20/06/2015

20 juin - Evènements du Moyen Orient et d’Afrique du nord

La ville d'Alep pourrait connaître prochainement des heures difficiles. En effet, la rébellion a l'intention de s'en emparer mais le pouvoir syrien dispose encore sur place de forces considérables.


Bahreïn

Ibrahim Charif, chef de l'action démocratique nationale jusqu'à son arrestation en mars 2011, a été libéré samedi 13 juin. Il avait été condamné à cinq ans de prison pour implication dans les violences ayant accompagné les protestations de 2011.
Ibrahim  Charif faisait partie d'un groupe de 20 militants condamnés à des peines de prison par un tribunal militaire pour leur implication dans le mouvement de protestation des chiites, qui réclament des réformes politiques dans ce petit royaume du Golfe dirigé par une dynastie sunnite.
Sa libération intervient quatre jours après la condamnation à quatre ans de prison du chef de l'opposition chiite, cheikh Ali Salmane. Il a  été condamné pour incitation à la désobéissance.
L'arrestation, le 28 décembre 2014, du leader chiite, âgé de 49 ans, et qui dirige le mouvement Wefaq, avait provoqué des protestations dans les banlieues à majorité chiite de Manama, la capitale de Bahreïn.
Principal groupe politique chiite du Bahreïn, le Wefaq n'a pas demandé un changement complet du régime de Bahreïn mais seulement des réformes politiques majeures, parmi lesquelles un parlement élu avec tous les pouvoirs législatifs et une monarchie constitutionnelle de style britannique.
Au moins 89 personnes ont été tuées dans les violences depuis et des centaines arrêtées et jugées.
Siège de la Ve flotte américaine, Bahreïn, un petit royaume de 1,3 million d'habitants, a organisé en novembre 2014 des élections, boycottées par l'opposition.

Liban

Camp d'Aïn el-Héloué (Saïda)
Le camp d'Aïn el-Héloué a connu de violents incidents mercredi 18 juin. Le calme est depuis revenu grâce à l'intervention de Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité Palestinienne et de Khaled Mechaal, le chef du Hamas. Mais la tension reste extrêmement vive et des heurts peuvent éclater à tout moment dans l'un ou l'autre des quartiers.
On va tenter d'expliquer la situation.
Il semble qu'on assiste actuellement à une évolution du rapport de force à l'intérieur d'Aïn el-Héloué.
Les heurts de mercredi dernier, au quartier de Taytaba, à Aïn el-Héloué, qui ont duré plus de 24 heures, ont commencé par une rixe entre des personnes proches d'el-Lino et Fady Saleh, responsable de l'UNRWA (United Nations Relief World Agency) à l'intérieur d'Aïn el-Héloué et chef d'un groupuscule armé baptisé «Groupe al-Makdissi ».
El-Lino, de son vrai nom Mahmoud Issa, est l'ancien chef de l'unité al-Kifah al-Moussallah, la lutte armée du Fateh. Mais il avait été démis de ses fonctions en mars 2012 par le général Sobhi Abou Arab, le chef de la sécurité nationale palestinienne. Al-Lino s'est depuis rapproché de Mohammad Dahlan, un ancien chef du Fatah exclu de l'organisation palestinienne après avoir été accusé de collaboration avec Israël. Dahlane a fondé un nouveau groupe armé baptisé Brigade des martyrs du retour. Pour en revenir à al-Lino, ses détracteurs l'accusent également d'être soutenu par le Hezbollah. 
Depuis quelque temps, la brigade des Martyrs du retour a commencé à ouvrir des bureaux et installer des caméras dans certains quartiers du camp, dont le quartier de Taytaba où se sont déroulés les derniers affrontements.

al-Lino.jpgAl-Lino

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le quartier de Taytaba est sensible, car il est situé entre deux autres quartiers, l'un tenu par le Fatah (le quartier des Barracks) et l'autre par les forces islamistes fortement implantées dans le camp (hay el-Safsaf). Aucune de ces forces n'a vraiment réussi à s'implanter à Taytaba.
Les accrochages de mercredi 18 juin ont éclaté suite à des provocations entre des membres de la Brigade des Martyrs du retour et le groupe al-Makdissi. Des renforts sont aussitôt parvenus aux deux groupuscules à partir d'autres parties du camp.
Des membres de Jund el-Cham, une organisation salafiste, en armes et cagoules, venus de Tamir, un quartier fondamentaliste du camp , se sont déployés à l'intérieur du quartier de  Taytaba.
Le chef de la sécurité palestinienne, le général Sobhi Abou Arab et d'autres groupes fondamentalistes comme Osbat al-Ansar ont lancé des appels au calme. Mais ceux-ci sont restés sans suite et les accrochages se sont poursuivis jusqu'à l'intervention du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et du chef du Hamas, Khaled Mechaal, pour calmer la situation.
Un cessez-le-feu a été instauré mais rien n'est réglé sur le fond. Les bureaux du groupe al-Makdissi n'ont pas été fermés dans le quartier de Taytaba ni les caméras de surveillance enlevées.
Le moindre incident peut remettre le feu aux poudres comme en témoigne un bref accrochage qui a eu lieu jeudi 19 juin entre des membres du Fatah et des Islamistes de Jund el-Cham. Les Fedayin de la branche armée de l'OLP avaient cru qu'un membre de Jund el-Cham était venu dans le quartier de Safouri (une place-forte du Fatah) pour se venger.
Les violences peuvent se répéter à tout moment car l'homme fort du moment est al-Lino, apparemment soutenu par le Hezbollah et celui-ci cherche à faire montre de sa force à l'intérieur du camp. Quant aux Islamistes, notamment ceux de Jund el-Cham, la confusion qui règne dans le camp leur est également salutaire car nombre de leurs membres sont recherchés par la sécurité libanaise et ils ne tiennent pas à ce que l'armée entre dans le camp - ce qui lui est d'ailleurs interdit en vertu des Accords du Caire (signés en novembre 1970) entre la résistance palestinienne et l'Etat libanais. 

Front syrien

Alep
Les rebelles syriens se préparent à lancer une grande offensive à Alep. Les forces loyalistes sont sur la défensive un peu partout sur le territoire syrien et semblent démoralisées et affaiblies par des années de guerre et le manque d'effectifs. Les forces gouvernementales perdent  des positions stratégiques, que ce soit dans le nord-ouest, l'est ou le sud de la Syrie. C'est la raison pour laquelle les rebelles veulent profiter de la dynamique des récentes victoires et conquêtes qu'ils ont obtenues sur l'armée syrienne. 
« La grande bataille d'Alep est entrée dans sa phase préparatoire », a déclaré sur une chaîne de télévision affiliée à la rébellion  Yasser Abdel Rahim, chef du groupe rebelle Noureddine Zanki qui participe à la coalition créée en avril 2015 pour prendre Alep. A noter que la brigade Noureddine Zanki compte dans ses rangs de nombreux combattants étrangers.
« C'est une bataille décisive qui s'annonce et qui chassera le régime d'Alep et libérera intégralement la ville », a-t-il dit. « Le régime est épuisé. Il n'arrive plus à terminer ses combats, que ce soit contre l'opposition ou contre Daech », a-t-il ajouté.
On sait que le pouvoir conserve dans la région d'Alep de nombreuses forces estimées à 50.000 combattants. Mais on sait aussi qu'il y a actuellement des divergences entre Téhéran et Damas. Les Iraniens conseillent à l'Etat-major syrien de ramener le plus gros de ces forces dans la région de Damas pour protéger la capitale tandis que les Syriens veulent défendre Alep coûte que coûte.
La chute d'Alep aurait de graves répercussions sur la survie du pouvoir. Ce serait de toute façon la fin de la Syrie telle qu'on la connaît aujourd'hui car elle aboutirait à une partition de fait du pays contrôlé par une myriade de groupes rebelles opposés les uns aux autres. Ce serait aussi un coup dur pour l'image de Bachar al-Assad et un risque pour sa survie politique car reculer à Alep reviendrait à abandonner sa population qui est encore majoritairement favorable au pouvoir de Damas.
Sur le terrain, les combats qui ont débuté n'ont pas encore modifié l'équilibre des forces. La progression des rebelles à l'intérieur de la ville et au nord est restée limitée. L'armée syrienne résiste toujours et affirme avoir repoussé une incursion menée dans le quartier de Rachidine, la première effectuée dans le centre d'Alep en plus de deux ans. Pour l'instant, les insurgés se bornent à pilonner les positions gouvernementales. Ils auraient reçu récemment de nouvelles pièces d'artillerie mais les effectifs sur place sont encore insuffisants car ils doivent également faire face à une offensive de l'Etat Islamique au nord de la ville.
En tout état de cause, il sera nécessaire de suivre avec attention l'évolution de la situation dans la capitale du nord syrien.
Vidéo des bombardements rebelles sur le quartier d'Achrafiyé. La vidéo a été mise en ligne par la Brigade 16, une brigade rebelle :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=9450972df9b0
Vidéo de Jeich al-Fateh (L'armée de la conquête) montrant la destruction d'un canon antiaérien de 23mm de l'armée syrienne installé sur le toit d'un immeuble d'Alep par un missile antichar TOW.
https://www.youtube.com/watch?v=15ZaRXUMU_o&feature=player_Embedded

Bataille de Quneitra
La coalition du Front du Sud poursuit son offensive dans la province de Quneitra. La brigade Jeich al-Hauran (l'armée du Hauran) s'est emparée d'une nouvelle position de l'armée syrienne et a récupéré du matériel militaire :
Vidéo :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=UXh4I4mgecA
   
Implication de l'Iran dans le conflit syrien
La République islamique d'Iran a officiellement et à plusieurs reprises nié toute implication dans l'intervention militaire dans la guerre civile syrienne.
Néanmoins, les agences de presse iraniennes, officielles et semi-officielles, telles que Fars et Tasnim - qui appartiennent ou sont parrainées par les Gardiens de la Révolution islamique - ont publié des  listes d'Iraniens "martyrs" en Syrie.
Elles donnent peu de détails sur les noms et les lieux des sépultures. Mais on peut faire quelques observations :
- Les "martyrs" viennent de partout dans le pays. On peut en déduire que plusieurs bataillons ont été déployés en Syrie.
 - Certains des noms fournis sont des alias (les noms réels apparaissent entre parenthèses dans les avis). Cela peut signifier que certains de ceux qui ont été tués en Syrie pourraient être liés aux services de renseignement.
- Les «martyrs» sont qualifiés de "défenseurs de Zaynab ou Roghayyeh". Cette qualification permet d'expliquer à l'opinion publique iranienne qu'ils étaient allés en Syrie pour défendre des mausolées chiites - et non le régime d'Assad.
Les autorités iraniennes gardent le silence sur le nombre de victimes. Aucun chiffre n'a été communiqué sur le nombre de soldats déployés ou tués en Syrie et personne ne peut poser la question de la légitimité de l'engagement iranien en Syrie. Les autorités parlent seulement d'un soutien total et inconditionnel au pouvoir de Bachar al-Assad.
 Pour le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, par exemple, ce serait une «illusion» de penser que la crise en Syrie pourrait être réglée sans le président Bachar al-Assad.
 Seuls, des sites en ligne et des membres de la milice parlent de «nos jeunes en Syrie".
"Leurs corps purs sont de retour dans le pays", dit l'un d'eux, ou encore : "son cercueil a été porté par les gens de sa tombe".  Ils sont appelés "martyrs de la résistance islamique syrienne ... tués par des terroristes wahhabites".
 Personne dans le pays ne peut exprimer son malaise à la vue des mères et des pères qui pleurent sur les tombes ou des soldats embrassant leurs enfants avant leur départ pour la Syrie.
Mais ce déni des autorités a un coût. Et on ne parle pas ici du coût des quantités d'armes et du soutien financier apporté au pouvoir de Bachar al-Assad. Même si celui-ci représente une somme astronomique se chiffrant en millions de dollars qui ne seront jamais remboursés. Le pouvoir syrien aurait encore demandé, dernièrement, de créer un fonds pour payer les pensions aux familles des soldats syriens tués dans le conflit.
Ce que le gouvernement iranien paie c'est le coût de l'envoie des volontaires du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (CGRI), leurs salaires (qui sont élevés), et le coût des pensions pour les familles des soldats décédés ou handicapés par de graves blessures. L'Iran paie également les salaires de milliers de miliciens du Hezbollah libanais déployés sur le territoire syrien.
Il y a  aussi le doute qui s'installe dans le pays quant à la justification du soutien iranien à un dirigeant contesté dans son pays, Bachar al-Assad et accusé, lui et ses troupes, de graves violations des droits de l'homme. De nombreux iraniens peuvent avoir ce genre d'informations sur les chaînes de télévision comme VOA Persian ou BBC persian.
Il en va enfin de la crédibilité de la voix de la diplomatie iranienne dans la région qui condamne toute intervention étrangère en Syrie alors qu'il est de notoriété publique qu'elle intervient lourdement dans le pays. Comment, dans ces conditions, peut elle continuer d'affirmer qu'elle représente une force unificatrice dans le monde musulman alors qu'elle prend part à un conflit syrien qui est devenu largement confessionnel.
Pourtant, l'Iran poursuit une politique de soutien inconditionnel à Bachar al-Assad. Les militaires iraniens auraient formé 300 000 combattants syriens - 150.000 en Syrie et 150.000 en Iran - et fourni un soutien logistique à 50.000 miliciens du Hezbollah libanais. Ces chiffres ont été donnés en 2014 par Mahmood Nabavian, un membre du parlement iranien.
Téhéran affirme ne pas avoir d'autre choix que de soutenir Bachar al-Assad afin de garantir des lignes d'approvisionnement  du Hezbollah, maintenir ce que d'aucuns appellent "l'arc chiite", une forme d'alliance régionale chiite dans la région, et protéger les investissements de l'Iran en Syrie.

Front yéménite

Sanaa
Un nouvel attentat à la voiture piégée s'est produit devant la mosquée chiite Kobbat al-Mehdi dans la vieille ville de Sanaa, samedi 20 juin. On ignore pour l'instant le nombre de victimes. L'Etat Islamique a revendiqué la responsabilité de cette nouvelle attaque dans un communiqué :
Mercredi 17 juin, à la veille du ramadan, plus de 30 personnes avaient déjà été tuées et des dizaines blessées au cours d'une série d'attentats revendiqués par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) contre des mosquées chiites de Sanaa. Un des attentats avait également visé la maison du chef du bureau politique de la rébellion chiite Houthie, Saleh al-Sammad.

communiqué de l'EI pour l'attentat contre une mosquée 2015-06-20.jpg

 

Revendication de L'Etat Islamique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Pakistan menace Ansarullah, la milice chiite yéménite
Le président pakistanais a menacé Ansarullah de représailles, au cas où il s'infiltrerait à l'intérieur des frontières saoudiennes.
"Nous rencontrons régulièrement les autorités saoudiennes, et surveillons de près les agissements des Houthis. Si ces derniers attaquent l'Arabie saoudite, le Pakistan la défendra, car l'intérêt des Saoudiens fait partie de nos intérêts", a affirmé le Président Mamnoun Hossein.
"Le Pakistan sera le premier pays à défendre l'Arabie saoudite, si les Houthis l'attaquent", a-t-il encore dit.
Le président a aussi évoqué les récentes rencontres entre les Premiers ministres turc et pakistanais, laissant entendre que son pays et la Turquie sont prêts à faire bloc contre les Houthis, en cas de ripostes terrestres des miliciens chiites d'Ansarullah et des soldats fidèles de l'ancien président Saleh.

Londres fournit des armes à Riyad
Le porte-parole du ministère britannique de la Défense a confirmé, vendredi 18 juin, qu'un soutien technique et des armes téléguidées de haute précision ont bien été fournies à l'Arabie saoudite.
Le porte-parole a cependant ajouté que les responsables saoudiens ont assuré la Grande Bretagne qu'ils s'en serviraient dans le cadre des lois internationales.

Jihadisme international

Afghanistan
L'Etat islamique poursuit sa progression en Afghanistan sous l'appellation de Wilaya Khorasan. Selon son habitude, pour frapper les esprits et inspirer la crainte chez ses adversaires ou concurrents, il met en ligne les photos de l'exécution de deux soldats afghans capturés après une attaque contre une caserne à Kot, province de Nangarhar, une localité qu'il semble vouloir utiliser comme sa place-forte dans le pays.
A cette occasion la Wilaya Khorasan (Etat Islamique) a mis en ligne une version pachtoune du chant Qariban Qaribadeux soldats afghans exécutés.jpg 
 

Exécution de deux soldats afghans par les Jihadistes de l'EI

 

 

 

 

 

 

 

 

Hazara afghans
Et puisqu'on parle de l'Afghanistan, on peut également regarder cette vidéo d'hommage aux combattants hazara (chiites afghans) morts au combat en Syrie. Ils seraient plusieurs centaines à avoir perdu la vie dans la guerre civile syrienne :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=10aad35266ec
 
Australie
Les autorités antiterroristes australiennes, le Joint Terrorism team d'Australie du Sud (SAJCTT), ont émis un mandat d'arrêt contre Tareq Badawi Kamleh, un pédiatre qui a travaillé dans des hôpitaux en Australie. Les autorités australiennes le poursuivent pour terrorisme après que Kamleh soit apparu sur une vidéo de propagande de l'Etat Islamique où il affirmait travailler dans un hôpital de Raqqa, la place-forte de l'EI.
Il considère son travail dans l'hôpital de Raqqa comme faisant partie de son jihad pour l'islam.
Kamleh affirme dans la vidéo qu'il "est décevant de penser combien de frères et sœurs musulmans qui sont dans le domaine médical ... vivent encore en Occident» et il  les encourage à «venir le rejoindre.
Dans une lettre à un journal d'Adélaïde en date du 8 avril 2015, Kamleh  écrit que les forces de la coalition sous commandement américain ont "plus de sang sur les mains que [IS] a sur leurs couteaux."
Le mandat d'arrêt risque bien d'être lettre morte car Kamleh affirme n'avoir aucune intention de retourner en Australie.
Vidéo de Tareq Badawi Kamleh - vidéo de l'Etat Islamique :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=10aad35266ec

Jean René Belliard

 

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