19/09/2015

Syrie : Contacts entre Russes et Américains - 19 septembre 2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 11 septembre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 19 septembre 2015. Beaucoup d'autres informations importantes sont contenues et analysées dans la newsletter envoyée aux abonnés.
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Contacts entre Russes et Américains
Les Etats-Unis et la Russie ont entamé un dialogue militaire sur la situation en Syrie.
Le secrétaire à la Défense américain Ashton Carter, qui n'avait jamais eu de contact avec son homologue russe Sergueï Choïgou depuis son entrée en fonction en février 2015, s'est entretenu avec lui pendant près d'une heure, vendredi matin 18 septembre.
Les deux ministres ont notamment convenu de "poursuivre les discussions" entre militaires sur les moyens d'échanger des informations sur les activités des différentes parties en Syrie, pour éviter tout incident.
Bien sûr, un dialogue entre militaires est devenu nécessaire
Avec la montée en puissance de la présence militaire russe sur le territoire syrien, il était devenu urgent d'entamer un dialogue entre militaires américains et russes pour éviter les bavures toujours possibles quand plusieurs armées opèrent sur le même territoire, surtout si celui-ci est assez réduit. Il ne faut pas écarter non plus la rivalité classique entre pilotes chargés au testostérone et drogués à l'adrénaline qui ont plus eu l'habitude de rivaliser en vol que de coopérer, ce qui pourrait aboutir à un fâcheux incident.
Mais le problème est politique
Il porte essentiellement sur l'avenir de la Syrie. Encore une fois, il ne faut pas prendre le problème à l'envers. La priorité est de se poser la question de savoir si la mosaïque de peuples et de groupes confessionnels, qui composait la Syrie jusqu'à l'éclatement de la guerre civile, a toujours l'intention de composer une communauté nationale. La réponse n'est pas certaine. C'est d'ailleurs également le cas de l'Irak.  Et dans le cas où la réponse serait positive, quelles sont alors les étapes à réaliser ? Il faut tout d'abord s'entendre sur qui exercera le pouvoir. Ensuite, il faudra "forcer" le désarmement de toutes les milices et cela ne sera pas facile à réaliser. Mais seul un pouvoir reconnu et accepté par tous pourra donner une légitimité à cette seconde étape, celle du désarmement.
Le problème est qu'Obama et Poutine ne se parlent pas
Vendredi 18 septembre, le secrétaire d'Etat John Kerry a déclaré que le président Barack Obama considérait les discussions militaires avec la Russie à propos de la Syrie comme une étape importante et dit espérer qu'elles auraient lieu sous peu.
"Nous restons focalisés sur la destruction de l'EI, ainsi que sur un accord politique en ce qui concerne la Syrie, qui ne pourra être atteint avec la présence d'Assad sur la durée", a déclaré le chef de la diplomatie américaine à la presse. "Nous sommes à la recherche de voies pour trouver un terrain d'entente."
Le problème est qu'Obama n'apprécie par Poutine et sans doute vice et versa. Les deux hommes ne se parlent pas. On le voit encore aujourd'hui avec l'organisation de ce dialogue entre ministres de la défense alors qu'il devrait être au niveau des chefs d'Etat. Si les dirigeants des deux superpuissances s'étaient parlés, la crise ukrainienne n'aurait pas atteint le degré de dangerosité qu'on lui connait. Il a fallu qu'Andrea Merkel, la chancelière allemande, joue les intermédiaires pour maintenir un minimum de dialogue. La politique de la chaise vide pendant les jeux olympiques d'hiver de Sotchi, imposée par Obama aux autres dirigeants du G8, a été ressentie comme un affront par Vladimir Poutine. Aucun dirigeant occident n'a honoré de sa présence les jeux olympiques qui étaient la fierté du dirigeant russe. Il en a été de même du G8, toujours à Sotchi. Cette politique de la chaise vide a eu des conséquences catastrophiques pour beaucoup de points chauds du globe. Il est absolument nécessaire que les dirigeants européens cessent de suivre Obama dans ce jeu de la chaise vide dont on voit aujourd'hui les conséquences catastrophiques submerger l'Europe. Il faudra malheureusement attendre 2017 pour voir à la tête de l'Etat français un dirigeant jaloux de l'indépendance de la diplomatie française, une marque de fabrique du gaullisme qui a permis à la voix de la France d'être entendue, sinon écoutée.

Jean René Belliard

 

20:01 Publié dans Barack Obama, Etats-Unis, John Kerry, Pentagone, Russie, Sergueï Choïgou, Syrie, Vladimir Poutine | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

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