16/06/2015

16 juin 2015 - Nouvelles des conflits du Moyen Orient et d’Afrique du nord

On peut d'ores et déjà affirmer que les négociations de Genève pour ramener la paix au Yémen sont dans l'impasse, les belligérants yéménites refusant de s'asseoir à la même table et de dialoguer.


Front irakien

Le vice-président de la commission des forces de la mobilisation populaire dans la  province irakienne de Diyala, Jabbar Maamouri, a révélé le démantèlement dimanche, 14 juin, d’une usine contenant 50 tonnes de C4, une quantité suffisante pour raser une ville entière.
« Des 50 tonnes de produits chimiques fortement explosifs, 30 étaient prêtes à exploser et placées dans des barils en plastique, alors que les 20 autres étaient en cours de fabrication », a-t-il expliqué.
C’est dans cette usine que les Jihadistes produisaient les explosifs destinés aux attaques dans la province de Salaheddine et piégeaient les voitures kamikazes.
 
Du nouveau sur le raid mené par l’armée irakienne à Qaïm (fontière irako-syrienne)
Le ministère de l’intérieur irakien a confirmé dimanche 14 juin avoir tué 32 membres de l’Etat islamique, parmi lesquels six commandants, lors d’un raid aérien sur une cible située à Qaïm. Parmi les commandants mis hors de combat se trouveraient un Tunisien, un Somalien, un Azéri, un Syrien, un Irakien et un Saoudien.

 Ramadi
Le colonel Abdel Amir Khazraji, chef adjoint du troisième bataillon d’or dans la province d’al-Anbar, a déclaré que l’armée irakienne était prête pour libérer la ville de Ramadi. Elle a reçu, a-t-il expliqué les renforts en personnel, en armes et en équipement pour se lancer à l’assaut de la ville.

Kirkouk
125 corps auraient été exhumés à Hawijah, au sud ouest de la province pour être enterrés dans le cimetière de la localité. Les corps étaient enterrés dans un dépôt utilisé comme cache d’armes. Ils ont été retirés des décombres à la suite d’un bombardement du dépôt la semaine précédente.

Une force sunnite pour pacifier al-Anbar, la province sunnite rétive
Les Américains auraient tenté de réanimer les discussions avec des tribus et des factions armées sunnites sur l’exemple des relations qui ont existé du temps de leur occupation du pays.
Ils auraient proposé à leurs interlocuteurs locaux de former une force sunnite parallèle à la force sunnite susceptible de s’opposer à l’Etat Islamique. L’objectif serait de créer les conditions d’une intervention nécessaires pour l’intervention d’une force internationale au sol, composée essentiellement de combattants arabes et appelée par les Sunnites irakiens.
Les contacts auraient été établis par l’intermédiaire de dirigeants politiques et de chefs de tribus de l’ouest irakien. Ils auraient permis de rencontrer des dirigeants de factions sunnites armées, qui s’étaient alliées avec les Jihadistes de l’Etat Islamique, dans le but de les convaincre de changer de camp.
L’un des personnages clés de cette approche serait Rafeh Issawi, un membre du bloc al-Iraqiya, le bloc de la minorité sunnite et ancien ministre des finances. Il avait avait démissionné de ce poste en mars 2013 en protestation à la mort de manifestants sunnites. A la suite de cette démission, le pouvoir de Bagdad a accusé Issawi de terrorisme et il est, depuis, recherché par la police. 
Issawi avait effectué, en mai 2015, une visite aux Etats-Unis, simultanément avec la visite du gouverneur de Ninive, Athil Noujeifi. Issawi voulait obtenir le feu vert américain pour la création d’une force prédominante, le « Hamas d’Irak », qu’il dirige, sur les factions sunnites.
Tentative de former une force régionale pour al-Anbar
Des personnalités américaines ont également effectué des visites « presque secrètes » à Kirkouk, au cours des dernières semaines dans le but de rencontrer des dirigeants de « factions sunnites » qui ont fui les provinces d’al-Anbar et de Ninive. Ils auraient rencontré des dirigeants des brigades révolutionnaires al-Eshrine, des chefs de tribus, et de l’armée des  Naqchbandi, un groupe sunnite comptant dans ses rangs d’anciens officiers de Saddam Hussein et qui s’était alliée à l’Etat Islamique lors de son offensive de l’été 2014.
Les groupes avec lesquels dialogueraient les Américains sont : « Ansar el-Sunnah » (partisans des sunnites), « le Hamas d’Irak », « la Jamaa islamiya pour la résistance irakienne ».
Il semble que les Américains seraient à la manœuvre pour cette opération avec les Turcs et les Saoudiens. Et c’est sans doute une des raisons pour laquelle ils ne souhaitent pas que le pouvoir de Bagdad fasse appel aux milices chiites pour délivrer la province sunnite d’al-Anbar. L’autre raison est qu’ils craignent que cette intervention ne provoque une radicalisation des Sunnites contre le pouvoir central.

Jordanie

Maan
Cette ville, située à 215 km au sud d'Amman, est un foyer islamiste. En juin 2013, 13 hommes avaient été inculpés d'actes "terroristes" après des émeutes ayant suivi un double meurtre dans la ville. Et en avril 2013, des affrontements entre étudiants avaient fait quatre morts et plus de 25 blessés sur le campus de Maan.

La ville à nouveau en ébullition
Ce mardi 16 juin, la police anti-émeute a du faire usage de gaz lacrymogènes pour disperser des dizaines de manifestants qui dénonçaient la mort de deux suspects tués lundi 15 juin par les forces de sécurité. Les deux suspects, deux frères, étaient recherchés pour des "affaires criminelles et de sécurité", donc rien à voir apparemment avec l’islamisme, mais les émeutes montrent à quel point la ville est en ébullition.
Des dizaines" de personnes auraient manifesté après les obsèques des deux hommes, scandant des slogans" hostiles aux autorités. "Les manifestants se sont dirigés par la suite vers le tribunal de la ville et ont commencé à lancer des pierres en direction du bâtiment, ce qui a poussé les forces de la gendarmerie à les disperser".  Les manifestants reprochaient aux forces de sécurité un usage excessif de la force.

« La Jordanie au bord du gouffre ? »
Eyad Quanibi, un prédicateur islamiste a été arrêté par les services de sécurité, lundi 15 juin. Il est accusé d'"incitation à la haine contre le régime".  Il avait déclaré dans un message audio diffusé sur son compte Facebook que "La Jordanie était au bord du gouffre".  Le prédicateur reprochait au gouvernement jordanien ses liens avec Israël, ainsi que l'occidentalisation de la société jordanienne.
Il a également critiqué la participation de la Jordanie à la "marche contre le terrorisme" à Paris, après l'attaque contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo ainsi que l'organisation de défilés de mode dans le royaume.
Né au Koweït en 1975, Eyad Qunaibi avait obtenu en 2003 un doctorat en pharmacologie de l'université de Houston aux Etats-Unis.
Il se trouve aujourd’hui en détention préventive pour au moins 15 jours.

Front syrien

Alep
Vidéo
de la brigade Noureddine Zanki montrant les combats à l’intérieur de bâtiments contre les soldats loyalistes :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=3zso7kbbaLQ
et
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=HMt9kQ-K4a0
Les miliciens déterminent sur un plan la suite des opérations :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=02wfL544kl4
Les moujahiddine reprennent leur progression à l’intérieur de bâtiments :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=i4hHL6gdxhk
Affrontements à la mitrailleuse lourde (impressionnant à la fin du film)
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=i58C9lC0qUA

Banlieue de Damas
Le commandant d'Ansar Al-Islam pour le quartier al-Tadamon au sud de Damas, Abou Ridha Al-Turkmani, a été tué lundi 15 juin par une roquette RPG tirée par les forces paramilitaires de la défense nationale (NDF).
Al-Turkmani était présent sur une barricade quand un RPG a frappé le site. De violents affrontements s’en sont suivis avec les forces gouvernementales.
Ce Turkmen de 26 ans était le commandant sur le terrain d'Ansar Al-Islam, un important groupe islamiste dans le quartier d’al-Tadamon, et l'un des premiers à avoir pris les armes contre le gouvernement syrien depuis le soulèvement en 2011.
Abu Al-Farouk Al-Turkmani a été nommé nouveau commandant.

Qalamoun
Les combats entre miliciens chiites du Hezbollah libanais et Jihadistes de l’Etat Islamique ou du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) se poursuivent dans le Qalamoun et de part et d’autre de la frontière libano-syrienne.
On annonce, du côté Hezbollah, que l'"émir" (chef de guerre) de l’Etat islamique (EI) dans le Qalamoun aurait été tué dans le jurd d’Ersal, c'est-à-dire du côté libanais de la frontière.
Abou Balkis al-Baghdadi (nom de guerre) aurait trouvé la mort dans la zone de Wadi Hmayed, à la suite de bombardements.

Prise de Tal-Abyad par les Kurdes
Les miliciens kurdes de l’YPG ont pris, hier 15 juin, la ville de Tal-Abyad située à la frontière avec la Turquie. Les combats ont provoqué l’entrée sur le territoire turc de plus de 23.000 nouveaux réfugiés syriens.
La progression des miliciens kurdes dans la région a provoqué les critiques, voire la colère du du président turc Recep Tayyip Erdogan. Celui-ci s’inquiète de voir à ses frontières l’apparition d’un Etat kurde indépendant dirigé par les miliciens de l’YPG, une organisation qui entretient des liens étroits avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). On sait que le PKK mène depuis 1984 une insurrection armée en Turquie et est considéré par les autorités d'Ankara comme un groupe "terroriste".
Le gouvernement turc accuse également les forces kurdes de pratiquer une sorte de "nettoyage ethnique" contre les populations non kurdes de la région.
« Les populations des endroits bombardés ont fait l'objet d'un nettoyage ethnique par le PYD (Parti de l'union démocratique, principal parti kurde de Syrie) et les YPG (Unités de protection du peuple, la milice du PYD) autant que par Daech », a affirmé le porte-parole du gouvernement turc, Bülent Arinç, lundi 15 juin dans la soirée. "Nous observons sur le terrain une tentative en cours (de la part des Kurdes) de pousser à l'exil (les populations arabes et turkmènes), de nettoyer (le nord de la Syrie) en les remplaçant par d'autres éléments et de réunir plusieurs cantons ensemble", a-t-il poursuivi. M. Arinç a précisé qu'Ankara redoutait que les Kurdes de Syrie ne tentent de constituer un territoire autonome sur le sol syrien, le long de la frontière turque, en unifiant les trois cantons existants de Kobané, Jazira et Afrin. Identifiée par les Kurdes sous le nom de Rojava.

Front yéménite

AQPA
Aqpa est née de la fusion en janvier 2009 des branches saoudienne et yéménite d'al-Qaïda.
On retrouve cette dualité à la tête de l'organisation. Le chef d'AQPA est un Yéménite, al-Wahaychi et son adjoint est un Saoudien, Saïd al-Shihri. Al-Wahaychi s’était échappé de prison en 2006 tandis qu’al-Shihri a été libéré de Guantanamo en 2007.
Al-Wahaychi a très tôt fait allégeance à Ayman al-Zawahiri, ce docteur égyptien qui a succédé à Oussama Ben Laden après que celui-ci ait été tué au cours d’un raid des forces spéciales américaines en mai 2011 au Pakistan. Al-Wahaychi avait reconnu Zawahiri comme le nouveau chef d’al-Qaïda en juillet 2011.
Les Jihadistes d’AQPA sont surtout présents dans le sud et le sud-est du Yémen. Ils ont profité du chaos dans lequel l'insurrection populaire contre l'ex-président Ali Abdallah Saleh a plongé le pays en 2011
Les Américains ont entrepris une campagne d’élimination des dirigeants d’AQPA et des raids contre des cibles d’al-Qaïda sont menés régulièrement par l’armée de l’air américaine sur le territoire yéménite.

Al-Wahaychi (alias Abou Bassir) aurait été tué par une frappe américaine le 12 juin 2015
L’information a mis du temps à nous parvenir, mais il semble bien qu’al-Wahaychi a été tué au cours d’une frappe américaine. Ce n’est pas la première fois qu’on annonce la mort d’al-Wahaychi. On avait déjà affirmé qu’il avait été tué par une frappe américaine en mars 2010. Mais cette fois-ci, c’est al-Qaïda qui a annoncé sa mort sur les réseaux sociaux. La mort des dirigeants de l’organisation jihadiste est toujours annoncée de cette façon.
Nasser al-Wahaychi a été "tué dans une attaque de drone américaine qui l'a visé, ainsi que deux autres moujahidine", a indiqué un membre du réseau dans une déclaration filmée et postée sur YouTube par Al-Malahem, le service de propagande du groupe jihadiste.
Un responsable yéménite local a de son côté déclaré que Wahaychi avait probablement été tué au cours d’un raid à Moukalla, une localité tenue par al-Qaïda, dans le sud-est du Yémen, et que son corps se trouverait dans une morgue locale entouré de strictes normes de sécurités.
D'après la chaîne CNN, qui fait référence à deux responsables de la sécurité nationale au Yémen sans les citer, Nasser al-Wahaychii aurait été tué vendredi 12 juin dans la région d'Hadramout, à l'est d'Aden (sud
La mort de Nasser al-Wahishi "porte un coup sévère à AQPA, la branche la plus dangereuse d'al-Qaïda, et plus largement à al-Qaïda", a indiqué l'exécutif américain dans un communiqué.

Al-Wahaychi remplacé par Qasim al-Rimi
Le centre américain de surveillance des sites islamistes SITE rapportait de son côté, lundi 15 juin, qu’al-Wahaychi aurait été remplacé par le commandant militaire d'AQPA, Qasim al-Rimi.
Une parenthèse : Un autre chef jihadiste annoncé comme mort, l’Algérien Mokhtar Belmokhtar a également été annoncé comme mort. Mais al-Qaïda n’a encore rien dit à ce sujet. La présence de Mokhtar Belmokhtar dans le complexe fermier bombardé par les Américains semble peu probable pour la bonne raison que des membres de l’Etat Islamique se trouvaient également sur place. Or, on sait que Mokhtar Belmokhtar ne portait pas spécialement les membres de l’EI dans son cœur. Il y avait également des membre d’Ansar ach-Charia, une organisation islamiste et du Conseil de la Choura de la ville, une autre formation islamiste. On peut donc toujours imaginer que Mokhtar Belmokhtar se serait rendu à cet endroit sur l’invitation de personnes soucieuses d’arranger l’amorce d’un dialogue entre Salafistes.
En tout état de cause, encore une fois, comme pour les jeunes filles enlevées au Nigeria par Boko Haram, François Hollande serait bien inspiré de réserver sa communication aux spécialistes de la région plutôt que de se hasarder à faire des déclarations hâtives et qui pourraient rapidement se révéler fausses.

Conférence de Genève
Les  négociations de paix à Genève commencent mal, très mal. Les rebelles yéménites et leurs alliés refusent tout dialogue avec le gouvernement en exil et veulent seulement discuter avec l'Arabie saoudite. C’est ce qu’a annoncé, mardi 16 juin, un membre de la délégation houthie arrivée mardi à Genève pour participer aux consultations de paix organisées par l'ONU.
"Nous refusons tout dialogue avec ceux qui n'ont aucune légitimité. Comment pouvons-nous dialoguer avec ceux qui tuent nos enfants?" a déclaré lors d'une conférence de presse Mohammed Zubairi, un membre de la délégation des rebelles d'Ansarullah et de leurs alliés. Le délégué réclame en revanche "un dialogue avec l'Arabie saoudite pour arrêter l'agression".
Les positions des deux parties sont tellement éloignées que les Nations unies ont opté pour des consultations séparées avec chaque délégation, dans l’espoir que cela ne soit que dans un premier temps.
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé à une trêve humanitaire de deux semaines à l'occasion du mois béni du Ramadan, mais sa proposition risque bien d’être également rejetée.
"J'ai souligné l'importance d'observer une trêve humanitaire de deux semaines à l'occasion du mois de Ramadan", le mois de jeûne musulman qui commence cette semaine, a déclaré le secrétaire général après avoir rencontré une délégation du gouvernement démissionnaire soutenue par l’Arabie saoudite.
"J'espère que cette semaine marquera le début de la fin des combats", a ajouté le secrétaire général devant les journalistes.

Sur le terrain, les combats s’enlisent
Sur le terrain, les combats s'enlisent, deux mois et demi après le début, le 26 mars, des frappes aériennes d'une coalition arabo-américaine dirigée par Riyad.

Une organisation de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) consacrée au Yémen


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Amir-Abdollahian

 

 

 

 

 

 

 

 

Le vice-ministre, Hossein Amir-Abdollahian, chargé des affaires arabes et africaines, doit participer à Jeddah à une réunion extraordinaire d'une journée organisée par l’Organisation de la Coopération Islamique (ACI) pour tenter de trouver une solution à la guerre au Yémen.
C’est la première fois que Téhéran et Riyad vont dialoguer sur ce sujet depuis l’offensive aérienne de l’Arabie saoudite et de plusieurs autres nations arabes pour contrer la progression des miliciens chiites d’Ansarullah. 

Al-Hazm (province de Jawf) bombardé
Quelques heures après la prise de la ville d’al-Hazm par les miliciens chiites d’Ansarullah, dimanche 14 juin,  l’aviation saoudienne a bombardé la ville.
Des dizaines de raids ont également visé les régions à Sanaa, la province d'Amrane, plus au nord, et celles de Hajja et de Saada, près de la frontière saoudienne, ainsi que la ville portuaire d’Aden (sud).

Marib (centre du pays)
Les miliciens chiites se sont également emparés de la base militaire de Nakhla dans la province pétrolière de Marib.

Des tribus saoudiennes de Yam et Najran critiquent l’intervention au Yémen
Dans un communiqué signé par Cheikh Aziz ben Mahzel al-Soukour au nom des tribus saoudiennes de Yam et Najran, les tribus ont condamné l’intervention militaire de l’Arabie saoudite au Yémen. Il s’agit là d’une déclaration inouïe en Arabie saoudite qu’on a du mal, pour l’instant, à interpréter.

Jean René Belliard

 

 

 

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