30/10/2015

La conférence de Vienne - 30 octobre 2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 30 octobre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 30 octobre  2015 – Et beaucoup d’autres informations importantes dans la newsletter envoyée aux abonnés.
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La conférence de Vienne
Vendredi 30 octobre, la Russie a convoqué une conférence internationale à Vienne, dans l'espoir de trouver un accord avec les puissances occidentales et les monarchies arabes pour que le président Assad puisse rester au pouvoir pendant une période de  "transition politique". Reste à savoir si les Occidentaux, l'Arabie saoudite et la Turquie vont se laisser manœuvrer pour accepter un rôle quelconque, même pendant une période transitoire au président syrien actuel.
Vienne : Une victoire pour Moscou
Au premier abord, cette conférence de Vienne est une victoire pour Moscou qui se met ainsi au centre du jeu diplomatique mondial alors qu'il n'y a pas si longtemps, la Russie était mis à l'écart par les Occidentaux en raison de son rôle en Ukraine. Elle est aussi une validation de son offensive aérienne en Syrie par les États-Unis, les pays européens et les Etats régionaux présents à la conférence.
Les choses ne vont pas aussi bien pour la Russie
Mais il n'échappe à personne que les choses ne vont pas aussi bien que Moscou l'aurait souhaité. L'armée syrienne n'a pas réussi à bousculer la rébellion malgré l'intensité de l'appui aérien russe. On signale de nombreux cas où l'armée a purement et simplement abandonné ses positions face à la contre-offensive rebelle. A Alep, la situation est encore plus catastrophique puisqu'un million de personnes sont prises aux piège à l'intérieur de la ville.
L'Etat Islamique ? tout le monde semble s'en foutre
Les Occidentaux, les Saoudiens et les Turcs le savent et ne vont pas se précipiter pour aider Moscou à se sortir de ce qui pourrait bientôt devenir un bourbier. Il faut dire que les Occidentaux n'ont rien fait pour aider la Russie, dépêchant au contraire du matériel militaire plus performant pour faire face à l'offensive russo-irano-syrienne. Car il y a bien sûr la lutte contre l'Etat Islamique. Mais il semble que dans la phase actuelle, l'EI soit le dernier des soucis des uns et des autres.
Russes et Américains préfèrent mettre leur énergie à empêcher le camp adverse de l'emporter. Et ce camp est adverse à trois niveaux : Un niveau confessionnel (Chiites/Alaouites/Chrétiens contre Sunnites) ; un niveau régional (Saoudiens/Qataris/Turcs contres Iraniens) et un niveau mondial (Russes contre Américains comme aux "bons vieux temps" de la guerre froide).
La Russie condamnée à faire plus en Syrie
L'Etat-major russe a déjà compris. Les forces du président Assad sont incapables de reconquérir le territoire perdu aux mains des rebelles. Pire, elles ont reculé récemment malgré le soutien aérien de l'aviation russe. 
C'est un coup dur pour Moscou qui comptait que les frappes aériennes permettraient à l'armée loyaliste de pacifier le pays en mettant la rébellion en déroute. 
Une victoire de l'armée syrienne était pourtant nécessaire à Vladimir Poutine, ne serait-ce que pour lui permettre de se passer de l'armée iranienne, du Hezbollah et des milices chiites pour obtenir une victoire. Faire appel à ces forces supplétives et alliées du régime comporte en effet le risque de faire passer le président russe pour un défenseur des Chiites. La propagande tant iranienne que sunnite ne s'en est d'ailleurs pas privée. Or, il ne faut pas oublier que la Russie a une population musulmane évaluée à environ 20 millions de personnes, en majorité sunnite.
Le risque d'enlisement
Il ne serait pas surprenant que la Russie finisse par envoyer de plus en plus de troupes au sol pour aider les soldats syriens à repousser les rebelles. Surtout si ceux-ci finissent pas menacer les secteurs clés comme la ville de Hama ou le port de Lattaquié.
Car Vladimir Poutine ne peut se permettre de voir l'armée syrienne s'écrouler devant les offensives de la rébellion "fréquentable" ou celles de l'Etat Islamique. Il y va de sa crédibilité notamment dans son rapport de force avec l'Occident.
C'est aussi la raison pour laquelle il ne faut pas s'attendre à un quelconque résultat lors de la conférence de Vienne ou celles qui devraient suivre, aussi longtemps que la Russie n'aura pas réussi à imposer par la force des armes sa solution de la crise syrienne. Pour l'instant, le président Poutine poursuit l'idée que la paix se fera en Syrie, mais à ses conditions !

Jean René Belliard

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