25/01/2016

Des dirigeants iranien et saoudien s'affrontent à Davos - 25 janvier 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 25 janvier 2016
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Des dirigeants iranien et saoudien s'affrontent à Davos
(de notre correspondant de Beyrouth)
Le prince saoudien Turki al-Faisal (70 ans), le plus jeune fils de feu le prince Fayçal,  et le ministre des Affaires étrangères iranien, Javad Zarif, se sont  affrontés à huis clos lors d'une réunion privée dans le cadre du Forum économique mondial de Davos. La réunion avait pour thème la paix en Syrie de promouvoir la paix en Syrie.
L'échange acerbe de propos témoigne de l'hostilité entre les deux rivaux du Golfe, qui mènent des guerres par procuration en Syrie, au Yémen et en Irak.
Riyad a rompu les relations diplomatiques et coupé les liens commerciaux et les relations aériennes avec l'Iran, il y a deux semaines après que des manifestants aient pris d'assaut l'ambassade d'Arabie Saoudite en Iran. Les protestations faisaient suite à l'exécution en Arabie saoudite d'un religieux chiite de premier plan, ce qui  a indigné Iraniens majoritairement chiites.
Genève très compromis : Il n'y a un accord sur rien
Le bras de fer jette un sérieux doute sur les chances d'entamer lundi 25 janvier à Genève des pourparlers de paix sur la Syrie, comme le souhaitent Russes et Américains. Il n'y a pas d'accord sur qui doit représenter les opposants au gouvernement syrien. Par ailleurs,  Riyad et les rebelles soutenus par l'Arabie saoudite exigent que la Russie arrêtent d'abord ses frappes aériennes en Syrie.
«Ce fut un dialogue de sourds", a déclaré un participant.
Zarif a nié toute rencontre secrète avec le prince Turki, l'ancien chef du renseignement saoudien et ambassadeur aux États-Unis. Interrogé lors d'une conférence de presse le même jour pour savoir s'il allait rencontrer des responsables saoudiens à Davos, il a répondu : "Il n'y aura pas de réunion secrète."
Le Prince Turki a confirmé qu'il avait rencontré Zarif et d'autres, mais a refusé de commenter sur ce qui avait été dit.
L'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, l'ancien Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, l'ancien Secrétaire général de la Ligue arabe, l'Egyptien Amr Moussa, les ministres des Affaires étrangères de l'Italie et de l'Autriche et des représentants de la Turquie et de plusieurs autres pays occidentaux étaient également autour de la table.
Chaque camp s'accuse d'attiser les conflits sectaires
M. de Mistura a ouvert la réunion en disant que le moment était venu pour des pourparlers de paix à Genève parce que les grandes puissances voulaient toutes une solution politique à cinq ans de guerre civile en Syrie.
Cependant, plusieurs orateurs se sont interrogés sur les motifs de la Russie pour intervenir dans le conflit depuis septembre 2015 par des frappes aériennes à l'appui du président Bachar al-Assad. Ils doutent que Moscou et Téhéran soient prêts à promouvoir la paix, ce qui impliquerait un éventuel départ d'Assad.
Zarif a déclaré que l'Iran soutenait une solution politique et avait établi un plan de paix en quatre points quand il a finalement été invité à se joindre à la réunion internationale sur la Syrie l'année dernière. Avant cela, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient manœuvré pour maintenir Téhéran à l'égard des négociations de paix.
Sans la nommer, Zarif a accusé l'Arabie saoudite d'avoir attisé et exploité les différences sectaires entre sunnites et chiites musulmans à travers la région.
Il a également accusé le royaume d'avoir dépensé des millions de dollars pour faire pression sur le Congrès américain afin qu'il bloque l'accord international sur le programme nucléaire de l'Iran.
Il considère que Riyad a tout simplement paniqué après l'attaque de son ambassade à Téhéran et il a conseillé aux Saoudiens de "revenir à la raison".
Violente réponse du prince Turki
Le Prince Turki a répondu coup pour coup au cours de la réunion à huis clos. Il a accusé l'Iran d'avoir dynamité le conflit en Syrie. Citant un proverbe arabe, at-il dit Zarif: «J'aime bien ce que vous dites, mais quand je regarde ce que vous faites, je m'interroge."
Il a accusé l'Iran d'avoir 10.000 combattants sur le terrain en Syrie pour soutenir Bachar al-Assad. Pour lui, le dirigeant syrien n'est qu'un «terroriste qui tue son propre peuple" et qui n'est maintenu au pouvoir que par la volonté de Téhéran.
Les remarques du prince Turki ont surpris par leur violence et on même choqué certains des participants à la réunion.
L'Iran a bien des troupes en Syrie
L'Iran a reconnu que des chefs des gardiens de la révolution ont été tués en Syrie, mais il nie avoir une présence militaire importante dans le pays ou que ses forces participent directement aux opérations de combat. Mais, comme le prince Turki l'a rappelé en marge de la réunion, le commandant des Gardiens de la Révolution islamique d'Iran s'était lui-même vanté publiquement que 120.000 combattants iraniens étaient déployés dans les pays arabes. Et des proches du pouvoir syrien ont reconnu que des centaines de combattants iraniens participaient aux combats au sol en Syrie. Cette présence se serait accrue depuis l'intervention russe dans le pays. La majorité des combattants iraniens serait déployée près d'Alep. 
Pour un diplomate Moyen-Oriental, la présence iranienne serait plus proche de 2.000 gardiens de la révolution, mais elle a été complétée par plusieurs milliers de volontaires chiites en provenance de pays tels que le Pakistan, l'Afghanistan et l'Irak qui ont reçu une formation militaire en Iran.
Pour l'Émissaire de l'ONU, de Mistura, "ceci est la troisième année que nous parlons de la Syrie et on ne va nulle part".
Les Européens n'ont parlé que de la crise humanitaire
Quant aux Européens qui étaient présents à la réunion, ils ont seulement parlé de la situation humanitaire et de la crise des réfugiés et comment empêcher les réfugiés d'atteindre l'Europe, a révélé un participant.

Jean René Belliard

 

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