22/12/2015

Quel effet peut avoir la résolution 2253 du Conseil de sécurité de l'ONU en Syrie ? 22 décembre 2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 22 décembre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 21 décembre  2015 – Et beaucoup d’autres informations importantes dans la newsletter envoyée aux abonnés.
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Quel effet peut avoir la résolution 2253 du Conseil de sécurité de l'ONU en Syrie ?
(en collaboration avec notre correspondant de Beyrouth)
Quel résultat peut avoir le plan américano-russe approuvé par le Conseil de sécurité des Nations Unies  pour parvenir à activer un processus politique qui mettrait fin à la guerre syrienne ?
Une chose est claire : La résolution 2253 est incapable d'arrêter les combats ou de provoquer le départ de Bachar al-Assad, bien au contraire. Les négociations dépendent du sort des armes et la question du départ préalable de Bachar al-Assad est un sujet en voie de disparition.
Tout d'abord, l'accord conclu entre l'administration Obama et le Kremlin, le mois dernier, a d'abord été conçu comme un palliatif. Son seul objectif était de dédramatiser la soudaine intervention russe en Syrie et d'éviter un affrontement entre grandes puissances. Le problème du départ de Bachar al-Assad qui a si longtemps mis en échec les négociations entre représentants des rebelles et du pouvoir était soudain devenu secondaire. Du coup, les Russes semblent avoir l'impression qu'il n'y a plus de limites (américaines) à leur intervention en Syrie. Schématiquement, on peut dire que Vladimir Poutine "va-t'en guerre" et Barack Obama donne sa bénédiction.
Coïncidence ? La veille de l'approbation de la résolution américano-russe, le Pentagone ordonnait le retrait de 12 bombardiers de la base d'Incirlik en Turquie. Le retrait arrivait au même  moment que la Russie déployait en Syrie ses systèmes de missiles antiaériens Buk-M2-SA-17  Grizzly. La présence de ce système était un danger pour les pilotes américains lors de leurs missions de bombardement sur les cibles de l'EI. Concrètement, cela revient à transférer à  l'armée de l'air russe la responsabilité des frappes contre l'EI.
Autre signe du désengagement américain : Les services de renseignement allemands, le BDN, ont annoncé qu'ils avaient renoué des contacts avec les services de renseignement syriens et que des agents allemands se trouvaient en visite à Damas. Berlin avait donc choisi de s'émanciper des renseignement américains et préfèrait dépendre de ses propres sources dans la capitale syrienne, quitte à renouer le dialogue avec un régime hier honni.
Cela ne veut pas dire qu'Américains et Russes s'accordent sur la Syrie post-Assad. Washington et Moscou sont encore très éloignées sur la forme du gouvernement de transition mandaté par la résolution du Conseil de sécurité
L'administration Obama veut qu'Assad remette les pouvoirs présidentiels à l'armée et que le contrôle des  organismes liés à la sécurité et au renseignement passe au gouvernement de transition, qui doit être chargé de convoquer des élections générales et présidentielles auxquelles Bachar al-Assad serait interdit de participer.
Poutine ne veut rien entendre de ce processus. Il insiste pour mettre d'abord en place un gouvernement de transition et d'attendre qu'il puisse prouver qu'il peut fonctionner avant d'entreprendre toute discussion sur  ses pouvoirs et domaines de compétence.
Les deux présidents, toutefois,  sont d'accord que la transition aura besoin d'au moins deux ans, ce qui signifie que le processus devra être approuvé par le successeur d'Obama à la Maison Blanche.
Les États-Unis et la Russie ne sont pas non plus d'accord sur les organisations de l'opposition syrienne qui pourraient être représentées dans le gouvernement de transition et les portefeuilles qui pourraient leur être confiés . Sur cette question, Washington et Moscou sont également en contradiction avec l'Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats Arabes Unis qui soutiennent certaines des organisations étiquetées comme terroristes par Moscou.
Autre point : Barack Obama est de plus en plus exaspéré par le comportement belliqueux du président turc, Tayyip Erdogan, une situation que les Russes pourraient mettre à profit. C'est sans doute dans ce contexte que Vladimir Poutine a déclaré, le samedi 19 décembre, qu'il n'avait pas de problème avec le peuple turc, ajoutant : "Quant à la direction turque actuelle, rien est éternel."
Il semble que Barack Obama ait été convaincu par Vladimir Poutine d'appeler les Turcs à être plus circonspects dans le nord syrien. C'est sans doute ce qui explique les derniers revers de la rébellion, notamment des Turkmènes, au nord de la province de Lattaquié.
Les batailles en cours dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque, opposent un grand nombre de forces diverses : La Russie, la milice kurde des YPG, la plupart des groupes rebelles importants, y compris les organisations jihadistes de l'Etat Islamique ou celles affiliées à al-Qaïda, l'Iran et le Hezbollah chiite libanais.
C'est seulement quand une de ces forces aura pris le dessus qu'on pourra savoir quelle direction prendra la solution politique pour mettre fin à la guerre.

Jean René Belliard
 

 

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