19/01/2016

L'Etat Islamique profite du chaos en Libye - 19 janvier 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 19 janvier 2016
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 18 janvier 2016 – Et beaucoup d’autres informations importantes dans la newsletter envoyée aux abonnés.
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L'Etat Islamique profite du chaos en Libye
Témoin du chaos qui règne en Libye, lorsque le 14 décembre 2015, une vingtaine de membres des Forces spéciales américaines ont voulu débarquer sur la base aérienne libyenne d'al-Watiya, théoriquement contrôlée par la milice de Zenten et le Special Forces Bataillon 22, une milice "amie, les Américains pensaient arriver en terrain conquis, d'autant plus que le Spécial Forces Bataillon 22 avait déjà bénéficié d'une assistance en matériel militaire du Pentagone. Malheureusement, les Américains  ont eu la surprise d'être accueillis par une milice rivale qui n'était pas aussi bien intentionnée vis-à-vis d'eux. Ils ont du prestement rembarquer et évacuer les lieux. 
Personne ne contrôle le pays
Cet épisode souligne la difficulté de mener une lutte efficace contre les Jihadistes de l'Etat Islamique qui ne cessent de progresser dans ce pays. Les Américains pensaient pouvoir trouver des groupes armés susceptibles d'agir comme force au sol contre l'Etat Islamique. Mais ils se sont retrouvés confrontés au fait que personne ne contrôle réellement ce pays. Aucun des deux gouvernements qui rivalisent pour le pouvoir, celui de Tripoli et celui de Tobrouk, ne contrôle les groupes armés, même ceux qui sont théoriquement sous son autorité. 
La branche libyenne de Daech - l'une des plus dangereuses de l'Etat Islamique
Il y a pourtant urgence à organiser la résistance à l'expansion de l'Etat Islamique. les responsables de l'antiterrorisme U.S. considèrent aujourd'hui que la branche libyenne de Daech est devenue comme l'une des plus dangereuses de l'organisation jihadiste.
Aucun allié fiable pour lutter contre Daech
Face à elle, on ne trouve qu'un conglomérat de milices armées peu fiables, mal organisées et divisées par région et par tribu.
L'administration américaine avait déjà fait l'expérience du manque de fiabilité de ces alliés locaux lorsqu'elle avait confié à des milices locales la mission de protéger le complexe diplomatique américain de Benghazi. Elles n'ont pas bougé le petit doigt lorsque des Islamistes ont attaqué le bâtiment de la représentation américaine et tué l'ambassadeur, J. Christopher Stevens, et trois autres Américains.
Un autre dilemme tient au fait qu'il est difficile de rechercher des groupes armés pour affronter l'Etat Islamique sans risquer de provoquer la réaction hostile des autres, à un moment où l'ONU cherche à rassembler les factions belligérantes dans le pays.
L'EI ne cesse de se renforcer
En attendant, l'Etat Islamique se renforce chaque jour qui passe. On dit que les dirigeants de Daech ont dérouté vers les camps d'entraînement libyens plusieurs centaines de Jihadistes étrangers qui, à l'origine, devaient se rendre en Syrie.
Le rôle de plus en plus important de la branche libyenne au sein de l'Etat Islamique a encore été démontré lorsqu'en novembre 2015 une frappe américaine a tué Abou Nabil, un dirigeant de l'État islamique en Libye. Or, ce ressortissant irakien avait dirigé les opérations militaires d'al-Qaïda dans l'ouest de l'Irak de 2004 à 2010, à une époque où l'Etat Islamique d'Irak et du Levant (EIIL) et al-Qaïda ne faisaient qu'un.
A la recherche de "proxies"
On a vu comment en Syrie, le Pentagone a été contraint d'abandonner son plan de former et d'armer des rebelles triés sur le volet pour se borner à appuyer des groupes armés existants pour mener la guerre au sol contre l'Etat Islamique.
Il est évident que les Américains ne vont pas commettre la même erreur en Libye et vont rechercher et trouver des groupes armés libyens susceptibles d'affronter les Jihadistes.
Au cours de l'année 2015, des membres des Forces d'opérations spéciales de l'AFRICOM, le centre de commandement U.S. pour l'Afrique, se sont rendus en Libye avec plusieurs objectifs: rassembler des informations sur la situation sur le terrain; évaluer la capacité de combat de chaque faction et des besoins spécifiques; et évaluer leur capacité à travailler avec les forces américaines et autres. Une mission certainement très délicate.
L'armée nationale libyenne n'existe pas
Or, précisément, l'arrivée ratée de la vingtaine de commandos U.S. sur la base aérienne d'al-Watiya, avait pour but "de favoriser les relations et améliorer la communication avec leurs homologues de l'Armée nationale libyenne." Pour comprendre ceci, il faut savoir que la milice de Zenten et les Special Forces Bataillon 22 sont alliés du général Haftar, le chef de la soi-disante Armée nationale libyenne.
Mais il n'y a pas d'armée nationale libyenne. Il y a seulement des factions armées et l'armée nationale libyenne n'est qu'un des groupes qui se battent pour le pouvoir. Le chef de l'armée nationale libyenne, le général Khalifa Haftar, a certes baptisé ses forces d'armée nationale, sans doute parce que plusieurs unités militaires s'étaient ralliées à lui. Et c'est un fait que cette dénomination  d'Armée nationale libyenne, a été validée après coup par le gouvernement de Tobrouk, mais c'est tout. 
Le général Khalifa Haftar "l'homme fort" qui n'a pas réussi à contrôler Benghazi
Au début, le Général Haftar est apparu comme le nouvel homme fort, mais il a été incapable de reprendre le contrôle de Benghazi, même de reprendre des secteurs de la ville situés à quelques kilomètres de son QG. Et pour ne pas être mis en déroute par les Islamistes de Benghazi, il en est venu à armer des milices de quartier. Du coup, plus personne ne le croit capable de pacifier le pays.
Le Pentagone ne cherche pas un groupe spécifique
Face à cet échec d'al-Watiya, les Américains de l'AFRICOM ont tenu bon de préciser que la visite sur la base d'al-Watiya n'avait pas pour but "d'endosser un groupe spécifique" (sous-entendu l'armée du général Haftar), mais à entrer en discussion avec un large groupe de Libyens pour aider et encourager à trouver un règlement politique.
Les milices de Misrata
Et parmi les Libyens visités, on trouve également les milices de Misrata, une ville qui a été en pointe lors de la révolte contre Mouammar Kadhafi et qui est en première ligne face aux Jihadistes de l'EI retranchés à Syrte. Aujourd'hui, Misrata soutient le gouvernement de Tripoli et a envoyé des armes à la coalition de milices anti-Haftar de Benghazi qui lutte contre la soi-disant Armée Nationale Libyenne que les Américains cherchaient à rencontrer sur la base d'al-Watiya.
Au cours des six derniers mois, les équipes militaires américaines ont visité Misrata pour nouer des contacts "militaires et de renseignement" avec les miliciens de la ville. Ils ne sont pas les seuls, d'ailleurs car les agents britanniques, français et italiens ont également cherché à nouer de tels liens avec les factions libyennes.
Et pour couronner le tout, le projet de gouvernement d'unité nationale proposé, voire imposé par l'ONU semble s'éloigner chaque jour qui passe alors que c'était précisément la seule chance de rallier les divers camps à la lutte contre Daech.

Jean René Belliard

 

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