06/10/2015

L'Egypte soutient l'intervention russe en Syrie - 6 octobre 2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 6 octobre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 6 octobre  2015 ;
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L'Egypte soutient l'intervention russe en Syrie
L'Égypte, pays arabe le plus peuplé et qui dispose de la principale armée dans la région, soutient l'intervention russe en Syrie. Pour Sameh Choukri,  le chef de la diplomatie égyptienne, cette intervention « aura un impact sur la lutte contre le terrorisme en Syrie et aidera à l'éliminer ».
L'Egypte mène, elle aussi, une guerre contre l'Etat Islamique dans la province du Sinaï  et observe avec inquiétude la montée en puissance des Jihadistes en Libye voisine.
"Les frappes russes sont en conformité avec celles de la coalition (internationale antijihadiste) en Syrie et en Irak » dirigée par Washington, a estimé Sameh Choukri, lors d'un entretien à la télévision saoudienne al-Arabiya.
Offensive diplomatique russe en direction du Caire
Le soutien égyptien au plan russe est la conséquence du "forcing" de Vladimir Poutine pour rallier au moins un pays arabe majeur à son intervention. Ce soutien se révélera indispensable pour la phase 2 du plan, c'est-à-dire une fois conclu un accord politique entre les adversaires "fréquentables" syriens.  Cette phase consistera à désarmer toutes les milices et tous les groupes présents sur le territoire syrien pour éviter un scénario à la libyenne où les Occidentaux n'ont pas désarmé les milices après la chute de Mouammar Kadhafi. C'est à ce moment que l'armée égyptienne, puissante et nombreuse, pourra se révéler nécessaire.
Riyad aurait préféré la chute d'Assad, mais...
Bien sûr, Riyad aurait préféré la chute de Bachar al-Assad, ce à quoi les Russes sont actuellement opposés, mais les Saoudiens sont en panne de plan pour y parvenir. Les Etats-Unis les ont abandonnés au milieu du gué et se bornent à frapper des cibles de l'Etat Islamique tout en sachant que ces frappes seules sont parfaitement inefficaces. La grande "offensive du sud", planifiée par les Etats-Unis et les alliés régionaux, l'Arabie saoudite, le Qatar et la Jordanie, a été maintes fois annoncée et sans cesse reculée pour, finalement, être abandonnée. Les Etats-Unis n'ont pas mieux réussi avec leur plan de formation de rebelles syriens "modérés" sur le territoire turc, au point qu'Ankara a expliqué, lundi 5 octobre, que Washington ne voulait pas écouter ses alliés et que c'est précisément pour cette raison que le plan U.S. s'est achevé en fiasco et a finalement été, lui-aussi, abandonné.
Les Saoudiens ont besoin de conserver de bonnes relations avec l'Egypte
Il est remarquable que l'approbation du plan russe par le Caire ne s'est pas attiré les foudres des Saoudiens. Au contraire, ceux-ci continuent d'apporter leur soutien financier à l'armée égyptienne, notamment en apportant les fonds pour l'achat des deux porte-avions Mistral commandés par la Russie à la France (commande annulée par F. Hollande) et actuellement en rade au port de Saint-Nazaire. L'Arabie saoudite ne peut se quereller avec l'Egypte pour la bonne et simple raison qu'elle espère bien pouvoir compter sur l'armée égyptienne (comme de l'armée pakistanaise d'ailleurs) en cas d'affrontement majeur avec l'Iran, notamment sur le théâtre yéménite.
Poutine et Sissi partagent la nécessité d'un pouvoir fort pour lutter contre les Jihadistes
Le général  Sissi ne peut qu'approuver la politique de Vladimir Poutine, qui cherche à renforcer le camp du nationalisme autoritaire face aux mouvances islamistes. La stratégie russe est, en cela, totalement différente de la politique américaine qui croit encore aux vertus de la démocratie contre l'islamisme armé. Pour l'instant, la "politique vertueuse" de Washington n'a pas donné les résultats attendus, bien au contraire. On va voir très prochainement si la stratégie russe, plus musclée, obtiendra de meilleurs résultats.

Jean René Belliard

 

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