07/10/2015

La Russie mène-t-elle en Syrie la troisième guerre de Tchétchénie ? 7 octobre 2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 7 octobre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 7 octobre  2015 ;
Pour vous abonner, demander des informations à
ptolemee@belliard74.com


La Russie mène-t-elle en Syrie la troisième guerre de Tchétchénie ?
Rappelons pour commencer qu'une première guerre a eu lieu en Tchétchénie de 1994 à 1996, et une deuxième à partir de 1999. C'est  au cours de cette deuxième guerre que la guerre menée par les indépendantistes tchétchènes s'est transformée, à partir des années 2000, en rébellion islamiste et a  fait tache d'huile dans l'ensemble du Caucase russe, notamment en Ingouchie et au Daguestan.
Or, en bombardant les positions de la Coalition de Jeich al-Fateh, à laquelle appartient le Front al-Nosra (branche syrienne d'al-Qaïda), l'aviation russe frappe de facto les milliers de Tchétchènes, Russes du Caucase qui ont rejoint al-Qaïda ou l'Etat Islamique en Syrie. On peut donc dire, sans exagérer, qu'une nouvelle guerre du Caucase vient d'éclater en prenant cette fois la Syrie comme champ de bataille.
Les combattants tchétchènes arrivés en Syrie dès 2012
Les premiers combattants originaires du Caucase sont apparus à l'été 2012, notamment lors de la bataille d'Alep. Réputés bons guerriers, ces hommes - que les Arabes comme les Afghans appellent invariablement "Tchétchènes" même s'ils viennent d'autres régions du Caucase russe - avaient souvent combattu auparavant en Irak et en Afghanistan.
Les Tchétchènes n'étaient pas des inconnus au Moyen Orient
Le nord de la Syrie compte de nombreuses minorités originaires du Caucase russe établies depuis les années 1870-1880 dans la foulée de la guerre russo-turque. « Il y a des points de forte concentration de Koumyks, de Laks, d'Avars et de Darguins. Et évidemment des populations tcherkesses », souligne Grigori Chvedov, en référence à des peuples du Daguestan et de Kabardino-Balkarie. Grigori Chvedov est rédacteur en chef d'un site spécialisé sur le Caucase.
2000 combattants tchétchènes dans les rangs de l'Etat Islamique
On pense que 2000 combattants venus de Tchétchénie, du Daguestan et d'autres régions de Russie combattent actuellement dans les rangs de l'Etat Islamique (la majorité) et d'al-Qaïda, a affirmé en juin 2015 Andreï Novikov, directeur du Centre antiterroriste de la Communauté des États indépendants (CEI).
Les groupes affiliés au Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) se battent au sein de la coalition rebelle de Jeich al-Fateh. Parmi ces groupes, on trouve des brigades telles que Jund el-Cham (l'armée du Levant en arabe) présente dans les provinces d'Edleb, d'Alep et de Lattaquié, ou encore Ajnad Kavkaz (les soldats du Caucase), présents dans les provinces d'Edleb et de Lattaquié et enfin Jeich al-Mouhajirine wal Ansar, un groupe présent dans la province d'Alep et comprenant notamment des Tchétchènes, des Ouzbeks et des Tadjiks. A noter que le groupe Jeich al-Mouhajirine wal Ansar s'est scindé en deux, la majeure partie de ses combattants ayant rejoint l'Etat Islamique et l'autre moité al-Qaïda en Syrie.
Nombres des Tchétchènes et d'autres Caucasiens en Syrie
Tchétchénie : Le FSB, services de renseignement, évalue le nombre de Tchétchènes présents en Syrie à environ 1700. 44 d'entre eux sont rentrés en Tchétchénie et on estime le nombre de Tchétchènes tués au combat ou dans les bombardements à 104 à ce jour.
Kabardino-Balkarie : Le FSB de Kabardino-Balkarie estime qu'un nombre de 85 à 150 personnes originaires de la république se sont rendues en Syrie pour combattre (chiffre datant de la fin décembre 2014).
Russie : Selon le FSB, 300 à 400 Islamistes originaires de Russie ont gagné la Syrie et 18 seraient revenus.
Georgie : Selon le Vice-ministre de l'Intérieur géorgien, Levan Izoria, une centaine de Georgiens seraient impliqués dans la guerre civile syrienne (chiffre donné en avril 2015).
"Ne pas attendre que les terroristes arrivent chez nous"
Vladimir Poutine avait déclaré, au premier jour des frappes russes en Syrie, qu'il fallait « prendre de vitesse, lutter et détruire les combattants et les terroristes sur les territoires qu'ils contrôlent et ne pas attendre qu'ils arrivent chez nous ». Poutine faisait bien sûr allusion aux Islamistes caucasiens, auteurs d'attentats sanglants en Rusie dans les années 2000 et encore fin 2013 à Volgograd (Sud de la Russie).
C'est la raison pour laquelle les Russes vont bombarder tout autant le Front al-Nosra et ses alliés du Caucase que les positions de l'Etat Islamique où se trouvent également d'importants groupes d'Islamistes caucasiens. L'attitude russe n'est pas différente, finalement, de la justification donnée par François Hollande pour justifier l'extension des frappes aériennes françaises à la Syrie. Celui-ci avait alors déclaré que les frappes viseraient à mettre hors d'état de nuire, les Jihadistes qui préparaient des actions contre la France.
Vidéo (langue russe sous-titrée en arabe) (très intéressante) d'un combattant parlant russe, adressant des menaces aux troupes russes, leur rappelant, notamment, leur mauvaise expérience en Afghanistan. La vidéo aurait été prise ce mercredi 7 octobre au nord de la province de Hama où l'armée syrienne vient de lancer une vaste offensive avec l'aide de l'armée de l'air russe :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=a62a9cccdd54

Jean René Belliard

Les commentaires sont fermés.