06/09/2015

Blog sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord - 6 septembre 2015

Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord, rédigée à partir des informations réunies sur place par une quinzaine de correspondants.
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Crise migratoire (suite)


Allemagne
L'Allemagne a annoncé qu'elle ne renverait pas les réfugiés syriens vers le pays par lequel ils sont rentrés dans l'UE, comme le prévoient les accords de Dublin.
Un "train spécial" parti de Salzbourg, dans le nord de l'Autriche, est entré samedi 5 septembre vers 13H30 locales dans la gare de Munich, avec 200 à 250 migrants à son bord.
Une douzaine de trains réguliers partis d'Autriche, avec plusieurs centaines de passagers chacun, sont ensuite attendus en Bavière pour le reste de la journée, tandis qu'au moins quatre autres doivent poursuivre leur route jusqu'à Francfort (ouest).
Les hommes, femmes et enfants arrivés à Munich sont en cours d'acheminement vers les centres de premier accueil mis en place par la municipalité, qui assurera leur enregistrement puis leur répartition dans tout le pays.
Près de 17.000  migrants arrivés ou attendus  en Allemagne samedi 5 et  dimanche 6 septembre
Près de 17.000 migrants venus de Hongrie sont arrivés ou vont arriver en Allemagne via l'Autriche samedi 5 et dimanche 6 septembre, principalement par le train mais aussi par la route.
Bien que la situation soit "confuse", a averti un porte-parole de la police fédérale, les forces de l'ordre "se sont préparées" et ont organisé des cellules "dans toute l'Allemagne" pour accueillir et enregistrer les nouveaux arrivants.

Autriche
Un premier groupe de quelque 400 migrants transportés en bus par les autorités hongroises a traversé à pied la frontière autrichienne pour rejoindre un train à destination de Vienne spécialement affrété par les autorités autrichiennes.
Effectué sous la pluie, le trajet d'environ 5 kilomètres les a conduit, samedi 5 septembre du poste-frontière autoroutier de Nickelsdorf jusqu'à la gare du village éponyme, où un train spécial de la compagnie nationale ÖBB les attendait pour les conduire à Salzbourg, près de la frontière allemande.
L'autoroute ainsi que la route d'accès à Nickelsdorf ont été fermées à la circulation le temps du transit.
Une minorité de migrants qui souhaitaient formuler une demande d'asile en Autriche ont été conduits dans une salle de concert géante, pour accomplir des formalités avant d'être dirigés vers des hébergements.
10 000 migrants arrivent en Autriche samedi 5 septembre
10 000 migrants pourraient arriver dans la journée du samedi 5 septembre en Autriche, venant de Hongrie, a annoncé la police autrichienne. Samedi vers 12H30 (10H30 GMT), près de 6.500 migrants avaient déjà franchi à pied la frontière entre la Hongrie et l'Autriche. Cette arrivée massive faisait suite à la décision de Budapest de les conduire en car à la frontière commune.
L'Autriche tire le signal d'alarme
Le chef de la diplomatie autrichienne a appelé samedi 5 septembre l'Union européenne à "ouvrir les yeux", estimant que le transport en car de milliers de migrants par la Hongrie jusqu'à la frontière autrichienne montrait "à quel point c'est le bazar en Europe en ce moment".
"Bien que, Dieu merci, ce problème ait pu être résolu d'une façon humanitaire hier soir (vendredi), il faut ouvrir les yeux sur à quel point c'est le bazar en Europe en ce moment", a déclaré le ministre Sebastian Kurz en arrivant à une réunion de l'UE à Luxembourg. "J'espère que cela va réveiller" les dirigeants européens car "cela ne peut pas continuer comme ça", a-t-il ajouté.
M. Kurz s'est entretenu à Luxembourg avec son homologue macédonien, par où transitent les migrants arrivés en Grèce et qui essaient de gagner le nord de l'Europe. "Il a dit que chaque jour, des milliers (de personnes) viennent de Grèce en Macédoine pour continuer vers l'Autriche, l'Allemagne ou la Suède", a assuré le ministre autrichien, parlant d'une "hausse massive" du nombre de migrants tentant ce périple".
"Ceux qui pensent qu'il suffit d'attendre pour régler ce problème se trompent. Ceux qui pensent que l'hiver va régler le problème parce que ça va réduire le nombre (de migrants) ont peut-être raison en ce qui concerne la route méditerranéenne vers l'Italie, mais pas en ce qui concerne la route des Balkans occidentaux", a martelé M. Kurz.
La patience de Vienne a des limites
Le chancelier autrichien Werner Faymann a appelé à la tenue d'un sommet européen d'urgence sur les migrants, soulignant que la bonne volonté de son pays dans ce dossier ne pouvait être que temporaire et qu'une politique commune devait être adoptée sans tarder.
Le dirigeant social-démocrate a appelé à la tenue d'un sommet européen exceptionnel "immédiatement après" la réunion des ministres de l'Intérieur de l'UE prévue le 14 septembre à ce sujet.
"Il n'y a pas d'alternative à une solution européenne commune", a souligné M. Faymann. L'Autriche préconise notamment qu'outre la mise en place de quotas d'accueil, les pays de l'UE se dotent de règles communes concernant l'octroi du statut de réfugié.
Vienne plaide également pour la création de "hotspots" (centres d'accueil et de tri) aux frontières de l'UE, une solution préconisée par certains autres pays, comme la France, mais à laquelle la Commission europénne ne se montre pas favorable.

Chypre
Il n'y a aucune raison que le flux des réfugiés qui tentent de fuir le Moyen Orient s'arrête un jour. Il y a autour de la Syrie près de 4 millions vivant dans des conditions misérables autour de la Syrie (Turquie, Liban, Jordanie) et plus de 8 millions de déplacés à l'intérieur de la Syrie qui vivent dans des conditions encore plus effroyables. Tous ces gens sont maintenant informés que l'Europe est prête à les accueillir. Alors il faut bien comprendre que ces malheureux sont désormais prêts à tout pour échapper à l'enfer au risque de leur vie qui ne tient de toute façon qu'à un fil.
Plus de 100 Syriens ont encore été secourus, dimanche 6 septembre, au large de l'île méditerranéenne de Chypre après l'avarie de leur bateau.
Le petit bateau de pêcheur sur lequel étaient entassés 114 Syriens, parmi lesquels 54 femmes et enfants, a connu une avarie à quelque 40 miles du port chypriote de Larnaca, a précisé à l'AFP une source au sein du Centre de coordination des opération de sauvetage, sans plus de détails.
Les autorités ont indiqué avoir été alertées samedi soir de la présence d'un "petit bateau de pêche à la dérive". Après une opération de secours conjointe de la police et de l'armée, l'ensemble des passagers ont été ramenés à terre sains et saufs dimanche vers 07H00,
Selon le site du quotidien local Phileleftheros, certains d'entre eux auraient expliqué avoir payé plus de 4.000 dollars (3.600 euros) à un passeur pour aller "en Europe". Le quotidien affirme que trois personnes soupçonnées de trafic d'êtres humains étaient interrogées par la police, dont l'un serait le capitaine du bateau.
Chypre est le pays de l'Union européenne le plus proche des côtes syriennes, distantes d'une centaine de kilomètres, mais il n'a pas connu de flux massifs en provenance de ce pays en conflit depuis 2011.

Egypte
L'armée égyptienne a affirmé dimanche6 septembre avoir arraisonné en Méditerranée, au large d'Alexandrie, trois bateaux de pêche sur lesquels étaient entassés 228 migrants, et avoir arrêté 17 membres d'équipages.
La côte méditerranéenne de l'Egypte et de la Libye voisine sont régulièrement le point de départ de bateaux affrétés par des passeurs pour transporter vers l'Europe des migrants, certains fuyant les zones de conflits du Moyen-Orient comme la Syrie mais aussi la misère de certains pays d'Afrique.
"Des unités des forces navales, durant leur mission de sécurisation de la côte méditerranéenne, ont repéré trois bateaux de pêche suspects au large d'Alexandrie", dans le nord, assure l'armée dans un communiqué publié sur son compte Facebook.
"En les inspectant, elle a trouvé, en plus des 17 membres des équipages, 228 personnes de différentes nationalités qui tentaient d'émigrer illégalement à partir de l'Egypte".
Les migrants et les équipages ont été ramenés sur la base de la marine nationale à Alexandrie, "où ils ont reçu les traitements médicaux nécessaires et ont tous été remis aux autorités chargées de l'enquête et des mesures judiciaires à leur égard", conclut l'armée. 

Finlande
Le Premier ministre finlandais Juha Sipilä a annoncé à la télévision publique samedi 5 septembre qu'il se proposait d'héberger des réfugiés dans une maison à la campagne qu'il occupe rarement du fait de ses fonctions à Helsinki.
M. Sipilä gouverne avec une coalition où figurent les Vrais Finlandais, parti eurosceptique et anti-immigration qui souhaite maintenir le nombre d'asiles accordés aux niveaux récents, soit entre 750 et 1.050 chaque année.
Les capacités d'accueil de la Finlande pour demandeurs d'asile sont actuellement saturées, le pays recevant un flux inhabituel de réfugiés qu'il n'avait pas anticipé. Vendredi, le gouvernement a porté à 30.000 son estimation du nombre de demandes d'asile en 2015, soit sept à huit fois plus qu'en 2014.
La région du nord-ouest où M. Sipilä a proposé sa maison est peu peuplée mais elle est touchée particulièrement par la pénurie de logements, avec l'arrivée de d'environ300 réfugiés chaque jour depuis la Suède voisine.

France - François Fillon est le seul à ce jour à aborder le problème concrètement
Pour traiter au fond le problème de la crise migratoire, la seule proposition sensée entendue à ce jour de la part des hommes politiques est celle émise (en partie) samedi 5 septembre à La Baule par François Fillon : tout d'abord, s'entendre avec les grandes puissances mondiales et régionales, ce qui suppose nécessairement la Russie et l'Iran pour trouver une solution politique à la crise.
J'ajoute que ceci exige d'accompagner les efforts russes pour trouver une solution au remplacement de Bachar al-Assad. Abandonner l'idée d'en faire un préalable aux discussions, mais plutôt une suite logique d'éventuels accords. Et seulement alors, aider le nouveau pouvoir syrien issu du plan de paix à traiter le problème des milices armées présentes dans le pays dans le cadre d'une coalition internationale.

Grande Bretagne
Le gouvernement britannique est prêt à accueillir 15.000 réfugiés syriens. Le Royaume uni n'avait accepté à ce jour que 216 réfugiés syriens depuis un an et quelques 5.000 Syriens avaient obtenu le droit d'asile depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011.
Mais le Premier ministre britannique David Cameron, sensible aux nombreuses pressions à l'intérieur du pays ou de la part d'autres pays européens, est maintenant convaincu qu'il doit faire plus pour s'occuper sérieusement de la crise des réfugiés. Jeudi 3 septembre, il s'était dit "profondément ému" par les images montrant le corps d'un petit Syrien de trois ans, Aylan Kurdi, retrouvé noyé sur une plage en Turquie.
Il propose désormais d'étendre le programme britannique de relogement des personnes vulnérables pour recueillir environ 15.000 réfugiés syriens et de lancer des opérations militaires contre les passeurs.
La Grande-Bretagne, toutefois, refuse toujours de participer à un système de quotas pour prendre en charge les demandeurs d'asile à travers l'Union européenne, malgré les demandes pressantes de cette dernière pour une répartition plus équitable.
Certains pensent que la résolution de la crise des réfugiés passe par l'extension des raids aériens contre l'EI
Le Premier ministre n'est pas le seul en Europe à croire que la solution de la crise migratoire passe par un écrasement sous les bombes de l'infrastructure jihadiste en Syrie. D'autres en Europe ont émis la même hypothèse. IMais il ne faut pas oublier que la population sunnite de Syrie n'a pas seulement fui les atrocités de l'Etat Islamique mais également la répression policière du pouvoir syrien. Selon les informations connues aujourd'hui, M. Kurdi, commerçant à Damas, avait été incarcéré dans les geôles syriennes avant, une fois libéré, de vendre son commerce et fuir, d'abord à Kobane, puis de la ville kurde syrienne, il est passé en Turquie dans l'intention de gagner le Canada. Mais c'est à la fois du régime syrien et des Jihadistes de l'EI qu'il a voulu mettre sa famille à l'abri. Nier qu'une partie de la population syrienne craint tout autant les atrocités jihadistes que la férocité du pouvoir, c'est provoquer à l'exode définitif une dizaine de millions de Sunnites syriens.
En attendant, David Cameron croit à cette seule solution pour résoudre la crise migratoire et espère parvenir à convaincre les députés du Parti travailliste (opposition) de soutenir son intention de bombarder l'Etat Islamique en Syrie lors d'un vote au début du mois prochain.
L'ex-archevêque de Canterbury et le chef de l'église anglicane soutiennent le projet de frappes aériennes
Dimanche, David Cameron a obtenu un soutien inattendu pour la mise en oeuvre de frappes aériennes contre le groupe Etat islamique: l'ex-archevêque de Canterbury et le chef de l'Eglise anglicane, George Carey. La Grande-Bretagne doit aider à "écraser" l'Etat islamique et des "frappes aériennes" seront peut-être nécessaires, écrit M. Carey dans le Sunday Telegraph.
"Je n'estime pas suffisant d'envoyer de l'aide humanitaire aux camps de réfugiés du Moyen-Orient. Il faudrait plutôt de nouveaux efforts militaires et diplomatiques pour écraser la double menace de l'Etat islamique et d'al-Qaïda une fois pour toutes", estime-t-il.
Il faut pourtant bien constater que depuis la fin de l'été 2014, depuis qu'une coalition antijihadiste conduite par les Etats-Unis bombarde les zones où sévit l'EI en Syrie et en Irak, les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Grèce - Chaos et tension sur les îles de Kos et Lesbos
Des renforts policiers et l'armée ont été mobilisés dimanche 6 septembre pour faire face à l'afflux de milliers de réfugiés et migrants sur l'île égéenne de Lesbos, tandis que deux attaques au cocktail Molotov ont visé des Syriens, a indiqué la télé publique Ert 1.
Les autorités concentrent leur effort pour "alléger le plus vite possible l'île d'un grand nombre de réfugiés, afin que les flux redeviennent tolérables" tant pour la population que pour les déplacés eux-mêmes, a souligné le ministre à la politique migratoire, Iannis Mouzalas, en visite sur place.
Selon un source policière, la tension est encore montée d'un cran dans la nuit, quand deux agresseurs à moto ont jeté deux cocktails Molotov contre des réfugiés dormant dans des parcs du chef-lieu, Mytilène. Un Syrien a été légèrement blessé et un suspect arrêté, selon la même source.
Les forces antiémeutes ont par ailleurs chargé à la matraque dans la matinée une foule de migrants attendant d'être enregistrés pour mettre fin à des heurts entre Syriens, traités en priorité, et Afghans, a indiqué Ert 1.
Deux brigades de forces antiémeutes sont arrivées dimanche en renfort alors que ces affrontements sont récurrents sur l'île, où les déplacés s'impatientent, anxieux de saisir l'occasion de l'ouverture des frontières allemandes. Les forces de l'ordre sur place sont régulièrement accusées de violences par les ONG.
Selon Ert 1, 60 policiers ont également été dépêchés pour accélérer les procédures d'enregistrement des exilés, préalable à leur embarquement pour Athènes d'où ils espèrent rejoindre l'Europe occidentale. L'armée sera aussi mise à contribution pour la distribution de nourriture et l'installation de camps d'accueil, alors que le manque d'infrastructure livre à leur sort et à la rue de nombreux exilés, a ajouté la chaîne publique.
Les autorités de Lesbos et des autres îles de la région, comme Kos, s'affirment débordées par les arrivées, qui se poursuivent au rythme de plus de 2.000 par jour selon la police portuaire. La Grèce a enregistré depuis janvier 230.000 entrées par mer.
L'Union européenne s'est engagée à aider le pays à faire face, mais exige en retour qu'il opère le tri entre réfugiés éligibles à l'asile, pour l'essentiel Syriens, et ceux considérés comme des migrants économiques, voués à l'expulsion.

Hongrie
La Hongrie, débordée par l'afflux des migrants, a annoncé vendredi soir 4 septembre l'organisation d'une navette de 90 cars pour conduire des milliers d'entre eux en Autriche qui a accepté, avec l'Allemagne, de les recevoir.
Les cars ont pris en charge les migrants massés dans la principale gare de la capitale hongroise, ainsi que quelque 1.200 migrants qui avaient entrepris de rallier l'Autriche à pied depuis Budapest.
500 migrants partent à nouveau à pied de la gare de Budapest
Au moins 500 migrants, bloqués en Hongrie depuis plusieurs jours, ont entamé samedi une nouvelle marche depuis la gare centrale de Budapest vers la frontière autrichienne, distante de 175 km.
Vendredi, quelque 1.200 migrants s'étaient déjà mis en marche vers la frontière avec l'Autriche, poussant les autorités hongroises à conduire des milliers d'autres à bord de quelque 90 bus à la frontière.
Aucun bus n'était cependant visible samedi et il n'a pas été possible dans l'immédiat d'obtenir une réaction officielle.

Les Palestiniens également
Deux passeurs palestiniens ont été arrêtés samedi 5 septembre dans le camp palestinien de Nahr el-Bared, au Liban-nord, par les SR de l'armée libanaise.
Ils tentaient de faire passer des clandestins en Turquie par la mer grâce à un bateau de pêcheurs. Curieuse annonce car depuis une dizaine de jours les bateaux chargés de réfugiés passent sans interruption du Liban à la Turquie sans avoir été inquiétés le moins du monde.
Les passeurs tentaient de faire quitter le pays à 21 ressortissants palestiniens. Ils ont tous été interpellés dans le secteur voisin de Jabal Beddaoui. Le fait que les migrants soient des Palestiniens explique sans doute la soudaine intervention des forces de sécurité libanaises.

Jean René Belliard

21:06 Publié dans Allemagne, Bachar el-Assad, Crise migratoire, Egypte, Syrie, Turquie | Lien permanent | Commentaires (1) | | | | |

Commentaires

Je suis tout à fait en accord avec les propositions de FF.

Écrit par : B Accoyer | 06/09/2015

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