21/09/2015

Blog sur le Moyen Orient et l'Afrique du nord du 21 septembre 2015

Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-après un extrait de la newsletter du 21 septembre 2015. La newsletter comporte également des informations complètes sur la présence militaire russe en Syrie avec images satellitaires à l'appui et ses conséquences sur la politique syrienne de l'administration Obama, etc.
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Nouveau cessez-le-feu à Fouah, Kafraya et Zabadani
Après des mois d'attaques et de sièges, les forces armées syriennes, assistées par d'importants contingents du Hezbollah chiite libanais, ont mené une offensive pour s'emparer de la ville de Zabadani aux mains des rebelles syriens. Mais l'offensive qui dure depuis 80 jours n'a toujours pas permis aux forces loyalistes de s'emparer de la localité où résistent toujours plusieurs centaines de rebelles.
De son côté, la coalition de formations rebelles baptisées Jeich al-Fateh (l'armée de la conquête) qui s'était emparée au printemps 2015 de la quasi-totalité de la province d'Edleb, encerclait les localités chiites de Fouah et Kafraya, situées dans cette province et encerclées depuis des mois. La résistance à Faouah et Kafraya est assurée par des miliciens pro-régime, les habitants chiites et des éléments du Hezbollah.
Zabadani la rebelle contre Fouah et Kafraya, deux localités chiites
Chaque fois que les forces loyalistes accentuent leur pression sur la ville de Zabadani, la rébellion lance une nouvelle offensive contre les localités chiites de Fouah et Kafraya. Il s'ensuit un marchandage entre adversaires pour lier le sort de Zabadani à celui de Fouah et Kafraya. Aussi, lorsqu'on a appris, la semaine dernière, que la résistance des rebelles de Zabadani commençait à faiblir et que des groupes de plus en plus importants de combattants cherchaient à se retirer hors de la ville en utilisant des tunnels, Jeich al-Fateh a aussitôt lancé une violente offensive contre Fouah et Kafraya, s'emparant de secteurs au nord et au sud de Fouah.
Il n'en aura pas fallu plus pour que les uns et les autres se précipitent à la table des négociations et décident soudainement, dimanche 20 septembre dans la matinée, d'un cessez-le-feu sur les deux fronts, celui de Zabadani, à proximité de la frontière libanaise, et ceux de Fouah et Kafraya dans la province d'Edleb.
Dès samedi soir, Ahrar ach-Cham, la principale formation rebelle de Jeich al-Fateh, d'obédience islamiste, avait proposé un cessez-le-feu contre un arrêt de l'offensive du Hebollah et de l'armée loyaliste contre Zabadani. L'offre était acceptée par le pouvoir et le Hezbollah et les adversaires se sont mis d'accord pour un cessez-le-feu limité à 48 heures.
Un accord de cessez-le-feu en 25 points
Un accord en 25 points, supposé être surveillé par l'ONU, a été conclu après que les factions rebelles qui font partie de Jeich al-Fateh, y compris le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) aient accepté les conditions négociées par Ahrar al-Sham.
L'accord inclut également les villes proches de Zabadani, comme Madaya; Baqin, et Sarghaya, toujours aux mains des rebelles. Selon l'un des points de l'accord, les rebelles, blessés et les civils qui se trouvent encore à Zabadani devront être évacués vers la province d'Edleb. Les femmes, les enfants de moins de 18 ans, et les hommes de plus de 50 ans des localités de Faouah et Kafraya seraient autorisés à rester chez eux, mais leur nombre serait  limité à 10.000. Le pouvoir devra également libérer 500 prisonniers, et le blocus des deux enclaves de Fouah et Kafraya et les zones rebelles dans la province de Damas devra être levé.
Les points concernant l'évacuation des populations supposent que les uns et les autres se rallieraient finalement à l'idée d'une Syrie éclatée entre une zone sunnite et une zone contrôlée par le pouvoir.
Un autre point important concerne l'engagement du pouvoir de Damas d'arrêter les attaques aériennes sur la ville d'Edleb et de villes voisines comme Binnish, Taftanaz et Maarath Misrin.
Peu d'espoir que l'accord de cessez-le-feu dure au-delà de 48 heures
Il ne faut pas se faire trop d'illusions, cependant, sur la durée du cessez-le-feu. Un porte-parole rebelle a, en effet, nié qu'un accord ait été atteint au-delà des quarante-huit heures prévues dans l'accord.
L'arrivée de troupes russes modifie les conditions surplace
Un phénomène nouveau pourrait donner tort à ce porte-parole de la rébellion, cependant. Il s'agit de l'arrivée de plus en plus voyante de militaires et de matériel lourd russes sur le territoire syrien. La présence de ce contingent russe sur le terrain syrien a sans doute rendu la rébellion plus conciliante, une rébellion qui reçoit ordres et matériels de sponsors régionaux (Turquie, Arabie saoudite, Qatar). La situation de dépendance est similaire pour le pouvoir de Damas dont la survie ne tient qu'au soutien russe et iranien et qui devra donc se plier aux ordres de Moscou ou de Téhéran. On sait que Téhéran est favorable à une partition de la Syrie pour maintenir une continuité territoriale avec un pays qu'il considère comme stratégique dans son intention affirmée de "libérer Jérusalem" : le Liban.

Jean René Belliard

 

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