24/11/2015

Province de Lattaquié - Vive tension avec la Turquie qui défend la population turkmène

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 24 novembre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 24 novembre  2015 – Et beaucoup d’autres informations importantes dans la newsletter envoyée aux abonnés.
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Province de Lattaquié - Vive tension avec la Turquie qui défend la population turkmène
L'offensive contre les rebelles dans les régions majoritairement peuplées de Turkmènes au nord de la province de Lattaquié a brutalement accru la tension à la frontière syro-turque.
Selon des sources militaires, 2 obus en provenance de Syrie sont tombés un kilomètre à l'intérieur du territoire turc près de la frontière dans une zone inhabitée dans le secteur de Kizilçat dans la province de Hatay.
En réponse, les forces armées turques ont bombardé lourdement les positions de l'armée arabe syrienne. Des canons automoteurs T-155 Firtina ont été utilisés pour les bombardements de représailles.T-155.jpg
L'armée turque a également dépêché des milliers de soldats et des véhicules blindés à la frontière à proximité des monts turkmènes, Jabal Turkmen, où les soldats  syriens, appuyés par des contingents iraniens, du Hezbollah libanais, des miliciens chiites irakiens et afghans et même des unités militaires russes, ont lancé une grande offensive contre les moudjahidines Turkmènes .
Les Forces armées turques ont déclaré être prêtes à intervenir et à anéantir les forces syriennes au moindre danger de génocide du peuple turkmène. 
Cela fait deux jours qu'on a constaté une montée en puissance de la tension dans cette région proche de la Turquie. C'est dans ce contexte que s'inscrit la destruction d'un avion russe dans cette même zone frontalière, le mardi 24 novembre (voir ci-dessous). L'avion s'est d'ailleurs écrasé près d'une localité turkmène situé dans les monts turkmènes.
Russes et Turcs ont cherché à jouer sur les nerfs de leurs adversaires
Les Turcs ont indiqué depuis plusieurs jours qu'ils n'allaient pas permettre aux forces qui défendent le pouvoir syrien de chasser la population turkmène de la région de Lattaquié. Les menaces turques étaient d'autant plus fortes et précises qu'à Ankara, on a pensé que la Russie n'allait pas prendre le risque d'entrer dans un conflit armé avec un allié des Etats-Unis.
A Moscou, on a pensé exactement le contraire, à savoir que Washington allait demander à Ankara de rester mesuré pour ne pas entrer en conflit ouvert avec la Russie. Et c'est sans doute pour tenir les Turcs à l'écart qu'une offensive bizarre a été entreprise par l'armée russe au nord de la province de Lattaquié. On a cru au début qu'il s'agissait pour les Russes de tester en grandeur nature la capacité offensive du contingent russe sur le sol syrien. On peut penser aujourd'hui, à la lumière des derniers évènements, qu'il s'agissait en fait d'un "show of force" (une démonstration de force) à l'égard des Turcs.
Un sérieux risque d'engrenage
Pour la première fois une unité de l'infanterie russe soutenue par des chars T-90, des canons de 130mm de l'artillerie russe et des avions Su-24 et Su-25 de la force aérienne russe ont pris d'assaut, après cinq heures de combats, une colline stratégique à la frontière entre les provinces de Lattaquié et d'Edleb. L'armée syrienne et ses alliés chiites ont été maintenu à l'écart de la bataille, fournissant seulement un soutien logistique.
C'est la première fois que l'armée russe affichait sa présence sur le terrain. Et elle ne l'a pas fait par hasard. Il s'agissait vraisemblablement de signifier à la Turquie que si elle mettait ses menaces à exécution de soutenir les rebelles de Jeich al-Fateh et notamment les combattants turkmènes, elle aurait à faire avec les soldats russes.
Le problème est qu'à force de croire que l'adversaire n'osera pas réagir à la menace, on risque fort de se laisser entraîné dans un conflit d'une gravité exceptionnelle.

Jean René Belliard

 

Commentaires

Je corrige un commentaire laissé il y a quelques jours au sujet des fichés S et du nombre de sympathisants du djihadisme.

"il y a 20.000 fichés S, dont 10.500 pour leur appartenance à la mouvance islamique radicale" (Manuel Valls - Le Petit Journal)

Pour comprendre le phénomène djihadiste en France, qui ne date pas d'hier, lire l'excellent article d'Olivier Roy paru dans Le Monde daté du 24 novembre.

Écrit par : Alfred | 25/11/2015

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