31/08/2015

Blog sur le Moyen Orient et l'Afrique du nord du 31 août 2015

Jean René Belliard, auteur de "Beyrouth, l'enfer des espions", publie une newsletter quotidienne accessible aux abonnés uniquement. Elle donne chaque jour un résumé des principaux évènements qui se déroulent au Moyen Orient et en Afrique du nord.
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Irak

Comme au Liban, la société civile se rebelle
Depuis plusieurs semaines, la population irakienne envahit les grandes places de Bagdad, de Bassora et de Najaf pour crier sa colère face à des conditions de vie insupportables et l'inaction des élites qu'elle juge corrompues.
C'est ainsi que plusieurs milliers de personnes se sont à nouveau réunies sur la place Tahrir, à Bagdad, Vendredi 28 août, pour manifester contre un système politique corrompu et sectaire, et des conditions de vie médiocres. Le mouvement ne touche pas seulement la capitale irakienne mais toutes les grandes villes du sud et du centre du pays qui se trouvent encore sous contrôle du gouvernement irakien.
Sur les pancartes brandies par les manifestants on peut lire  : « Il n'y a pas de fin à la corruption sous le confessionnalisme et le nationalisme », ou des slogans contre les élites politiques telles que « Daech et le Parlement, deux faces d'une même pièce ».
Depuis le mois de juillet, tous les vendredis, des Irakiens de tous horizons et de tous âges se rassemblent pour exprimer leur mécontentement face à une situation invivable.
La guerre et des températures caniculaires
Ce qui a provoqué la colère de la société civile, c'est, naturellement, cette guerre contre l'Etat Islamique, qui n'en finit pas. A cela s'est ajouté des températures atteignant les 50°C au cours de l'été, avec seulement trois heures d'électricité par jour et peu d'eau. Il y a enfin la corruption et le confessionnalisme qui gangrènent le pays.
Déjà en 2011
Une série de manifestations du même genre avait déjà eu lieu, en 2011, dans les grandes villes, telles que Bassora, Mossoul ou Bagdad. Mais elles avaient été violemment réprimées par le gouvernement de Nouri al-Maliki alors en place.
Un pays corrompu
Selon Transparency International, l'Irak est le 6e pays le plus corrompu au monde. Le pays est entre les mains d'une classe politique surpayée, organisée en clans familiaux ou confessionnels et qui s'entoure de nombreux gardes du corps, eux aussi surpayés.
Les revenus des ressources pétrolières vont exclusivement, pour ainsi dire, dans les poches des dirigeants. La population n'en voit rien et continue de vivre dans le dénouement et les privations.
C'est le ras-le-bol de la population sunnite face aux promesses non tenues de l'Etat et à la répression qui l'a jetée dans les bras de l'Etat Islamique et lui a permis de conquérir une grande partie des territoires majoritairement sunnites. Une situation qui a finalement arrangé milices Kurdes et chiites, dans la mesure où elle est la raison même de leur existence et de leur puissance.
Abadi, lance un plan de réformes
Pour mettre un terme à cette situation de gabegie et d'incompétence généralisée, le Premier ministre Haidar al-Abadi a annoncé, le 9 août 2015, un plan de réformes, dont les plus importantes sont : la suppression des postes des trois vice-Premiers ministres et des trois vice-présidents, parmi lesquels M. Maliki, ancien Premier ministre, accusé lui-aussi de corruption, d'autoritarisme et d'avoir eu une responsabilité dans la débacle de l'armée irakienne face à l'Etat Islamique en juin 2014. Abadi a également annoncé la suppression « des quotas confessionnels » au niveau de la nomination des hauts fonctionnaires et la suppression des gardes du corps des hommes politiques.
Mais Abadi doit faire face à la résistance d'un système corrompu, et ses réformes, même si elles ont été votées par le Parlement, risquent bien de rester insuffisantes voire oubliées.
Les religieux derrière Abadi
Haidar Abadi dispose cependant d'un soutien de poids. Il s'agit tout d'abord de l'ayatollah Ali al-Sistani, qui a demandé au Premier ministre de pousser les réformes encore plus loin dans la lutte contre la corruption. Ali Sistani est un religieux extrêmement respecté par la communauté chiite irakienne.  Vient ensuite Moqtada Sadr. Ce dignitaire chiite a fait preuve de bonne volonté en demandant à un de ses hommes en poste au gouvernement, accusé de corruption, de démissionner. Il s'est d'ailleurs rendu lui-même dans les rues pour manifester avec la population.
L'appui de ces chefs religieux de la communauté chiite donnent une certaine autorité au premier ministre pour imposer à la classe politique des réformes nécessaires et urgentes.
En cas d'échec d'Abadi, le chaos 
Abadi ne peut se permettre un échec de son plan de réformes car l'urgence est de plus en plus pressante. Il y a tout d'abord ces manifestations qui ne semblent pas vouloir cesser et qui pourraient bien prendre une autre tournure avec le risque de dérapages dus à des manipulations extérieures ou de la part d'intérêts politiques locaux.
Il est également possible que les milices chiites qui disposent d'une puissance militaire considérable finissent par se lasser de la situation et décident de prendre le pouvoir. Ce serait alors la phase finale de l'éclatement du pays.

Jean René Belliard

 

20:35 Publié dans al-Anbar, Bagdad, Bassorah, Haïdar Abadi, Irak, Moqtada Sadr, Mossoul, Nouri al-Maliki | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

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