17/09/2015

Que viennent faire les Russes dans la galère syrienne ? - 17 septembre 2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 11 septembre 2015
Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-après un extrait de la newsletter du jeudi 17 septembre.
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De plus en plus de preuves de la présence militaire russe en Syrie
Il y a de plus en plus de preuves sur la préparation d'une Intervention militaire russe en Syrie. Les Américains ont observé trois avions militaires russes, dont deux avions de transport militaire AN-124 "Ruslan", atterrir sur un aéroport de la région de Lattaquié en Syrie. L'imagerie satellitaire américaine a également révélé la présence d'au moins quatre hélicoptères, dont des hélicoptères de combat, sur un aérodrome syrien.
Les Américains ont également remarqué la construction de bâtiments préfabriqués capables d'accueillir un millier de soldats. Les Russes ont également apporté des équipements pour le contrôle de l'espace aérien et construisent une nouvelle tour de contrôle. Pour Washington les Russes sont en train d'équiper cet aéroport pour en faire un centre des opérations aériennes.
Les Russes sont des joueurs d'échec
On peut se poser la question de la raison qui pousse les Russes a augmenter leur présence en Syrie et à, éventuellement, prendre le risque de se retrouver impliqués dans ce complexe conflit. Il ne faut pas oublier que les Russes sont des joueurs d'échec invétérés. Or, la Russie subit de plein fouet un embargo économique imposé par les Occidentaux, Américains en tête, pour leur faire lâcher prise sur l'Ukraine. En devenant la pièce maitresse du règlement de la crise syrienne, les russes vont pousser les Occidentaux à se montrer plus conciliants sur la partie russophone de l'Ukraine. Par ailleurs, il ne s'agit pas d'un "coup sur l'échiquier" du monde inutile. Il y a en Syrie, au sein de Jeich al-Fateh, comme de l'Etat Islamique, un grand nombre de Caucasiens que les autorités sécuritaires russes aimeraient bien mettre hors d'état de nuire.
Il s'agit d'une hypothèse, bien sûr.

Un important convoi de véhicules russes aperçu en route vers Hama
Un important convoi de véhicules russes aurait été aperçu en mouvement au centre de la Syrie mercredi, 16 septembre. Ceci fait craindre que  le soutien russe au régime de Bachar al-Assad en difficulté se transforme en engagement direct de la Russie dans la conduite de la guerre.
Les groupes d'opposition syriens qui ont observé le convoi en milieu de matinée du mercredi 16 septembre, affirment qu'il se dirigeait vers la périphérie de Hama, au centre de la Syrie.
Un véhicule russe de brouillage des communications aurait également été aperçu dans la région de Lattaquié. Il s'agit d'un véhicule R-166-0,5 (ultra) émettant des signaux à haute fréquence (HF / VHF).
Le R-166-0,5 permet aux troupes russes éloignées de leur QG de Tartous ou Lattaquié de communiquer avec leurs bases sans être gênées par les systèmes de brouillage.
Les Russes boucliers de Bachar al-Assad en attendant qu'ils imposent une solution
La présence de troupes russes au nord de la ville de Hama, signifierait automatiquement un coup d'arrêt à la progression des rebelles de Jeich al-Fateh par crainte de les voir affronter les Russes. Leurs sponsors, Turcs, Saoudiens et Américains ne le permettraient pas. Rappelons que la "Syrie utile" va de Lattaquié au plateau du Golan et inclut Homs, Hama et Damas. Or le temps presse. Les rebelles de Jeich al-Fateh, après avoir conquis la province d'Edleb, ont pénétré dans la province de Lattaquié et pourraient venir menacer directement les bases russes de Lattaquié et Tartous. L'armée loyaliste est en complète déliquescence, tant en raison de la fatigue des troupes que du matériel. Il est possible de remplacer et moderniser le matériel, pas les hommes. Les Iraniens sont déjà très engagés sur les théâtres syrien, irakien et yéménite. Quant au Hezbollah, il a déjà engagé pratiquement toutes ses forces dans la guerre civile syrienne. Il ne reste donc que les Russes pour servir de bouclier au pouvoir chancelant de Bachar al-Assad, en attendant une solution qui finira par être imposée par Moscou. Car il ne faut pas se tromper : Vladimir Poutine fait peu de cas de l'avenir de Bachar al-Assad. Il le conservera à sa place tant qu'il n'aura pas trouvé une solution pour le remplacer tout en conservant l'influence de la Russie sur cette région, sa présence militaire et les moyens de venir à bout de l'islamisme armé dont il a horreur.
Moscou se soucie fortement de l'avenir de la Syrie
L'activisme de la Russie s'inscrit dans le cadre d'une vaste offensive diplomatique sur l'avenir de la Syrie, ainsi que dans le cadre des efforts internationaux pour lutter contre l'État islamique qui contrôle une grande partie du pays. Au cours des dernières semaines, Moscou a accueilli les dirigeants saoudiens et envoyé ses diplomates à Riyad, tout en essayant de rallier l'Iran, les Etats-Unis et l'Europe à sa conception d'un calendrier pour ramener la paix en Syrie. Les Occidentaux auraient tout intérêt à écouter ce que propose Vladimir Poutine. Ses propositions devraient fournir la base pour une coopération entre la Russie, les Etats-Unis, les Européens et les pays arabes.
Vladimir Poutine a déjà beaucoup parlé aux dirigeants arabes (le président égyptien Sissi, le ministre saoudien de la défense Mohammed ben Salmane, et le roi Abdallah de Jordanie). Il a fait des propositions pour détruire l'Etat Islamique tout en restant vague sur le sort de Bachar al-Assad. C'est précisément ce dernier point qui a été rejeté par les Saoudiens qui insistent sur un départ de Bachar al-Assad avant toute décision. Mais il faut reconnaître que Vladimir Poutine est plus raisonnable que la monarchie saoudienne : Comment faire partir un dictateur, certes, sans prévoir à l'avance ce qui suivra derrière. On a déjà vu comment, pour ne pas avoir répondu à cette question correctement en Irak et en Libye, ce que cette indécision a provoqué.

Jean René Belliard

 

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