04/11/2015

La Russie n'est pas l'alliée de l'Iran - 4 novembre 2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 4 novembre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 4 novembre  2015 – Et beaucoup d’autres informations importantes dans la newsletter envoyée aux abonnés.
Pour vous abonner, demander des informations à
ptolemee@belliard74.com


La Russie n'est pas l'alliée de l'Iran
Il était clair, dès le début de l'intervention russe en Syrie que les relations sur le terrain entre Russes et Iraniens n'allaient pas aller vers le beau fixe. Tout simplement parce que les objectifs russes et iraniens sont profondément divergents. Moscou veut rétablir l'autorité dans le pays en s'appuyant sur une armée syrienne reconstruite, à l'exclusion des milices chiites d'où qu'elles viennent. Vladimir Poutine n'a nullement l'intention d'apparaître comme le champion de la cause chiite.
J'avais déjà signalé dans une précédente newsletter que je trouvais suspect le déclenchement sur ordre de l'état-major iranien d'une grande offensive dans la région d'Alep. L'objectif n'était pas réellement militaire mais politique. Il s'agissait de dire aux Russes que rien ne pouvait être fait sans Téhéran. Un message d'autant plus clair que les soldats syriens ne se montraient pas particulièrement performants sur le terrain. 
Divergences entre Moscou et Téhéran sur l'avenir de Bachar al-Assad
Le commandant du corps des gardiens de la révolution (pasdaran) en Iran, Mohammad Ali Jaafari, a évoqué dans un discours, lundi 2 novembre, les divergences de points de vue entre Téhéran et Moscou, notamment en ce qui concerne l'avenir de Bachar el-Assad.
Selon la chaîne panarabe al-Arabiyya, le général Jaafari aurait affirmé que Moscou se moquait du sort réservé à Bachar el-Assad, contrairement à l'Iran qui ne voit aucune alternative au président syrien qui, affirme-t-il, est « soutenu par la majorité de son peuple ».
Selon al-Alam, un média iranien arabophone proche du régime, le général aurait affirmé « que la Russie cherche à défendre ses intérêts en Syrie, mais soutient aussi la résistance syrienne qui dépend du président Assad ». En revanche, selon l'agence Mehr, le général aurait indiqué que si la Russie et l'Iran partagent les mêmes intérêts sur le dossier syrien, « il n'est pas clair si Moscou est aligné sur la position iranienne en ce qui concerne le président Bachar el-Assad ».
Le maintien de Bachar al-Assad n'est pas une question de principe pour Moscou
Côté russe, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova a confirmé que le sort de Bachar el-Assad relève " de ses seuls concitoyens ". Selon l'agence de presse Ria, elle avait également indiqué que le maintien de Bachar el-Assad au pouvoir n'était pas une question de principe pour Moscou. « Nous ne disons pas qu'Assad doit partir ou rester », avait-elle précisé.
La priorité pour les Russes est de rétablir la sécurité
Moscou reste pour l'instant concentré sur la phase actuelle qui est de détruire le potentiel militaire de la rébellion, que ce soit l'Etat Islamique (Daech), le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) ou d'autres formations rebelles d'obédience plus ou moins islamiste. Ils savent que parmi ces rebelles, il y a de nombreux combattants originaires de Russie et des républiques de l'ex-URSS. Moscou a une longue tradition de ces luttes contre Tchétchènes et autres "Asiates" aux confins de leur empire. On pourrait même dire que cela fait partie de la culture russe. C'est pourquoi la guerre ne pose pas de problèmes au sein de la population russe, comme elle en poserait auprès des populations occidentales.
Le plan russe
Contrairement aux dirigeants occidentaux, qui tournent autour de leur désir d'intervention sans savoir ni comment faire ni pour quel objectif, Vladimir Poutine a un plan. L'objectif de ce plan est tout simplement le retour de la puissance russe dans cette région du monde. Et pour arriver à cet objectif, le président russe a décidé de pacifier la Syrie et de rétablir l'autorité de l'Etat syrien. Pour pacifier la Syrie, il lui faut détruire le potentiel militaire rebelle et pas seulement celui de l'Etat Islamique. Il est prêt à s'allier pour cela à toutes les forces qu'il considère "démocratiques", c'est-à-dire qui ne sont pas d'obédience islamiste : l'armée syrienne - sans doute les milices baathistes laïques - les Kurdes de l'YPG et les quelques éléments de l'opposition dite "modérée". D'ailleurs, à ce sujet, les représentant du régime et de l'opposition syrienne, avec laquelle la Russie entretient des contacts, seront invités la semaine prochaine à Moscou.
Pour l'instant, la Russie exclut toutes les milices à caractère confessionnelle, qu'elles soient chiites ou sunnites.
Des opposants au régime de Bachar al-Assad collaborent avec les Russes
La Russie a réussi, semble-t-il, a ouvrir un dialogue avec des opposants du régime de Bachar al-Assad. Mardi 3 novembre, les avions russes auraient bombardé pour la première fois des " cibles terroristes " grâce à des informations fournies par " des représentants de l'opposition " syrienne.
" Nous avons créé un groupe de coordination dont la composition ne peut pas être rendue publique ", a déclaré le chef des opérations militaires russes en Syrie, le général Andreï Kartapolov, évoquant seulement une coopération étroite permettant d'unifier les efforts de l'armée loyale au président Bachar el-Assad et de " forces patriotiques syriennes " ayant été auparavant dans l'opposition. " Ces forces patriotiques, bien qu'elles aient combattu pendant quatre ans les forces gouvernementales, ont placé l'idée de préserver un État souverain et uni au-dessus de leurs ambitions politiques ", a poursuivi le général, sans toutefois préciser qui étaient ces " forces patriotiques ".
Grâce aux coordonnées fournies par les opposants, 12 avions russes auraient ainsi bombardé 24 cibles dans les régions de Palmyre, Deir ez-Zor, Ithriya et à l'est d'Alep, touchant un centre de commandement de l'État islamique (Daech).
L'Egypte "draguée" par la Russie pour redevenir l'allié qu'elle était au temps de l'URSS
A noter que le président Poutine fait également des appels du pied répétés au général-président égyptien, Abdelfattah al-Sissi. L'Egypte, qui dispose de l'armée la plus puissante du monde arabe pourrait être en effet un atout précieux lors de la phase de pacification de la Syrie, après la victoire militaire, bien entendu. Les soldats égyptiens pourraient donner un coup de main pour désarmer toutes les milices et récupérer les armes.

Jean René Belliard

 

 

Commentaires

"Il est prêt à s'allier pour cela à toutes les forces qu'il considère "démocratiques", c'est-à-dire qui ne sont pas d'obédience islamiste"
Voilà qui semble plutôt raisonnable.

Écrit par : Mère-Grand | 05/11/2015

Les commentaires sont fermés.