14/09/2015

Le chef des services de renseignement militaire algérien mis à la retraite

Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous, un extrait de la newsletter du 14 septembre 2015.
Pour vous abonner, demander des informations à
ptolemee@belliard74.com


Le chef des services de renseignement militaire algérien mis à la retraite
Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a mis fin aux fonctions du puissant chef des services de renseignement militaire algériens, le général Mohamed Mediene, dit "Toufik", a annoncé dimanche 13 septembre, un communiqué de la présidence.general_toufik.jpg
Né en 1939, dans la région de Guenzet de la wilaya de Sétif, Mohamed Lamine Mediene avait dirigé le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) depuis 1990. C'est le haut-gradé algérien qui est resté le plus longtemps à son poste.
Après avoir servi dans les rangs de l'Armée nationale populaire (ANP), il a été envoyé en URSS pour suivre une formation au sein du KGB. Il faisait partie de la «Promotion tapis rouge», une promotion d'agents de renseignement formés au KGB. (ci-contre : Mohamed Mediene)
Le reste de sa carrière sera un parcours qui le mènera des frontières Ouest comme agent de terrain a la tête du DRS douze ans plus tard, en passant par différents postes comme celui d'attaché militaire à Tripoli ou du chef du Département des affaires de défense et de sécurité (un poste de coordination entre les services de sécurité rattaché à la présidence) en 1986, qui révélera, au grand public sa véritable identité, son nom figurant dans le décret de nomination signé par le Président Chadli Benjedid.
Athmane Tartaq remplace "Toufik" à la tête du DRS
M. Bouteflika a nommé à sa place son conseiller à la sécurité, le général Athmane Tartag dit "Bachir", qui fut longtemps le numéro 2 du DRS. Le général Tartag, dit "Bachir" a effectué la majorité de sa carrière au sein de la sécurité de l'armée, où il a tenu le célèbre CPMI durant les années 90. Il sera nommé en 2011, à la sécurité intérieure avant d'être mis à la retraite en 2013.
Toufik était le dernier chef militaire en activité parmi le collège des généraux qui avait barré la route du pouvoir aux islamistes du Front islamique du salut (FIS), après leur victoire en 1992 aux premières législatives pluralistes de l'histoire du pays. C'est après l'annulation de leur victoire que les islamistes algériens avaient lancé une insurrection armée qui a fait 200.000 morts dans les années 90.
Lors de cette période, le DRS a étendu ses pouvoirs et son chef, jamais apparu en public, était devenu l'homme le plus puissant du pays. Dimanche 13 septembre, sa photo est apparue pour la première fois sur le journal an-Nahar. On le voit habillé en costume et cravaté, les yeux dissimulés derrière des lunettes de soleil.
Toufik progressivement dépouillé de ses responsabilités depuis 2013
Depuis fin 2013, le clan Bouteflika avait commencé à dépouiller l'homme fort d'Algérie de plusieurs de ses pouvoirs. Il lui avait retiré, notamment, la responsabilité sur le GIS. Le Groupe d'Intervention Spéciale avait été créé par le général Lakhel Ayat Mejdoub, avant d'être renforcé dans les années quatre-vingt par le général Mohamed Betchine. Il était alors placé sous l'autorité du général-major Gaïd Saleh, l'un des fidèles du clan Bouteflika (Abdelaziz, le président, et Saïd Bouteflika, conseiller auprès de la présidence algérienne mais vrai détenteur du pouvoir décisionnaire). Saïd Bouteflika.jpg
Autre signe avant-coureur de la "mise à la retraite" de Toufik,  le limogeage par le clan Bouteflika du colonel Fawzi, alors chef du service presse du DRS et son remplacement par le colonel Okba, bien que ce dernier soit étranger au monde des médias. Par cette décision, le général Toufik se voyait retiré tout accès direct aux médias, lui qui avait toujours pris un grand soin à cultiver son image d'«homme fort» de l'Algérie auprès de la presse algéroise.
Puis on lui a retiré la Direction centrale de la sécurité de l'armée que dirigeait le général M'Henna Djebbar, autre fidèle de Toufik. Et enfin, le clan Bouteflika a privé Toufik du service judiciaire qui était rattaché à la Direction du personnel et de la justice militaire.
Une vengeance du clan Bouteflika
Le général Toufik a vraisemblablement été "puni" pour sa campagne anti-corruption ayant visé le clan Bouteflika, et en particulier Saïd Bouteflika, le frère du président. Le clan lui reprochait également de ne pas avoir soutenu un quatrième mandat de l'actuel président, frappé par un AVC en 2013. (ci-contre Saïd Bouteflika)
Avec le départ du général "Toufik", le clan Bouteflika  semble avoir réussi à s'imposer à l'armée considérée comme la détentrice réelle du pouvoir dans le pays.

Jean René Belliard

 

Les commentaires sont fermés.