10/09/2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord du 10 septembre 2015

Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigé à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants. Ci-dessous : un extrait de la newsletter du 10 septembre 2015
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Les Etats-Unis modifient leur programme de formation des rebelles syriens
Reconnaissant les graves lacunes qui ont entaché le programme de formation des rebelles dans le cadre de la lutte contre l'Etat Islamique en Syrie, le Pentagone est en train d'élaborer de nouveaux plans pour le réorganiser de manière significative. Il est évident que de graves erreurs ont été commises en renvoyant en Syrie les premiers combattants formés dans une zone peu sûre, sans leur avoir fourni les renseignements utiles au préalable et avec une formation et des équipements insuffisants.  Trop de garde-fous avait été imposés au programme afin d'éviter l'entrisme d'éléments islamistes alors que la majorité des rebelles sont d'obédience islamiste. On en revient à un principe universel rendu célèbre par le film "Le bon, la bête et le truand"  : Quand on tire, ,on tire, on ne cause pas.
Les modifications sont sensées tirer la correction subie par le premier contingent de 54 rebelles syriens renvoyés en Syrie et complètement anéanti par les Jihadistes du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) à la fin de Juillet 2015. Deux commandants du groupe pro-américain et plusieurs de ses combattants avaient été capturés tandis que d'autres étaient tués le lendemain.
Le premier groupe de 54 combattants
Les 54 combattants syriens sélectionnés dans les rangs de la Division 30, une formation de l'Armée Syrienne Libre, avaient suivi un programme de formation et d'équipement autorisé par le Congrès américain en 2014 pour un budget global de 500 millions $. Il s'agissait d'un programme géré par les forces spéciales américaines, avec l'aide d'autres formateurs militaires alliés. Ce programme était séparé d'un autre programme secret dirigé par la CIA.
Mais les critères de sélection se sont révélés inapplicables dans le contexte syrien où il était très difficile de trouver des candidats à la formation totalement exempts de soupçons d'islamisme. Finalement, parmi les 1200 rebelles qui étaient volontaires pour suivre le stage d'entrainement U.S. seuls quelques dizaines ont été admis par les responsables de la sélection. Il est très vite apparu, dans ces conditions que l'objectif de former 5.000 combattants rebelles à la lutte contre l'Etat Islamique était irréalisable sans une profonde modification des critères de sélection.
Une autre faiblesse du système a tenu au fait que les Américains se sont appuyés sur la Division 30. Or, cette brigade rebelle n'était ni la plus nombreuse, ni la plus puissante des factions rebelles. Celles sur lequel les sélectionneurs américains auraient du s'appuyer n'ont pas été retenues en raison de leur penchant islamiste, même si elles étaient mieux financées, mieux équipées et mieux motivées et auraient représenté une force beaucoup plus efficace pour lutter contre l'EI, l'objectif principal. 
Il y avait aussi un problème de motivation. Les rebelles sélectionnés ont été renvoyés en Syrie avec la mission de s'attaquer uniquement aux Jihadistes de l'Etat Islamique, à l'exclusion de l'armée loyaliste. Or, pour les rebelles, l'armée de Bachar al-Assad est l'ennemi principal.
Un seul point positif : la couverture aérienne
Au moins une partie du programme américain a bien fonctionné : la capacité à fournir une couverture aérienne en temps réel aux rebelles. Drones Predator sont rapidement intervenus pour aider la Division 30 à résister aux attaques des Jihadistes du Front al-Nosra, tuant des dizaines d'entre eux.
Les lacunes répertoriées
Les évaluations militaires américaines qui ont fait suite à ce premier désastre a révélé plusieurs lacunes criantes dans le programme : Les rebelles ont été mal préparés à leur mission. Ils ont été renvoyés en Syrie en trop petit nombre. Ils n'ont bénéficié d'aucun soutien de la population locale. Ils disposaient de mauvais  renseignements sur leurs ennemis. Ils sont retournés en Syrie pendant la fête de l'Aïd, et beaucoup ont été autorisés à se rendre en congé pour visiter des parents, dont certains dans les camps de réfugiés en Turquie. Il se peut que leurs adversaires jihadistes aient alors été informés de leurs mouvements et de leur mission. D'autres n'ont pas pu regagner la Syrie parce que les postes frontaliers étaient fermés. On mesure, à l'énumération de ces lacunes, l'énormité de l'impréparation du contingent.
Un autre problème du programme de formation tient au fait, qu'une fois terminé, les officiers américains n'ont plus le contrôle direct des éléments qu'ils viennent d'entraîner en raison de l'interdiction qui leur est faite par Washington d'entrer sur le territoire syrien. Une fois retournés au combat, les combattants formés par les conseillers américains sont livrés à eux-mêmes.
Une dernière erreur pour terminer : Alors que la plupart des combattants sélectionnés au sein de la division 30 pour suivre le programme étaient des Arabes sunnites, les Américains ont mis à la tête du petit groupe Nadim Hassan, un Turkmène dont peu de gens avaient entendu parler auparavant. De nombreux rebelles  ont été indisposés par cette décision et ont pensé qu'elle avait été exigée par le gouvernement turc.
Les options américaines
Il semble que les Américains ont compris qu'ils devaient refondre complètement le programme de formation de rebelles syriens. Ils doivent avant tout élargir la taille des contingents en formation qui seront renvoyés en Syrie. Il leur faudra également mieux choisir l'endroit où ils pourraient être renvoyés au combat en tenant compte de la nécessité de bénéficier d'un soutien local. Il est par conséquent nécessaire de travailler particulièrement la question du renseignement fourni aux combattants.
"Comme dans toute entreprise difficile, nous nous attendions à des revers et des succès, et nous devons être réalistes quant à nos attentes", a déclaré le Capitaine Chris Connolly, porte-parole de la task force militaire américaine chargée de former les rebelles syriens. «Nous savions que cette mission allait être difficile dès le début," a-t-il ajouté.
Le Pentagone sous pression
Le Pentagone est sous pression. Il doit améliorer son programme de formation en Turquie et en Jordanie au moment où les yeux du monde entier sont fixés sur le sort de milliers de réfugiés  fuyant vers l'Europe pour échapper à l'oppression et aux conflits du Moyen-Orient. Il est désormais apparu que l'arrêt de cette migration de masse exige un effort international global pour apporter la paix et la stabilité dans les zones que les réfugiés fuient désormais. Or, il est évident que les Syriens qui fuient en masse leur pays ne le font pas seulement par crainte de la barbarie de l'Etat Islamique mais par crainte de la répression du pouvoir également.

Jean René Belliard

 

20:14 Publié dans Bachar el-Assad, CIA, Division 30, Etat Islamique, Etats-Unis, Front al-Nosra, Pentagone, Syrie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

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