27/06/2015

27 juin 2015 : La guerre s'étend au Moyen Orient et en Afrique du nord

L'attentat contre une mosquée chiite du Koweït, vendredi 27 juin, fait craindre une extension du réseau jihadiste lié à l'Etat Islamique à cet émirat riche en ressources pétrolières et gazières et vital pour les approvisionnements de l'Occident en hydrocarbure.


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Irak

Attentats de l'Etat Islamique en Irak
Quatre personnes ont été tuées dans des attaques menées samedi 27 juin sur plusieurs marchés de Bagdad.
Deux des victimes ont péri sur le marché bondé d'Obeïdi, dans l'est de la capitale irakienne. Une autre bombe a visé un marché dans le quartier de Doura, dans le sud.

Koweït

L'attentat contre la mosquée chiite koweïtienne (suite)
L'attaque sanglante contre une mosquée chiite koweïtienne remet en cause le modus vivendi  entre les communautés sunnites et chiites dans un pays extrêmement fragile sur le plan sécuritaire. Les Chiites représentent un tiers de la population. Or la montée en puissance des courants salafistes est évidente dans le pays. Aucune mesure, cependant, n'a été prise par le pouvoir (sunnite) pour neutraliser les cellules d'al-Qaïda ou les jamiiyya (associations) qui financent les groupes armés en Syrie.
 
Le cheikh salafiste Shafi al-Ajmi
Une des figures du salafisme, le cheikh koweïtien  Shafi al-Ajmi, n'a jamais été arrêté au Koweït où les cellules dormantes de l'État islamique (EI) sont nombreuses. Cet homme est impliqué dans le massacre des Syriens chiites du village de Hatla près de Deir ez-Zor, en Syrie (juin 2013), et il figure sur la liste noire aux États-Unis des personnes accusées de financer les organisations comme le Front al-Nosra et l'État islamique.
Interpellé par les autorités koweïtiennes en août 2014 à son retour d'Arabie saoudite, il avait aussitôt été relâché sans faire l'objet de poursuites. Il semble que les autorités koweitiennes aient choisi de fermer l'œil sur le rôle joué par les Islamistes koweitiens dès lors qu'ils ne représentaient pas une menace pour la stabilité intérieure.
Or, il semble que ces Islamistes, très impliqués dans la guerre en Syrie, et faisant partie du réseau de soutien koweitien à l'Etat Islamique aient fini par rompre la trêve non déclarée avec l'Etat koweïtien.
 
Stratégie de déstabilisation
L'Etat Islamique aurait décidé de pourrir la situation sécuritaire au Koweït, jouant sur l'aggravation  d'un conflit entre Sunnites et Chiites. C'est la méthode qu'avait choisi le Jordanien Abu Moussab al-Zarqaoui lors de l'occupation américaine de l'Irak. 
L'Etat Islamique dispose dans l'émirat koweiti de plusieurs niveaux  de soutien ; des réseaux de soutien dans les milieux salafistes, dans les cercles proches du pouvoir, ou au sein de services de police ou de l'armée.
Profitant des révoltes de 2011, les Chiites du Koweït ont exprimé leur refus d'être des citoyens de seconde catégorie. A cela s'est ajouté la crainte d'être marginalisés face à la montée en puissance de l'islamisme sunnite.
C'est en exploitant ces revendications chiites que l'Etat Islamique a réussi à se constituer une base salafiste locale acquise à ses idées. Il a pu facilement démontrer que le pouvoir en place n'était pas en mesure de mettre un terme aux revendications chiites. Seul l'Etat Islamique était capable de réduire au silence la communauté chiite.
 
Devant le danger les autorités koweïtiennes vont-elles réagir ?
Peut être. Le ministère de l'information koweitien vient d'ordonner la fermeture de la chaine de télévision islamiste Wesal.
Cette chaîne est connue pour ses discours incendiaires contre les Chiites au Koweït et à l'étranger.
Il est à noter que quelques heures avant l'attentat, Wesal avait posté un tweet annonçant la fin de la coexistence entre sunnites et chiites du Koweït.
wesal.jpg

Wesal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par ailleurs, on a appris, samedi 27 juin, que les autorités koweïtiennes avaient arrêté plusieurs personnes soupçonnées d'être impliquées dans l'attentat à la bombe commis vendredi 26 juin contre la mosquée chiite Imam al-Sadek, dans le quartier de Sawaber, dans la partie orientale de Koweït city. L’attentat avait fait 27 morts.
Le quotidien local al-Kabas, citant la sécurité de l'Etat, rapporte que trois personnes sont soupçonnées d'être impliquées dans l'attaque.
L'attentat, revendiqué par l’Etat Islamique, est le plus meurtrier commis depuis des années dans un Etat du Golfe. Selon le ministère koweïtien de l'Intérieur, plus de deux cents personnes ont été blessées.

Front syrien

L'Etat Islamique est reparti à l'offensive dans le nord syrien tandis que les combats font rage à Deraa entre rebelles de l'Armée Syrienne Libre (ASL) et les forces loyalistes.
 
Alep
Une vidéo très impressionnante mise en ligne par Jeich al-Fateh (l'armée de la victoire) montre la violence des combats de rue à Alep :
https://www.youtube.com/watch?v=sclDF9ArkZ0&feature=player_Embedded
 
Hassaké
Des combats se sont poursuivis dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 juin entre les jihadistes de l'Etat islamique (EI) et des miliciens kurdes ou des soldats de l'armée gouvernementale autour de la ville de Hassaké dans le nord-est de la Syrie.
La population de Hassaké est composée d'arabes, de kurdes et de chrétiens. La ville est divisée en plusieurs quartiers qui sont administrés séparément, les uns par les forces gouvernementales et les autres par les autorités kurdes.
Le contrôle de cette région est stratégique pour les deux camps car elle se situe entre des territoires tenus par l'EI en Syrie et en Irak à proximité de la frontière turque.
Les islamistes ont lancé en milieu de semaine une offensive contre les zones tenues par les troupes de Bachar el-Assad au sud de Hassaké provoquant le déplacement de plusieurs dizaines de milliers de civils.
Des combats ont également opposé les miliciens kurdes de l'YPG et les Jihadistes dans le quartier de Ghouiran au sud-est de la ville.
Les Kurdes tiennent à préciser qu'ils n'ont pas coordonné leurs actions avec les troupes pro-Assad qui tentent de conserver leur emprise sur le quartier d'al-Nachoua dans les faubourgs sud-ouest de l'agglomération et dans le quartier abritant le bâtiment des services de sécurité.
 
Aux dernières nouvelles, les Jihadistes de l'EI auraient pris le contrôle de nouveaux quartiers de la ville à l'est et au sud, ainsi que  d'une prison à Hassaké.
 
Message revendiquant la prise de la prison :

message de l'EI du 27 juin 2015 prise de la prison.jpgmessage revendiquant la prise de la prison

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kobane (Aïn el-Arab)
Les miliciens de l'YPG ont repris le contrôle de la ville. Seuls quelques tirs se font encore entendre. On a également entendu une énorme explosion. Il semblerait qu'elle ait été provoquée par les Kurdes qui auraient fait sauter une école utilisée par les Jihadistes.
Après trois jours de combats, on a dénombré la mort de 206 civils. Ils ont été soit assassinés par les Jihadistes dans leur maison, soit tués par les tirs de roquettes ou de snipers.
Les Jihadistes ont eu recours à plusieurs attaques suicides. La vidéo ci-dessous montre l'une d'elles qui a eu lieu le mardi 23 juin :
https://www.youtube.com/watch?v=qAI-BSRSMtU&feature=player_Embedded
 
Deraa (Sud syrien) - Offensive "Tempête du sud"
Les combats se poursuivent dans la ville de Deraa (proche de la frontière jordanienne) entre les rebelles de la coalition du Front du Sud et les soldats de l'armée loyaliste.
Le mouvement islamique Muthanna a mis en ligne une vidéo montrant le tir d'un missile antitank contre une position de l'Armée Arabe Syrienne (AAS) :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=3508f3ac7cf8
Cette autre vidéo montre comment deux miliciens rebelles ont été gravement blessés par la chute d'un obus de char sur leur position :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=244a44be29da
 
Province de Hama
De violents combats ont eu lieu, vendredi 26 juin, pour le contrôle de de la route utilisée par les forces gouvernementales pour envoyer des renforts et du ravitaillement à Alep, plus au nord, où les forces loyalistes font face à une offensive rebelle.
Ici, ce sont les Jihadistes de l'Etat Islamique qui ont lancé une offensive éclair contre plusieurs positions du pouvoir le long de cette route. Ils ont réussi à prendre brièvement le contrôle de trois postes de l'armée syrienne près du village de Cheikh Hilal dans la province de Hama. Les affrontements ont été particulièrement sanglants pour le pouvoir puisqu'on dénombre pas moins de quarante morts au sein de l'armée et des Forces de Défense Nationales, une milice fidèle à Bachar al-Assad. Les Jihadistes se sont retirés des positions conquises avant que les renforts de l'armée arrivent sur place.
 
Erdogan ne veut pas d'un Etat kurde
Le président Recep Tayyip Erdogan a clairement affirmé que l'Etat turc ne permettrait pas la création d'un Etat kurde indépendant voisin de la Turquie.
"J'en appelle à la communauté internationale. Quel que soit le prix à payer, nous ne permettrons jamais l'établissement d'un nouvel Etat à notre frontière sud, dans le nord de la Syrie", a dit le président lors d'un diner de rupture du jeûne de ramadan le vendredi 26 juin dans la soirée. Erdogan a accusé les Kurdes de provoquer un nettoyage ethnique dans les zones qu'ils ont conquises aux Jihadistes de l'Etat Islamique. Erdogan faisait allusion aux populations arabes et turkmènes (turcophones) de ces régions.
Les déclarations du président turc jettent un trouble quant à une possible collusion entre la Turquie et le califat islamique. Le président Erdogan a tenu à démentir une nouvelle fois ces soupçons de collusion avec l'EI.
"c'est une grande calomnie d'accuser la Turquie d'avoir des liens avec une quelconque organisation terroriste" en Syrie, a-t-il dit. Les forces kurdes en Syrie (YPG) entretiennent des relations avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui a lancé en 1984 une insurrection armée en Turquie et est considéré par les autorités d'Ankara comme un groupe "terroriste".
 
Les Kurdes syriens démentent vouloir un Etat Kurde
La création éventuelle d'une zone autonome sous contrôle du PKK dans le nord de la Syrie est une source d'inquiétude pour Ankara, tout d'abord parce que les Kurdes de Turquie pourraient s'en inspirer, ensuite parce que ce territoire jouxtera la région autonome du Kurdistan au nord de l'Irak. Dans un entretien vendredi au journal Hürriyet, Saleh Muslim, le chef du PYD (Parti de l'union démocratique, principal parti kurde syrien dont la branche armée est le YPG), a exclu la création d'un Etat kurde syrien. "Nous n'avons pas de tel projet", a-t-il dit.
 
Erdogan et Davutoglu voudraient créer une zone tampon
Selon la presse turque, M. Erdogan et le Premier ministre Ahmet Davutoglu auraient demandé au chef d'état-major; lors d'une réunion de sécurité en début de semaine à Ankara;  d'intervenir en Syrie. Mais le général Necdet Ozel, peu enclin à entrer en guerre, a réclamé un ordre écrit des responsables civils. 12.000 troupes turques au moins seraient prêtes à entrer en territoire syrien pour constituer "une zone de sécurité", afin de protéger la frontière turque de la menace que pose l'EI.

Tunisie

Attaque islamiste à Sousse (Suite)
L'attaque contre deux hôtels et une plage de Sousse a été revendiquée par l'Etat Islamique :
"Le soldat du califat (...) Abou Yahya al-Qayrawani (...) a pu parvenir au but dans l'hôtel Imperial", tuant près de 40 personnes "dont la plupart sont des sujets des Etats de l'alliance croisée qui combat l'Etat du califat", peut-on lire sur Twitter.
 
Au moins 15 Britanniques ont perdu la vie à Sousse
Au moins 15 Britanniques figurent parmi les 38 personnes tuées vendredi 26 juin au cours de l'attaque contre un hôtel près de Sousse en Tunisie. Le bilan pourrait s'alourdir. 
"Il s'agit de l'attaque terroriste la plus importante contre des citoyens britanniques" depuis les attentats suicides du 7 juillet 2005 à Londres, qui avaient tué 56 personnes, a souligné Tobias Ellwood, Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères en charge notamment de l'Afrique du Nord.
 
Le premier ministre tunisien ferme les mosquées extrémistes
Le Premier ministre tunisien, Habib Essid, a annoncé qu'il avait décidé de fermer 80 lieux de culte musulmans soupçonnés d'inciter au terrorisme.
«Les mosquées ne se conformant pas à la loi ne seront pas tolérées».
Le gouvernement a visé en particulier les mosquées qui échappent au contrôle du ministère des affaires religieuses, seul organe gouvernemental apte à exercer une surveillance sur les pratiques des lieux de culte. 

Front yéménite

Aden bombardé par les miliciens chiites houthis - La raffinerie de pétrole en feu
Un incendie s'est déclaré samedi dans la raffinerie de pétrole d'Aden après que les rebelles aient bombardé le port tout proche pour empêcher un navire d'aide humanitaire d'accoster.
"Les rebelles ont effectué des tirs d'artillerie dans la zone et l'un d'eux a touché un réservoir de pétrole à la raffinerie, déclenchant un incendie", a indiqué à l'AFP un responsable de la société en charge du complexe pétrolier.
Une épaisse fumée noire s'échappait dans le ciel au-dessus du réservoir en flammes.
Les canons rebelles visaient un bateau qatari transportant de l'aide humanitaire en provenance de Djibouti. Le bateau a été contraint de faire demi-tour. Il faut savoir que la situation humanitaire à Aden, assiégée et bombardée par les Houthis, est catastrophique.
En ce qui concerne la raffinerie du port d'Aden, celle-ci ne reçoit plus de livraison maritime de pétrole mais une quantité de 1,2 million de tonnes de brut y est encore entreposée, ainsi que du gaz.
 
15  raids de la coalition arabe sur Aden
La coalition arabe dirigée par l'Arabie saoudite a encore procédé, samedi 27 juin, à au moins 15 raids aériens dans plusieurs secteurs d'Aden. 

Jihad international

France
Les services antiterroristes ont identifié 473 personnes parties de France et se trouvant actuellement dans les zones de jihad en Irak et en Syrie.
La mort de 119 autres a été recensée, tandis que les services ont repéré encore 217 personnes revenues en France après s'être rendues sur place. En ajoutant ceux qui sont en route ou qui ont exprimé des velléités de se rendre dans les zones de jihad, ce sont quelque 1.800 personnes qui sont répertoriées.
Si tous ne participent pas aux combats, notamment les femmes, le retour de ces jihadistes, revenus endurcis et aguerris des zones de combats, est une source d'inquiétude majeure.


Jean René Belliard

 

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