunnites qui se radicalisent de plus en plus au fur et à mesure que Téhéran s'impose comme la puissance victorieuse dans la région.
La porte de sortie des Russes : Une solution négociée
Ce que Moscou craint le plus, c'est un enlisement dans un conflit confessionnel qui le positionnerait du côté chiite alors que la majorité du monde musulman est sunnite.
Le Kremlin va donc rapidement chercher une solution de sortie. Et la seule solution est un accord de paix entre les parties syriennes, le pouvoir et au moins une partie de l'opposition.
Malheureusement pour Moscou, les rebelles syriens ne sont pas encore prêts pour accepter de s'entendre avec un pouvoir qu'ils accusent d'être responsable de crimes contre l'humanité. Vladimir Poutine, en homme qui a tendance à privilégier la force, a voulu les contraindre à s'assoir à la table des négociations en leur faisant entrevoir la possibilité d'une déroute militaire. C'est pourquoi les Russes ont lancé cette violente offensive contre Alep au moment même où s'ouvraient des discussions à Genève. C'était sans doute un mauvais calcul. Soutenus par Riyad et Ankara, les représentants de la rébellion se sont arcboutés sur leurs exigences : Arrêt des bombardements - Approvisionnement des villes encerclées - Départ de Bachar al-Assad.
C'est le dernier point qui est le plus difficile à accepter pour Moscou. Non pas que Vladimir Poutine ait un intérêt particulier à conserver Bachar al-Assad au pouvoir. Mais simplement parce que le président russe n'est pas sûr de pouvoir faire fléchir Assad qui se sait soutenu par le camp chiite. Bachar al-Assad est suffisamment intelligent pour jouer à merveille sur les contradictions du soutien russe et celui de Téhéran, tantôt s'appuyant plutôt sur l'un, tantôt sur l'autre.
Alors, pour l'instant, les Russes se trouvent dans une impasse. Et pour en sortir, ils devront obtenir un accord à la fois de Riyad et Téhéran sur l'avenir de la Syrie. Une mission pratiquement impossible dans l'état actuel des choses.
Il ne faut pas oublier les Kurdes
Les Kurdes sont l'objet de toutes les attentions. Les Etats-Unis les arment et les soutiennent. Et pour camoufler leur liaison avec les miliciens kurdes honnis de ses alliés Turcs, le Pentagone a inventé une soi-disant Force Démocratique Syrienne supposée regrouper plusieurs groupes ethniques : Kurdes, Arabes et Chrétiens syriaques. Il n'est pas sûr qu'Ankara se soit laissé prendre au subterfuge, sachant que 80% des effectifs de la FDS sont constitués de miliciens kurdes des YPG.
Les Russes également ont fait part de leur intention d'utiliser le levier kurde  à la fois contre la Turquie avec laquelle ils sont désormais à couteau tiré depuis la destruction d'un de leurs bombardiers par deux F-16 turcs, et contre le régime de Bachar al-Assad en le menaçant d'aider les Kurdes à obtenir leur autonomie. Pour les Russes, la carte kurde est d'autant plus facile à jouer que les Kurdes ont toujours été politiquement assez proches des Russes.
Mais si la carte kurde peut permettre aux uns ou aux autres d'être plus efficaces dans la lutte contre l'Etat Islamique, elle ne peut en aucun cas contribuer à ramener la paix en Syrie.

Jean René Belliard
 

 

Commentaires

Négociations en cours: faut donc gagner du terrain, redoubler les bombardements et tuer à tire-larigot
Des milliers de civils pris en sandwich, poussés àà l'exil, vers les frontières que la Turquie ferme aux réfugiés

Alep assiégée est surbombardée et prise d'assaut par les tank russes & forces d'Assad

Grâce aux russes d'Assad, les civils ne meurent plus de faim mais sous les bombes.

Écrit par : divergente | 08/02/2016

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