02/10/2015

Un nouveau pas vers la mondialisation du conflit syrien - 2 octobre 2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 28 septembre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 2 octobre 2015 ;
Pour vous abonner, demander des informations à
ptolemee@belliard74.com


Dernières nouvelles de l'intervention russe en SyrieSu-34.jpg
Des Su-34 ont détruit un QG de l'Etat Islamique
Le représentant officiel du ministère de la Défense, le major-général Igor Konashenkov, a déclaré, vendredi 2 octobre, que des avions Su-34 du groupe aérien des Forces de l'aérospatiale en Syrie ont détruit, le jeudi 1er octobre, un poste de commandement et des camps d'entrainement de l'Etat Islamique, tuant 12 Jihadistes. Les camps d'entraînement se trouvaient près du village de Madan-Jadid et le poste de commandement près de Caserta-Faraj, au sud-ouest de la ville de Raqqa.
Les raids aériens de l'armée de l'air russe ont été coordonnés avec l'état-major de l'armée syrienne.
 
Rappel sur les frappes russes en Syrie depuis le 30 septembre 2015
La Russie a officiellement annoncé avoir débuté sa campagne de frappes aériennes en Syrie le 30 septembre 2015, peu de temps après que la Douma, le Parlement russe, ait autorisé le gouvernement à entreprendre des opérations militaires dans ce pays. Pour être exact, l'armée de l'air russe basée en Syrie avait déjà effectué un raid autour de la base aérienne de Kweiress (province d'Alep) quelques jours plus tôt, mais l'état-major russe était resté silencieux, sans doute parce qu'il n'avait pas encore reçu le feu vert de la Douma.
Les frappes aériennes russes ont donc officiellement débuté le mercredi 30 septembre, tuant 28 personnes (36 personnes selon la rébellion).
Les chasseurs bombardiers effectuaient, jeudi 1er octobre, de nouveaux raids dans le secteur de Jabal al-Zawiya, un important district de la province d'Edleb, dans le nord-ouest syrien, tenu par le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) et des groupes de rebelles de Jeich al-Fateh (l'armée de la conquête en arabe) plus ou moins d'obédience islamiste. Un autre raid russe a eu lieu contre la localité de Habit dans la même province. Enfin un raid contre un QG et des camps d'entraînement de l'Etat Islamique tuaient 12 Jihadistes dans le secteur de Raqqa, la place-forte de l'EI.
Outre les 12 Jihadistes, les raids du jeudi 1er octobre ont tué sept civils et deux enfants.
Les Russes utilisent des bombes anciennes
Il semble que les Russes aient utilisé des bombes OFAB-250 anciennes et peu coûteuses mais peu précises car elles ne sont pas téléguidées.  On soupçonne que l'utilisation de ces bombes, qui pourraient provoquer d'importants dégâts collatéraux, soit volontaire et aurait pour objectif de pousser les populations sunnites à quitter les régions prises pour cible. A suivre.
Polémique sur les cibles
Le choix des cibles russes a provoqué une polémique entre la Russie et les Occidentaux.
Carte interactive des frappes russes
Selon les Américains, les Européens et des rebelles syriens, l'action russe a pris pour cible des groupes de rebelles luttant contre le le régime de Damas, et non pas exclusivement l'Etat Islamique.
Ces critiques ont été balayées par le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, qui a réaffirmé à l'ONU que les frappes avaient visé "l'Etat Islamique, Al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) et d'autres groupes terroristes", tout comme, selon lui, l'a fait la coalition internationale. Parmi les autres groupes terroristes mentionnés, se trouvent des groupes de Jihadistes Tchétchènes affiliés au Front al-Nosra
Une source de la sécurité syrienne a confirmé que les avions russes avaient bien ciblé les combattants de Jeich al-Fateh (l'armée de la conquête). Jeich al-Fateh est une coalition regroupant le Front Al-Nosra (branche syrienne d'Al-Qaïda) et des groupes islamistes et qui combat à la fois Damas et l'Etat Islamique.
Le groupe rebelle Souqour al-Jabal, soutenu par Washington, a, lui-aussi, confirmé avoir été visé par des missiles russes.
Coordination entre militaires américains et russes
Afin justement de se coordonner et d'éviter des incidents entre leurs aviations, Washington et Moscou ont eu jeudi, par vidéo-conférence, une nouvelle réunion entre militaires, a indiqué le Pentagone. Rien n'en a filtré jeudi soir et "aucun nouveau rendez-vous" n'a été fixé, selon le ministère américain de la Défense.
Il était urgent que militaires américains et russes se parlent car l'intervention de l'armée de l'air russe n'a pas provoqué de ralentissement des bombardements de la coalition internationale conduite par les Etats-Unis pour autant, a indiqué le Pentagone, jeudi 1er octobre.
Les avions de la coalition antijihadistes conduite par les Etats-Unis ont effectué plusieurs sorties au-dessus de la Syrie mercredi 30 septembre, a encore indiqué le Pentagone.
Rappelons que le ministère russe de la Défense avait averti les avions occidentaux de s'éloigner des secteurs survolés par les Sukhoï.
Déconfliction
Les discussions américano-russes avaient pour but de "permettre aux équipages (des avions) d'opérer en sécurité" au-dessus de la Syrie, selon Peter Cook, le porte-parole du Pentagone. "C'est le strict minimum à discuter dans un avenir proche, et c'était le point sur lequel s'est concentré la plus grande partie de la discussion", a-t-il ajouté, expliquant que les deux parties avaient échangé des idées sur la manière d'assurer cette sécurité des vols.
Il a par exemple été question des fréquences radio qu'utiliseraient les avions pour communiquer "en cas de détresse", ou de la langue à utiliser pendant les échanges d'appareil à appareil, a expliqué M. Cook. Le terme technique utilisé par les Américains pour qualifier ces discussions est "deconfliction".
Ce terme peut se traduire en français par le fait que les parties prenantes à un conflit communiquent et échangent des informations pour éviter des incidents entre leurs aéronefs qui interviennent sur un même théâtre d'opération.
L'administration Obama critiquée par les Républicains pour son absence de réaction
Il est clair que Moscou tente de réduire la pression rebelle sur les territoires tenus par le régime syrien à l'ouest et au centre du pays, alors qu'il a perdu le contrôle des deux tiers du pays.
L'administration américaine semble avoir été prise de court par l'action russe et est restée sans message cohérent. Ce qui lui vaut aujourd'hui les foudres des républicains.
La Russie propose un plan antiterroriste au Conseil de Sécurité de l'ONU
Parallèlement à son action militaire, la Russie a distribué au Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution antiterroriste qui associerait Damas à une coalition internationale élargie contre les jihadistes.
Mails les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni campent sur leur position qui est de refuser toute collaboration avec Bachar al-Assad, qualifié de "tyran" par le président Barack Obama.
Le problème est que Washington n'a pas de stratégie pour régler le conflit qui a fait plus de 260.000 morts, détruit la Syrie et provoqué une crise migratoire sans précédent depuis plus d'un demi-siècle.
L'intervention russe provoque une situation nouvelle et dangereuse en Syrie
Les deux grandes puissances mondiales, les Etats-Unis et la Russie, se trouvent aujourd'hui engagées dans des opérations militaires en Syrie, mais chacune d'entre elles soutient un camp différent, le pouvoir en place pour la Russie et les rebelles qui luttent contre l'Etat Islamique pour les USA. Il s'agit d'une situation dangereuse que pourrait mettre à profit des forces recherchant un embrasement généralisé.
Vidéo (langue anglaise) des frappes russes :Vidéo des frappes russes

La Russie déploie en Syrie l'Ilyushin II-20M COOT
L'Armée de l'air russe a déployé en Syrie l'Ilyushin Il-20M COOT spécialisé dans la collecte électronique de renseignements. Sa mission sera de coordonner les attaques contre les Jihadistes ainsi que de suivre les mouvements d'autres armées dans la région.
L'avion est équipé de radars de surveillance, d'un optique électro-infrarouge, des équipements de capteurs et de communications par satellite pour le partage de données en temps réel.
L'Il-20 est une plate-forme  ELINT (Electronic Intelligence). Il peut voler dans l'espace aérien international sans se faire remarquer grâce à son transpondeur désactivé - utile pour les avions ISR (renseignement et reconnaissance). 
L'avion effectuera probablement des missions de collecte de renseignement, et d'écoute des communications des Jihadistes pour participer à la mise au point d'un ordre de bataille électronique contre l'Etat Islamique ou le Front al-Nosra et identifier leurs positions.
Par contre, le transpondeur désactivé crée un  risque de collision avec un avion de la coalition sous commandement américain participant à l'opération Resolve.

Le président Tchétchène propose à Poutine d'envoyer des unités tchétchènes pour combattre l'EI
Un nouveau pas vers la mondialisation de la guerre ! Le chef de la République tchétchène a proposé au président russe d'envoyer des unités tchétchènes pour combattre État islamique (Daech) en Syrie, ajoutant que ses combattants ont juré de combattre les terroristes jusqu'à la fin.
"Ce n'est pas du bavardage, je demande la permission d'y aller et de participer à des opérations spéciales", a déclaré Ramzan Kadyrov au cours d'une interview, vendredi 2 octobre, à la radio RSN. "En tant que musulman, Tchétchène et patriote russe, je tiens à dire qu'en 1999, lorsque notre république a été envahie par ces diables nous avons juré sur le Coran que nous les combattrions où qu'ils se trouvent», a déclaré le leader tchétchène.
"Mais nous avons besoin de la décision du commandant en chef pour le faire," a-t-il souligné. Selon la Constitution russe, le président est aussi le commandant en chef des forces militaires.
Kadyrov a également noté que les unités des forces spéciales tchétchènes étaient à un niveau très élevé de préparation au combat et il a promis que "dès que les terroristes en Syrie comprendrons que nous arrivons, ils vont très vite partir", ajoutant que les terroristes ont peu d'expérience du réel de la guerre.
"Nous les connaissons parce que nous les avons détruits ici. Nous les avons battus. Et ils nous connaissent aussi ", a déclaré le leader tchétchène.
En même temps Kadyrov a admis que la lutte contre la menace terroriste n'est pas limitée à des opérations de guerre, mais devrait également inclure l'éducation - la jeune génération doit savoir que les groupes extrémistes font une mauvaise interprétation du Coran.
Plus tôt, ce mois-ci, le président de la République tchétchène a révélé qu'une fondation caritative du nom de son défunt père avait fourni de l'aide aux réfugiés syriens en Allemagne. Kadyrov a écrit sur son compte Instagram que les travailleurs caritatifs avaient accueilli près de 2.000 réfugiés pour un repas de fête dans la ville de Kiel et que la fondation avait fourni des meubles et des équipements scolaires à des camps de réfugiés en Allemagne.
Vidéo (langue russe) - Très intéressante :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=f3f9a4749f2b

 
Une brigade jihadiste ouzbèk prétend avoir tiré des missiles Grad sur l'armée russe
Les Jihadistes de la Katibat al Tawhid wal Jihad (KTJ - Katiba de l'Unité et du Jihad en arabe), un groupe essentiellement ouzbek affilié au Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie), a revendiqué la responsabilité d'une attaque contre les "infidèles" russes dans la province de Lattaquié. L'affirmation n'a pas encore été confirmée de source indépendante.
Dans un communiqué publié sur son site officiel, la KTJ affirme que ses "attaques à la roquette" ont causé un "grave préjudice " au régime de Bachar al Assad et aux "infidèles russes" sur la base aérienne militaire Hmeimeim. La KTJ affirme que les roquettes ont été tirées par l'"unité jihadiste dans le nord-Syrie", une référence à sa fusion officielle avec le Front al-Nosra, et que les "moudjahidines" avaient effectué "plusieurs attaques" contre la base aérienne à l'aide de missiles Grad.
La KTJ  avait annoncé son Bayat (allégeance) au Front al-Nosra le 29 Septembre, sans doute une réaction à l'arrivée des troupes russes. "Il était important de s'unir contre l'alliance "safavide-americano-russe contre les musulmans ", a déclaré la KTJ. Le terme "Safavide" est utilisé par les Jihadistes pour désigner les Iraniens.
 Jusqu'ici, la KTJ avait combattu aux côtés du Front al-Nosra sans en faire partie. Rappelons que la brigade Mouhajirine wal Ansar, une brigade composée majoritairement de Tchétchènes a également fait récemment allégeance au Front al-Nosra après avoir longtemps lutté à ses côtés.

Jean René Belliard

 

Les commentaires sont fermés.