05/10/2015

Spéculations sur la mutation du chef des Pasdarans iraniens en Syrie - 5 octobre 2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 5 octobre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 5 octobre  2015.
Pour vous abonner, demander des informations à
ptolemee@belliard74.com


Spéculations sur la mutation du chef des Pasdarans iraniens en Syrie
Le général Hossein Hamdani, l'un des commandants des pasdaran (Cors des Gardiens de la Révolution Islamique d'Iran - CGRI ), opérationnels en Syrie, aurait été remplacé à son poste et renvoyé en Iran pour être en charge « de l'envoi de matériel logistique en Syrie ». Ci-dessous, le général Hossein Hamdani.Hmadani Hossein (général).jpg
Evidemment, cette mutation a alimenté les spéculations sur ce qui apparait à première vue comme un limogeage.
Voici la version que nous partageons avec mon correspondant syrien.
Les Russes ne veulent pas apparaître comme les alliés des Chiites
Les Iraniens, et notamment le général Hossein Hamdani était très marqué confessionnellement. Le général Hamdani avait pour rôle de coordonner les membres du CGRI et les volontaires chiites étrangers combattant à leurs côtés. Ces milices étaient composées de Chiites afghans (Brigade des Fatimiyoun), pakistanais (Brigade de Zaynab), irakiens et libanais (Hezbollah). Les Russes, en intervenant pour empêcher le pouvoir de tomber, ce qui risquait, à leurs yeux, de provoquer un chaos indescriptible, n'avaient pas spécialement envie d'apparaître comme alliés des Chiites. Il ne faut pas oublier que la Russie compte 20 millions de Musulmans, sunnites dans leur écrasante majorité. C'est pourquoi, selon certaines informations, l'Iran se serait entendu avec l'état-major russe pour remplacer les Pasdarans (CGRI) par des éléments de l'armée régulière, moins étiquetés "chiites" que les Pasdarans. Des officiers et des soldats de la première unité de l'armée régulière iranienne auraient effectivement commencé à se déployer en Syrie. Une centaine d'entre eux seraient arrivés à l'aéroport de Damas. Ces hommes auraient été transférés en Syrie à des fins spéciales. Ils sont spécialisés dans les opérations de combat en milieu urbain, donc très utiles pour protéger Damas et reconquérir la banlieue.
Les Russes n'ont que faire du concept de "Syrie utile" cher aux Iraniens
Le général Hamdani, appliquant les instructions reçues de Téhéran, avait tenté d'imposer à Bachar al-Assad une stratégie militaire consistant à défendre coûte que coûte la région allant de la côte méditerranéenne à Damas. C'est ce que les Iraniens appelaient la "Syrie utile". Ils partaient du principe qu'il était important de conserver cette zone stratégique pour protéger le front contre Israël en offrant au Hezbollah, fer de lance de la lutte contre l'Etat hébreu, une zone arrière où il pouvait stocker ses armements lourds, s'entraîner et se replier. Les Russes n'ont pas du tout l'intention de se laisser entraîner dans un conflit avec Israël. Ce qu'ils veulent c'est conserver l'intégralité territoriale syrienne, et redonner à l'armée syrienne les capacités de reprendre le terrain perdu pour mettre un terme à l'insurrection qu'elle soit d'obédience islamiste ou non. Du coup, Moscou n'avait que faire du général Hamdani et de son concept de "Syrie utile". Bachar al-Assad non plus, d'ailleurs, qui s'est toujours opposé à cette stratégie qui revenait à le déposséder d'une grande partie du territoire syrien. C'est pourquoi, il s'y était toujours opposé.
L'arrivée en force des Russes pourrait détacher le pouvoir syrien de l'influence iranienne
De nombreux Syriens, en commençant par les caciques du pouvoir, voyaient d'un mauvais œil l'influence grandissante des Iraniens sur leur pays. Et Ils n'auront aucun état d'âme à voir les Russes intimer aux Iraniens de s'écarter.
Du coup, on pourrait voir une nouvelle distribution des cartes en Syrie où certains rebelles armés ne verraient pas d'inconvénients, finalement, a se rallier à des nationalistes syriens avec la bénédiction (et la protection) des services russes. On a vu un pareil retournement fonctionner en Irak, lorsque le général Petraeus à réussi à convaincre des tribus sunnites de retourner leurs armes contre les Jihadistes d'al-Qaïda.
A suivre...

Jean René Belliard

 

Les commentaires sont fermés.