18/09/2015

Cellules dormantes de l'Etat Islamique au Kurdistan - 18 septembre 2015


Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 11 septembre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 18 septembre 2015
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Cellules dormantes de l'Etat Islamique au Kurdistan
Quelques mois après qu'une voiture piégée ait ravagé une rue animée à proximité du consulat américain à Ankawa, un quartier d'Erbil, le Département d'Etat américain avait émis, le 30 Juillet 2015, un avertissement d'urgence à ses citoyens concernant des menaces crédibles.
L'avertissement était justifié par le fait que des cellules dormantes opéreraient dans la région autonome du Kurdistan irakien. Déjà, un kamikaze avait visé des militants kurdes à la frontière turque en Juillet 2015
Des centaines de Kurdes dans les rangs de l'Etat Islamique
Des centaines de Kurdes se battent dans les rangs de l'Etat Islamique à la fois en Syrie et en Irak. Ces Islamistes kurdes sont très utiles pour l'EI car ils peuvent se déplacer plus facilement à l'intérieur de la région autonome. C'est d'ailleurs une tactique jihadiste de confier à des autochtones le soin de mener des opérations-suicides dans une région ou un pays.  Les services de sécurité kurdes, en effet, comme beaucoup de leurs confrères dans d'autres pays, s'attendent à ce que ce soit des Jihadistes arabes qui soient susceptibles de faire les attentats.
Aussi, l'arrestation, le 18 mai 2015,  de six Kurdes, membres d'une cellule de l'Etat Islamique, a provoqué une onde de choc au sein des services de sécurité kurdes. Il n'y avait pas vraiment des points de contrôle strictes avant cette date parce que les services de sécurité ne pensaient pas qu'il pourrait y avoir de Kurdes jihadistes.
On pensait jusqu'alors que les Islamistes kurdes ne représentaient qu'une minorité infinitésimale et étaient dans l'incapacité de nuire. Mais il a fallu se rendre à l'évidence : Il y a dans la région autonome du Kurdistan une tendance croissante à l'islamisation. Or, pour ces Islamistes, la religion passe avant l'ethnicité.
Le problème sécuritaire de Kirkouk
La ville de Kirkouk a longtemps été habitée par des communautés kurde, turcomane et arabe. Mais la démographie de la ville avait changé lorsque Saddam Hussein était au pouvoir. En effet, ce dernier avait cherché à la peupler majoritairement d'Arabes en leur offrant des habitations ou des terres. Depuis la chute du dictateur, les Kurdes ont commencé à y revenir et la Constitution prévoyait la tenue d'un référendum pour décider si la ville devait être incorporée ou non à la région autonome du Kurdistan. A l'occasion de l'offensive de l'Etat Islamique en juin 2014, les forces kurdes se sont repliées sur Kirkouk, amenant avec elles un grand nombre de réfugiés kurdes ou de membres des minorités turcomanes, chrétiennes  ou yazidies. Tel et si bien que la démographie de la ville s'est à nouveau modifiée, au grand dam des Arabes. Par réaction, nombre d'entre eux ont des sympathies pour l'Etat Islamique si bien que la ville est aujourd'hui le point faible du système de défense kurde contre les attaques jihadistes.
Il faut s'attendre à ce que la ville de Kirkouk devienne un pivot de l'activité terroriste dans le Kurdistan irakien. Les Jihadistes ont la possibilité de s'y cacher et de préparer leurs attentats au milieu d'une population qui adhère à leurs buts. A contrario, les Jihadistes sont livrés à eux-mêmes s'il décident de mener une action terroriste dans la ville d'Erbil où ils ne disposent pas d'appuis. Ils sont alors obligés d'employer des tactiques similaires à d'autres «loups solitaires» revendiquant leur affiliation à l'Etat Islamique dans d'autres pays.
500.000 réfugiés arabes au Kurdistan irakien
L'arrivée au Kurdistan irakien de 500.000 réfugiés arabes fuyant l'avancée de l'Etat Islamique pose également un défi sécuritaire. Les services de sécurité kurdes avouent qu'ils n'ont pas été "filtrés" au moment de leur arrivée en raison du chaos qui régnait dans la région à ce moment. Or, tout le monde s'accorde sur le fait qu'il pourrait y avoir des membres de l'Etat Islamique parmi eux, même si la plupart de ces Arabes appartiennent à des minorités religieuses ou ethniques fuyant les persécutions des Jihadistes.
Le risque "zéro" n'existe pas
Même les services de sécurité et de lutte anti-terroriste les plus performants ne peuvent éliminer tout risque terroriste. Il n'y a pas de sécurité absolue ! Les services de sécurité kurdes ont jusqu'ici réussi à éliminer un grand nombre de menaces terroristes venues de l'extérieur du Kurdistan mais le challenge est aujourd'hui d'identifier les menaces provenant de l'intérieur de la région autonome. Il s'agit là d'un nouvel enjeu auquel les membres des services kurdes ne sont pas encore préparés ni mentalement ni en termes d'organisation. Personne ne s'attendait à devoir identifier des Jihadistes membres de l'Etat Islamique au sein de sa propre communauté ethnique et de sa propre culture.

Jean René Belliard

 

19:43 Publié dans Erbil, Etat Islamique, Etats-Unis, Kirkouk, Kurdistan, Turkmènes, Yazidis | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

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