03/02/2016

Ce ne sont pourtant pas les candidats qui manquent pour remplacer Bachar al-Assad - 3 février 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du  3 février  2016
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Ce ne sont pourtant pas les candidats qui manquent pour remplacer Bachar al-Assad
(De notre correspondant de Beyrouth)
Il faudrait juste un petit coup de pouce pour provoquer une révolution de palais. Or, précisément, ce petit coup de pouce, les Américains n'ont pas voulu le donner.
Et pourtant on ne voit toujours pas une issue au conflit après quatre ans de guerre civile qui a fait plus de 260.000 morts.
Les Américains savent pourtant, quand ils veulent arriver à leur fin, que de coquètes sommes d'argent peuvent motiver bien des officiers et des hauts fonctionnaires à prendre la place d'un leader honni. L'histoire récente de l'humanité l'a amplement démontré et les agents de la CIA en ont fait copieusement usage.
Washington n'est pas pourtant sans ignorer le mécontentement profond des Alaouites - la secte minoritaire qui forme le cœur du régime - ainsi que des Druzes et d'autres minorités religieuses. Les dizaines de hauts responsables militaires et de la sécurité de Bachar al-Assad qui ont quitté le gouvernement, préférant la misère de l'exil aux dorures des palais, témoignent d'ailleurs de ce mécontentement.
Mais jusqu'à ce jour, Washington a fait la sourde oreille aux demandes d'aide et aux propositions de subversion.
Pour être juste, l'administration Obama a secrètement communiqué avec de hauts responsables syriens pour les encourager à abandonner le régime. Mais les tentatives ont été limitées parce que Washington n'avait pas d'alternative à leur proposer. Aucun officier supérieur alaouite, aucun haut fonctionnaire du régime n'aurait accepté de "travailler" avec les rebelles à forte connotation islamiste. L'autre problème est que pour faire une révolution de palais, il faut non seulement des hauts dignitaires du régime prêts à sauter le pas, mais également beaucoup de fonctionnaires et d'officiers des rangs inférieurs.
Là encore, il faut de l'argent. Mais quand on sait que l'US Air Force a lancé pour 1,3 milliard $ de missiles de précision sur l'Etat Islamique et 3 milliards pour l'ensemble des frais de la campagne, cela veut dire qu'on n'est pas, à Washington, à quelques centaines de millions de dollars prêts.
La meilleure façon pour la C.I.A. aurait été d'accorder l'asile temporaire et deux versements: un montant forfaitaire payé immédiatement aux transfuges dès qu'ils auraient abandonné Bachar al-Assad, et un salaire mensuel de quelques milliers de dollars par la suite.
En échange, la CIA aurait demandé aux transfuges de motiver d'autres membres de leur communauté à changer de côté et travailler avec les membres de l'opposition sur un plan de transition politique.
Le problème est que, dernièrement, les messages de l'administration américaine ont été assez flous quant à l'avenir de Bachar al-Assad, tel et si bien qu'on ne sait plus aujourd'hui si Washington veut qu'il parte ou qu'il reste et jusqu'à quand.
Du coup, les transfuges éventuels ne sont plus si pressés et préfèfent attendre pour y voir plus clair, d'autant plus qu'on est entré dans la campagne pour les élections présidentielles aux Etats-Unis et nul ne sait quelles seront les orientations de la politique étrangère de la future administration.
Or, une chose est claire. Dans l'état actuel des choses, pas de transfuge - pas de solution politique en vue en Syrie et pas d'espoir d'une autre solution que militaire. Malheureusement, il y a loin des quelques succès militaires des forces loyalistes, obtenus à grand renfort de bombardements de l'armée de l'air russe, jusqu'à la victoire finale d'un camp sur l'autre.
Enfin, face à l'absence de politique claire des Etats-Unis, il faut opposer le soutien sans faille de l'Iran et celui de la Russie en faveur du régime syrien.
Le soutien de l'Iran pose un problème en soi. Il renforce le caractère confessionnel du conflit, entre une majorité sunnite et des minorités alaouites et chiites. Cela donne au conflit une teneur sectaire très dangereuse.
Si les minorités syriennes avaient abandonné Bachar al-Assad en plus grand nombre, le conflit aurait sans doute perdu  beaucoup de sa teneur sectaire et serait vraisemblablement réglé aujourd'hui. Une transition politique stable aurait sûrement été trouvée. Malheureusement aucune de ces conditions n'existe aujourd'hui : Washington ne sait pas franchement comment prendre le problème, hésitant entre provoquer une révolution de palais et le risque d'un chaos en cas de chute du régime ; Il n'y a pas vraiment de victoire militaire franche sur le terrain ; Et il y a un conflit confessionnel chiite-sunnite qui prend de l'ampleur.

Jean René Belliard

 

 

20:09 Publié dans Bachar el-Assad, CIA, Etat Islamique, Etats-Unis, Iran, Russie, Syrie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

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