14/01/2016

La stratégie de l'Etat islamique derrière l'attaque de Jakarta - 14 janvier 2016

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 14 janvier 2016
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 14 janvier 2016 – Et beaucoup d’autres informations importantes dans la newsletter envoyée aux abonnés.
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La stratégie de l'Etat islamique derrière l'attaque de Jakarta
Le chaos à Jakarta, après les fusillades et les attentats à la bombe de cette semaine en Turquie, en Irak et au Cameroun, est une confirmation supplémentaire que l'État islamique poursuit maintenant sa campagne d'expansion internationale de ses attaques quasi quotidiennes avec pour objectif d'inspirer la terreur chez ses adversaires.
 Ce virage stratégique est une conséquence de l'intensification de la pression militaire sur les zones contrôlées par l'Etat Islamique à l'ouest de l'Irak et en Syrie, des zones que l'EI revendique comme sa patrie. Ces territoires sont le fondement du califat proclamé par le chef de l'Etat Islamique, Abou Bakr Al-Baghdadi, le 5 Juillet 2014 à Mossoul.
Sur les théâtres moyen orientaux, l'Etat Islamique est en recul sous la pression des bombardements intensifs de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, ceux de l'armée de l'air russe et les offensives menées par l'armée irakienne ou les Peshmergas kurdes. En décembre 2015, l'Etat Islamique a perdu une bonne partie de la ville de Ramadi, la capitale de la province sunnite d'al-Anbar.
La stratégie et la méthodologie de l'EI décidée par Abou Bakr al-Bagdadi
Pour répondre à ces revers sur les théâtres irakien et syrien, Abou Bakr al-Baghdadi semble avoir décidé que la meilleure forme de défense était l'attaque. Et il a choisi comme cibles, les centres de concentration de civils, difficiles à protéger, de ses adversaires moyen orientaux et leurs alliés occidentaux. Les attaques sanglantes de novembre 2015 à Paris ont montré à quel point une poignée de Jihadistes fanatiques pouvaient occasionner des pertes considérables et inspirer l'horreur devant de tels évènements.  
Il apparait que la stratégie et la méthodologie de l'Etat Islamique soient directement guidées par Abou Bakr al-Bagdadi et son cercle rapproché de commandement. A chaque fois, on retrouve les mêmes cibles : Des symboles de l'autorité des Etats, comme les forces de sécurité et de police ; Des symboles de l'Occident, comme le café Starbucks dans le cas de Jakarta, ou encore des salles de concert comme dans le cas de Paris.
Paris - Jakarta : la même méthodologie
Il est évident que l'attaque de Jakarta était une répétition de celle de Paris.
Bahrun Naim, un ex-prisonnier et intellectuel jihadiste, avait publié sur son blog les leçons qu'il tirait des attentats de Paris. Sous le titre  Pelajaran dari Serangan Prancis ( Leçon de l'attaque en France), Il avait exhorté les futurs jihadistes indonésiens de bien s'inspirer de la planification, du ciblage, du calendrier, de la coordination, de la sécurité et du courage des équipes de kamikazes qui ont exécuté les attaques de Paris.
La rivalité entre deux chefs indonésiens de l'EI pourraient avoir conduit à une surenchère dans la violence
On ne savait pas avec certitude depuis quand il y avait une structure de l'Etat Islamique en Indonésie.  Mais Jones Sidney, un analyste de l'International Crisis Group, avait prédit, en novembre 2015, qu'en raison d'une rivalité entre deux commandants indonésiens de l'Etat Islamique en  Syrie, Bahrum Syah et Abuu Jandal, il fallait s'attendre à une surenchère et une attaque à Jakarta du style de celle de Paris. Et comme en Europe, il est fort probable que ce soient des jihadistes de retour du Moyen-Orient qui soient impliqués dans les événements de Jakarta.
La campagne internationale de terreur répond à des buts précis
Partout où elle est menée, la campagne de terreur internationale de l'Etat Islamique est conçue pour atteindre des buts idéologiques précis. Il s'agit tout d'abord de convaincre les musulmans sunnites de la primauté et de la puissance du califat islamique d'Abou Bakr al-Baghdadi; d'inspirer la crainte chez les kuffar (non-croyants); de promouvoir le corpus idéologique de l'Islam du septième siècle et qui précise la hiérarchie au sein de la Oumma (la communauté musulmane), la charia, et la purification personnelle et sociétale, tout un ensemble de concepts basé sur les enseignements des «pieux ancêtres» (les salafistes).
Pas de fin des attentats avant l'élimination physique de l'Etat Islamique
Le retour au calme et à la sécurité suppose la fin de l'Etat Islamique. Sans élimination physique de l'EI, il semble difficile de prévoir la fin de cette campagne de terreur malgré toutes les précautions sécuritaires qu'on pourrait prendre.
L'Etat Islamique, de son côté ne cherche pas la paix avec ses ennemis. Il n'y aura ni trêve ni cessez le feu. L'Etat Islamique se considère comme le signe avant-coureur de la fin des temps. Avant l'arrivée de l'apocalypse, il s'est engagé à éliminer les 200 millions de musulmans chiites, qu'il considère comme des hérétiques et tous les autres musulmans qui, en acceptant l'autorité de gouvernements laïques, deviennent des apostats. Le dernier ennemi, enfin, est ce qu'il appelle "l'armée de Rome" (l'Occident).
En Syrie et en Irak, l'Etat Islamique espère bien continuer de renforcer ses effectifs avec l'arrivée incessante des candidats au Jihad en provenance du monde entier. Mais avec sa campagne mondiale de terreur il espère également attirer des affiliés et des sympathisants à travers le monde musulman et au-delà. Et à priori, son objectif semble réussir puisque de plus en plus de groupes islamistes indépendants se rallient à lui.
De nombreux groupes islamistes à travers le monde ont fait allégeance à l'EI
Boko Haram, dans le nord du Nigeria, qui est responsable de l'attentat suicide de cette semaine dans une mosquée du Cameroun, est l'exemple typique d'un groupe qui était indépendant au départ et qui s'est ensuite rallié à l'Etat Islamique. Certains membres du groupe islamiste indonésien, Jemaah Islamiyah, une filiale d'al-Qaïda responsable de l'attentat de Bali en 2002,  sont également soupçonnés d'avoir fait défection pour rejoindre l'EI.
Parmi les voisins de l'Indonésie, le groupe Abu Sayyaf, responsable de nombreux attentats aux Philippines, et les combattants de la liberté islamique Bangsamoro sur l'île de  Mindanao, ont récemment fait allégeance à l'EI. La Malaisie, majoritairement musulmane est également en état d'alerte par crainte d'attentats inspirés par l'Etat Islamique.

Jean René Belliard

 

20:11 Publié dans Abu Baker al-Baghdadi, Etat Islamique, Indonesie, Jamah islamiyah | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

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