27/01/2016

Le chaos en Libye : une menace pour la région - 27 janvier 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 27 janvier 2016
Jean René Belliard publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 27 janvier 2016 – Et beaucoup d’autres informations importantes dans la newsletter envoyée aux abonnés.
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Le chaos en Libye : une menace pour la région
L'absence d'état de droit et le niveau élevé de violences qui règnent en Libye, combinés à la prolifération d'armes de tous calibres après la prise des arsenaux de l'armée libyenne à la chute de Mouammar Kadhafi,  ont permis à divers groupes salafistes violents, tels que l'État islamique et Al-Qaïda, de prospérer.
En outre, la situation de non-droit a profité aux réseaux islamistes qui se sont enrichis sur divers marchés noirs, y compris la contrebande des migrants, des armes, de la drogue et du pétrole.
Il est peu probable que, même dans le cas où les Libyens parviendraient enfin à s'entendre sur la composition d'un gouvernement d'union nationale, celui-ci ait les ressources nécessaires pour réaliser l'immense tache de sécuriser le pays.
Il est fort probable que la Libye continuera de représenter une menace sécuritaire, notamment pour les pays voisins d'Afrique du nord et du Sahel.
L'Etat islamique en Libye
La Libye est aujourd'hui la seule zone, à l'extérieur de l'Irak et de la Syrie, où l'État islamique contrôle activement un territoire. Comme Raqqa ou Mossoul, deux places-fortes de l'EI au Moyen Orient, la branche libyenne de l'EI dispose de sa propre place-forte dans la ville côtière de Syrte. Le groupe est maintenant en expansion agressive dans toutes les directions, cherchant à prendre le contrôle des routes, des infrastructures énergétiques  et des principaux trafics.
L'État islamique en Libye génère d'importants revenus grâce aux réseaux de contrebande sur le marché noir à travers tout le pays. Il utilise également les routes de contrebande pour faire venir des combattants des pays-voisins notamment de Tunisie. On dit même que l'Etat islamique préfèrerait désormais envoyer les volontaires jihadistes étrangers plutôt en Libye que vers  les positions assiégées du groupe en Irak et en Syrie.
L'État islamique attache tant d'importance à ses possessions en  Libye qu'il a envoyé un membre important de la direction irakienne du groupe, l'ancien baasiste Abou Nabil al-Anbari, pour diriger la branche libyenne. Bien qu'al-Anbari ait été tué par un raid aérien américain en novembre 2015, sa présence révèle que la direction de l'Etat islamique au Moyen Orient assure le plein contrôle de sa filiale en Libye.
Al-Qaïda n'est pas en reste
Al-Qaïda exploite également  l'instabilité en Libye pour étendre ses opérations en Afrique du Nord. A travers sa filiale régionale, al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) - et le groupe al-Mourabitoune dirigé par Mokhtar bel-Mokhtar - al-Qaïda est extrêmement actif dans les régions saharienne et sahélienne depuis des années.
Il dispose d'une base historique de soutien en Libye, en particulier dans les villes de Benghazi et Derna, à l'est du pays.
Grâce à ses allégeances avec les tribus touarègues au sud-ouest de la Libye, AQMI a établi sa propre tête de pont en Libye à partir de laquelle il conduit ses activités militaires et économiques. Comme l'État islamique, al-Qaïda tire d'importants revenus du commerce de contrebande. Il maintient une forte présence dans le centre de transit clé de Ghat, sur la frontière sud-ouest avec l'Algérie.
Comme dans le cas de Jabhat al-Nusra en Syrie, al-Qaïda fonctionne grâce à des formations affiliées comme Ansar al-charia en Libye (ASL) - le groupe salafiste qui a tué l'ambassadeur américain à Benghazi - et la Brigade des martyrs d'Abou Salim, qui contrôle en grande partie la ville de Derna, une place forte d'al-Qaïda.
Grâce à ces formations alliées, al-Qaïda peut agir à visage masqué en Libye. Ansar al-Charia, par exemple, est une composante de Fajr Libya (L'Aube de la Libye), qui est le bras armé du gouvernement de Tripoli. Cela permet à al-Qaïda d'être finalement en relation avec le Congrès National Général (CGN) et donc avec le gouvernement de Tripoli. Le groupe a même été autorisé à contrôler, exploiter et tirer des bénéfices d'une importante raffinerie de pétrole dans la ville occidentale de Mellitah.
Une menace pour la région et l'Europe
L'expansion de ces réseaux salafistes et jihadistes dans le pays représente une menace pour la sécurité à la fois pour la région et pour les pays européens. Sans une véritable réconciliation entre les gouvernements rivaux de Tripoli et de Tobrouk, il ne peut y avoir aucun espoir de construire une alliance assez forte pour contrer l'influence croissante à la fois de l'Etat islamique et d'Al-Qaïda et une difficulté supplémentaire pour l'intervention d'une force internationale.

 

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