04/06/2015

4 juin : Résumés et analyses des conflits du Moyen Orient et d’Afrique du nord

Pour les services de renseignement, l’armée syrienne a cessé d’exister et ne représente plus une menace pour Israël. Quant au Hezbollah, sa dangerosité est également fortement amoindrie en raison de l’engagement de la milice chiite dans le conflit syrien et les pertes importantes qu’il a subies.

A Gaza, le Hamas tente d'empêcher l'implantation de l'Etat Islamique.


Gaza

L’Etat islamique s’implante et provoque des incidents
Des avions F-16 de l'armée israélienne ont lancé plusieurs frappes aériennes sur la bande de Gaza tôt jeudi 4 juin 2015. Ils ont pris pour cibles deux camps d'entraînement dans la ville de Gaza et une troisième frappe a eu lieu à Khan Younès. Deux des trois camps visés appartenaient aux brigades Ezzedine al Qassam, la branche militaire du Hamas. L’un des camps est celui de la « tour Makusi », dans la banlieue nord-ouest de la ville de Gaza et l’autre est le camp Abou Jarad, voisin du marché aux voitures, dans la zone de Zeitoun, au sud de la ville de Gaza. Le troisième camp pris pour cible appartient aux brigades « al-Qods », l’aile militaire du Jihad islamique. Il est situé à l’ouest de Khan Younès.
Un communiqué de l'armée israélienne précise :
"Hier, le 3 Juin 2015, deux roquettes ont été lancées sur le sud d'Israël depuis la bande de Gaza". Le communiqué ajoute que les roquettes sont tombées en terrain découvert, près des villes d'Ashkelon et de Netivot. "Personne n'a été blessé."
"En réponse à cette attaque, les Forces de défense israéliennes ont frappé trois infrastructures terroristes dans la bande de Gaza", ajoute le communiqué.
En effet, vers 23 heures, le mercredi 3 juin, les sirènes ont à nouveau retenti à Netivot, Ashkelon et plusieurs autres localités situées au sud d’Israël. Deux missiles explosaient quelques instants plus tard sur le territoire du conseil régional de Sdot Neguev sans faire de victimes ni dégâts. Aussitôt, les militants du Hamas évacuaient précipitamment leurs bases, s’attendant à une réplique de l’armée israélienne.
On apprenait peu après que l’organisation islamiste « Brigades Omar », un groupe revendiquant son affiliation à l’Etat islamique, a revendiqué la responsabilité des tirs de roquettes. Sur son compte Twitter, les Brigades Omar déclarent que le tir de missiles est en réponse à l’exécution par le Hamas d’un de leurs membres, mardi 2 juin.
Il semble que, depuis quelques jours, les forces de sécurité du Hamas aient durci leur position vis-à-vis des islamistes intégristes.

Liban

Ersal
Le Hezbollah a poursuivi sa progression dans le jurd d’Ersal (frontalier avec la Syrie) à l’est du Liban. Il contrôlerait désormais plus de 50 km2 du Jurd.
Les combattants hezbollahis se seraient établis sur des collines stratégiques surplombant les régions de Rahwa, Wadi Khayl et Wadi Atnin où sont réfugiés les dirigeants du Front al-Nosra (branche syrienne d’Al-Qaïda), dont Abou Malek al-Talli, l’émir du Front dans la région syrienne du Qalamoun.
Les combattants du Hezbollah ont également pris le contrôle des collines de Majar al-Hamar et Chmeis al-Hamra au nord du Jurd de la région de Nahlé, et ce après des combats avec les Jihadistes du Front al-Nosra.
Le Hezbollah, en coordination avec des éléments de l’armée syrienne, ont poursuivi leur progression dans le jurd de la région syrienne de Flita dans le Qalamoun.
Vidéos montrant les opérations du Hezbollah dans le Qalamoun ;
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=826870c356a7
et video mise hier sur le blog :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=32ca66e74457
Et video des rebelles syriens montrant le bombardement d’une position du Hezbollah. L’attaque aurait fait plusieurs morts :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=e7a723c205bd

L’entrée à Ersal sera interdite au Hezbollah, déclare le maire sunnite d’Ersal
Ali Hojeiry, le président du conseil municipal d’Ersal, a affirmé dans les colonnes du quotidien as-Safir du jeudi 4 juin 2015 sa détermination à défendre sa ville contre le Hezbollah et les "éléments armés".
M. Hojeiry a affirmé que "les habitants d’Ersal défendront la localité si le Hezbollah ou les éléments armés tentent de lui porter atteinte. Nous nous tenons en ce moment à l'écart et nous les regardons se battre dans les environs, mais l'entrée à Ersal est interdite".
Par ailleurs, Ali Hojeiry a démenti l'annonce, mercredi soir, par le Front al-Nosra (branche syrienne d'al-Qaïda) selon laquelle une brigade nommée "La Brigade al-Farouk Omar à Ersal" aurait été créée. "Ces affirmations ne dépassent pas le stade de la publicité", a-t-il estimé.

Front syrien

L’armée syrienne a cessé d’exister
Selon les services de renseignement israéliens, l’armée syrienne a cessé d’exister. Ce constat oblige le haut commandement militaire israélien à comprendre ce qui se passe de l’autre côté de la frontière pour assurer la sécurité du pays. C’est pourquoi Israël observe avec beaucoup d’attention l’évolution de la situation et surtout la place de plus en plus importante prise par le Hezbollah dans la région, notamment l’élargissement de son champ d’action. Les Israéliens estiment que 6000 à 8000 combattants du Hezbollah sont engagés sur le théâtre syrien. L’organisation chiite libanaise a du prélever de nombreux combattants du sud Liban, ce qui signifie qu’elle sera difficilement en état de poser une menace à Israël. D’autant plus que la milice chiite libanaise a perdu beaucoup de combattants en Syrie. Les services de renseignement israéliens estiment le nombre des pertes à 700 Hezbollahis, dont une centaine au cours des deux dernières semaines.
On a parlé hier, mercredi 3 juin, du débarquement de 7000 membres des Brigades al-Qods, les forces spéciales des Gardiens de la Révolution Islamique et des déclarations belliqueuses concernant une possible offensive contre la ville de Jisr al-Shoughour actuellement aux mains des rebelles de Jeich al-Fateh (l’armée de la conquête). Pour les Israéliens, il s’agit d’une intox. Le corps expéditionnaire iranien sera juste employé à la protection de Damas, du moins pour un certain temps. A Téhéran, on aurait déjà compris qu’il y a tout à perdre en Syrie et rien à gagner. Aussi, les Iraniens auraient demandé au Hezbollah de maintenir un réduit alaouite, aussi grand que possible. L’Irak est la priorité de Téhéran, pas la Syrie.
Bien sûr, le commandement militaire israélien n’ignore pas que la partie syrienne du plateau du Golan est tombée entre les mains du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie), mais il estime que ces Jihadistes sont incapables de mener une guerre conventionnelle.
En fait, le plus grand danger pour Israël reste la situation dans les territoires palestiniens. L'armée israélienne déploie actuellement des efforts considérables pour réduire les tensions sociales, et a appelé à poursuivre la coopération sécuritaire avec l'Autorité palestinienne.

Avertissement saoudien à l’Iran
Adel al-Joubeir, le ministre des AE saoudien, a averti Téhéran que le Royaume ne restera pas immobile face à l'intervention de l'Iran dans la région.
Il a lancé cet avertissement à l’occasion de sa visite en Egypte où il a rencontré son homologue égyptien, Sameh Choukry.
Al-Jubeir a averti que l'amélioration des relations avec l’Iran dépendra de savoir si l'Iran va «cesser de soutenir le terrorisme » et cesser de "prendre des mesures qui nuisent à l'intérêt de la région".
"Nous refusons les actions de l'Iran, les actions instigatrices que l'Iran est en train de prendre, les actions négatives et son soutien au terrorisme. Nous sommes impatients de voir le jour où nous pourrons construire des relations fortes avec l'Iran. Cependant, cela dépend du comportement de l'Iran et s'il arrête d’intervenir dans les affaires de la région, cesse de soutenir le terrorisme, arrête de prendre les mesures qui nuisent à l'intérêt de la région et à l'intérêt des gens. Donc, cela est entre les mains de l'Iran. L'amélioration et l'enrichissement des relations avec l'Iran dépend de l'Iran mais nous ne resterons pas silencieux et inactifs face à l'intervention de l'Iran dans la région ", a déclaré al-Jubeir.

Saoudiens et Iraniens s’affrontent déjà en Syrie et au Yémen
L’Arabie saoudite est à la tête d'une campagne contre les Houthis chiites du Yémen, qui sont alliés à Téhéran. Ce conflit est une lutte d'influence entre le royaume musulman sunnite et la puissance chiite iranienne.
Le royaume est également l’un des principaux partisans des rebelles sunnites qui tentent de renverser le président syrien Bachar al-Assad.

Al-Jubeir en appelle à la Russie
Al-Jubeir, qui s’est montré très critique du soutien de la Russie à Bachar el-Assad, a toutefois indiqué que son pays tentait de convaincre la Russie d'abandonner son soutien au dirigeant syrien.
"Notre contact avec la Russie coïncide avec le contact de l'Egypte avec la Russie et il est de convaincre la Russie d'abandonner Bachar Al Assad, ou d’utiliser son influence pour faire pression sur lui de renoncer à son pouvoir dans les plus brefs délais", a déclaré Al-Jubeir.

L’Egypte défendra le camp sunnite
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukry, a affirmé, quant à lui, que les nations arabes ont la capacité de protéger la sécurité nationale contre les forces qui tentent de déstabiliser la région.
« A aucun moment les nations arabes sont intervenues dans les affaires d'autrui ou ont affecté des nations en dehors de cette région. »
Il poursuit : « Si nous coopérons, nous avons la capacité de protéger notre sécurité nationale et de travailler beaucoup au profit de l'intérêt arabe sans influence de toute autre partie qui peut déstabiliser la stabilité et pousser des intérêts qui ne correspondent pas à l'intérêt des peuples arabes ».

Sur le terrain :

Province d’Alep – Toujours des bombardements au baril d’explosifs !
Au moins 14 civils dont la moitié sont des enfants ont été tués jeudi 4 juin par des barils d'explosifs largués par l'armée de l'air syrienne sur la province septentrionale d'Alep.
Les raids ont visé les localités de Hayyane et Deir Jamal, au nord de la ville d'Alep. A Hayyane, huit civils dont deux hommes âgés, une femme et cinq enfants d'une même famille ont été tués. A Deir Jamal, six civils dont deux enfants et une femme sont décédés. De nombreuses personnes se trouvent également dans un état critique ou encore sous les décombres. Rappelons que les autorités syriennes démentent toujours avoir recours à ces barils d’explosifs. 

Sourane (province d’Alep)
Les Jihadistes de l’Etat Islamique se sont emparés du village de Sourane, au nord d’Alep, à l’issue de violents combats avec une coalition d’autres milices rebelles. L’Etat Islamique se rapproche désormais de la localité de Marea située sur une route menant à la Turquie et cruciale pour le ravitaillement des insurgés.
Jeudi 4 juin, les combats entre l’Etat Islamique et les autres formations rebelles se déroulaient aux environs de Sourane. 

La ville d’Hassaké pourrait tomber entre les mains de l’Etat Islamique
Les jihadistes ne se trouveraient plus qu'à 500 mètres de Hassaké, une ville partagée entre les forces du loyalistes et les forces kurdes.
Les combats ont lieu, actuellement, à la périphérie sud. Mercredi 3 juin, les Jihadistes de l’EI ont lancé six attaques kamikazes à la voiture piégée contre les positions des défenseurs. Ces attaques leur ont permis de s’emparer d’une prison et d’une station d'électricité.
L’Armée Arabe Syrienne serait en train d’envoyer des renforts. Mais le quotidien Al-Watan, proche du pouvoir syrien, a critiqué l'implication des Kurdes dans la bataille débutée le 30 mai, se disant "surpris de la faiblesse de certains frères kurdes" pour défendre Hassaké.
La chute de cette ville donnerait à l'EI le contrôle d'une deuxième capitale de province en Syrie après Raqqa (nord).

Vidéo
Les Jihadistes de l'Etat Islamique capturent la prison juvénile au sud de Hasaké :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=fd387f15efcb

Jean René Belliard


 

 

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