09/11/2015

L'Etat Islamique a décidé de prendre pied au Liban - 9 novembre 2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 9 novembre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 9 novembre  2015 – Et beaucoup d’autres informations importantes dans la newsletter envoyée aux abonnés.
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L'Etat Islamique a décidé de prendre pied au Liban
Dans la newsletter du 3 novembre dernier, j'indiquais que l'Etat Islamique tentait à nouveau de prendre pied dans la région montagneuse du Qalamoun, située à proximité de la frontière libanaise. La carte ci-dessous permet de mieux comprendre la situation. En gris, les zones occupées par l'Etat Islamique. En rose, les zones contrôlées par les forces fidèles au pouvoir syrien. La zone gris clair en haut et à gauche de la carte est le Liban.

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Les attentats d'Ersal confirment l'objectif de l'Etat islamique
Les derniers évènements qui se sont déroulés dans la ville libanaise d'Ersal, à la frontière entre le Liban et la Syrie, semblent confirmer l'intention de l'EI de prendre pied dans cette localité. L'objectif de Daech est de se doter d'une profondeur géographique et de moyens logistiques dans la région d'Ersal et de son jurd.
Voyons les faits :
Jeudi 5 novembre - Un premier attentat vise le Front al-NosraErsal.jpg
Jeudi 5 novembre, une moto piégée explose près du lieu de réunion du Rassemblement des ulémas du Qalamoun, à Ersal, faisant plus de sept morts parmi les dignitaires religieux musulmans. Or, le Rassemblement des ulémas du Qalamoun, qui regroupe essentiellement des dignitaires religieux syriens, est proche du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie), rival de l'Etat Islamique. Le front al-Nosra, qui est bien implanté dans le jurd de Ersal et dans les camps de réfugiés syriens installés dans ce secteur, avait choisi de pacifier la zone pour ne pas mettre en danger les réfugiés surtout face aux mesures de sécurité strictes imposées par l'armée. Les Jihadistes de l'Etat Islamique, on l'a vu plus haut, ont la ferme intention de s'installer dans le jurd d'Ersal et dans les camps de réfugiés syriens installés autour de la ville. C'est pour atteindre cet objectif que le responsable de l'EI (Daech) dans la région du Qalamoun, Ahmad Ammoun, se serait rendu à Ersal, sans doute pour coordonner les actions de l'organisation jihadiste contre ses adversaires.
Vendredi 6 novembre - le deuxième attentat est un message aux forces de sécurité
Vendredi 6 novembre, une charge explose au passage d'une patrouille de l'armée libanaise, faisant 5 blessés légers parmi les soldats. L'attentat a lieu  à quelques mètres du lieu de l'attentat du jeudi 5 novembre. Il s'agit visiblement d'un message à l'armée, et à travers elle, aux autorités sécuritaires du Liban. Et ce message est clairement de signifier  à l'armée de ne pas regarder de trop près ce qui se passe à de s'abstenir d'intervenir à Ersal et ses environs car l'Etat Islamique compte bien s'installer dans cette région et d'y imposer sa loi.
On avait cru que le calme était revenu dans la Bekaa
On avait cru, depuis quelques temps, depuis l'offensive de l'armée syrienne et le Hezbollah contre la ville rebelle de Zabadani (une ville syrienne située à 8 kilomètres de la frontière libanaise), que le calme était revenu dans la région d'Ersal. Il faut dire aussi que les forces de sécurité libanaises s'étaient installées en force pour rendre plus hermétique la frontière libano-syrienne et rendre plus difficile l'accès du territoire aux rebelles syriens. Ces deux bombes en vingt-quatre heures font voler en éclats l'optimisme des autorités.
L'endroit n'a pas été choisi au hasard
L'endroit n'a pas été choisi au hasard. Le jurd d'Ersal est une zone difficile d'accès qui permet aux Jihadistes de s'y installer avec une relative facilité et de résister aux offensives de l'armée. La région est également une poudrière confessionnelle, un foyer de tension traditionnel entre sunnites et chiites dans la Békaa du Nord. La période est également propice à ce genre d'actions déstabilisatrices. Les institutions de l'Etat libanais sont totalement paralysées, au point qu'on se demande combien de temps le gouvernement va encore tenir.
Ajoutons enfin que sur le plan international, malgré les déclarations des diplomates occidentaux affirmant, la main sur le cœur, leur attachement à l'intégrité territoriale et à la stabilité du Liban, on serait plutôt embarrassé de prêter main forte à l'armée libanaise dans une région dominée par le Hezbollah, une organisation dont la résolution 1559 de l'ONU, approuvée en septembre 2004, exige le désarmement.
Le spectre de la déstabilisation sécuritaire refait surface
Le spectre de la déstabilisation sécuritaire refait donc son apparition sur fond de tensions politiques et confessionnelles. On verra dans les prochains jours si le dialogue entamé entre les Sunnites du Front du Futur et le Hezbollah  chiite réussiront à s'entendre pour éviter que le Liban devienne un nouveau théâtre de confrontation régional.

Jean René Belliard

 

 

20:05 Publié dans Etat Islamique, Front al-Nosra, Qalamoun, Zabadani | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

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