31/05/2015

31 mai 2015 - Guerres dans le monde arabe

La situation semble se dégrader à la frontière saoudo-yéménite où les morts s'accumulent au fil des jours. Pourtant, des pourparlers entre Américains et Chiites yéménites ont débuté à Mascate pour tenter de trouver une solution.


Liban

Les prisonniers libanais du pouvoir syrien
Parmi les 600 prisonniers qui auraient été libérés par l’Etat Islamique de la sinistre prison de Tadmor (Palmyre), se trouveraient 27 prisonniers libanais.Il ne s’agit pour l’instant que d’une rumeur. Mais le gouvernement libanais devrait parvenir à en savoir plus en interrogeant des pays amis comme le Qatar ou la Turquie qui maintiennent peut être un circuit de communication avec des personnalités proches de l’Etat Islamique. On savait que des citoyens libanais avaient été incarcérés dans la prison de Tadmor depuis 1976, date à laquelle de nombreux Libanais disparaissaient sans laisser de traces aux barrages de l’armée syrienne qui était entrée au Liban. Parmi les 27 détenus libanais qui auraient été libérés se trouveraient cinq Chrétiens. Il parait que plusieurs d’entre eux auraient été détenus dans les geôles syriennes depuis plus de 35 années !
Curieusement, ni le ministère de l'Intérieur libanais ni aucune organisation représentant les droits des familles des détenus et disparus pendant la guerre civile libanaise n’ont donné une quelconque confirmation.
Une information est pourtant de la plus haute importance pour près de 600 familles libanaises dont un membre a été arrêté ou a disparu après son arrestation par les forces syriennes d'intervention au Liban. Beaucoup de ces personnes ont été emprisonnées à Tadmor ou dans d’autres lieux de détention à travers la Syrie. Beaucoup sont des prisonniers politiques, des membres des milices chrétiennes libanaises qui se sont affrontées aux Syriens, des agents des Forces de sécurité libanaises et même des soldats libanais.
Plusieurs de ces détenus ont été libérés au fil du temps. L'un des derniers cas est Yaacoub Chamoun, qui est retourné au Liban en 2012, après 17 ans de détention. Il avait été arrêté en raison de son appartenance au parti des Phalanges libanaises de Pierre Gemayel.  Il avait été condamné aux travaux forcés à perpétuité après avoir été accusé de collaboration avec Israël.
Une information sur la libération de détenus libanais de la prison de Tadmor est également importante sur le plan judiciaire car elle apporterait la preuve formelle que la Syrie a bien enlevé et incarcéré des ressortissants libanais, ce qu’elle a toujours nié. Cela permettrait aux tribunaux internationaux de tenir le gouvernement de Bachar el-Assad pour responsable.
L'État syrien n'a jamais admis officiellement détenir des prisonniers politiques libanais. Et lorsqu’un prisonnier était libéré et rentrait chez lui, cela se faisait dans le plus grand secret et il était menacé de mort dans le cas où il parlerait.  La plupart des disparus, malheureusement, sont rentrés au Liban dans des cercueils quand les autorités syriennes voulaient bien rendre leur cadavre aux familles.

Front libyen

Fajr Libya appelle à la mobilisation générale contre l’Etat Islamique
Chaque semaine qui passe montre une progression de l’Etat Islamique en Libye. Fortement implanté à Derna et Syrte, certainement présent à Benghazi, l’Etat Islamique menace les deux forces qui s’opposent par ailleurs pour le contrôle du pouvoir, qu’elles soutiennent le gouvernement internationalement reconnu ou le gouvernement opposé basé à Tripoli.
Les Jihadistes de l’EI intimident leurs adversaires en Libye, comme ils le font en Irak ou en Syrie, par la violence de leurs actions, la plupart du temps suicides, et l’atrocité de leur comportement vis-à-vis de leurs prisonniers.
Le gouvernement libyen basé à Tripoli et soutenu par la coalition des milices Fajr Libya, a appelé dans un communiqué "les officiers et soldats de l'état-major de l'armée libyenne, les forces du ministère de l'Intérieur et de tous les services de sécurité ainsi que les révolutionnaires du 17-Février dans toutes les villes (...) à la mobilisation urgente". Rappelons que ce gouvernement de Tripoli n’est pas reconnu par la communauté internationale.

Front syrien

Province d’Alep
L’armée de l’air syrienne a commencé en 2013  à larguer à Alep des barils remplis de puissants explosifs et de ferraille. Cette pratique s’est élargie depuis à toutes les régions conquises par les rebelles et font un grand nombre de victimes au sein des populations civiles. Les ONG internationales dénoncent régulièrement le lancement par les hélicoptères de l’armée de ces barils d’explosifs.
Samedi 30 mai, 71 civils, dont des enfants, ont encore été tués par des lancements de barils d’explosifs dans la province d’Alep. Il s’agit de l'un des bilans les plus lourds dans cette région du nord du pays en guerre. Et à Jabal al-Zawiya, une région montagneuse de la province d’Edleb qui est presque totalement aux mains des rebelles et de la branche d'Al-Qaïda, 19 autres personnes ont été tuées par des bombardements similaires. Enfin, une femme a péri dans des frappes sur un autre village de la même province.
Le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond s'est dit "horrifié par cette dernière attaque brutale menée par le régime d'Assad". "Il s'agit d'une preuve choquante supplémentaire sur les méthodes horribles et sans discernement utilisées par le régime d'Assad pour tuer et blesser des civils innocents dont des enfants", a-t-il ajouté. "Nous continons d'appeler à une transition politique pour un avenir dont Assad ne fera pas partie", a encore souligné le ministre.
Le médiateur de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a également condamné le lancement de barils d’explosifs dans la province d'Alep. 
"Le bombardement aérien par des hélicoptères syriens d'un marché civil dans le quartier d'Al-Chaar à Alep mérite la plus forte condamnation internationale", a dit M. de Mistura dans une déclaration écrite. "Il est totalement (...) inacceptable que les forces aériennes syriennes attaquent leur propre territoire de façon indiscriminée, tuant ses propres citoyens", a-t-il ajouté.

Kurdes et Jihadistes de l’EI s’expliquent à coups de canon
L'Etat Islamique avait lancé, samedi 30 mai, une attaque à la périphérie de Hassaké (nord-est), chef-lieu de la province éponyme que le groupe jihadiste tente de capturer. Les Jihadistes seraient parvenus  à quatre km de la ville.
Les Kurdes qui résistent à Hassaké, ont lancé une offensive contre l’Etat Islamique en direction de Raqqa, la place-forte de l’EI dans le nord syrien.
Les combattants kurdes de l’YPG, soutenus par des frappes de la coalition internationale, ont pris, dimanche 31 mai, plusieurs villages au sud-est de Kobané (Aïn el-Arab en arabe), progressant vers Raqqa. 

Message dramatique d’un combattant assyrien (chrétien) de Hassaké :
Vidéo (Assyrien sous-titré en anglais) :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=2ecfd0d9a7b7

L’ONU tente de relancer les pourparlers entre les protagonistes du conflit syrien
Le médiateur de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a lancé le 5 mai à Genève une série de discussions de longue haleine qu'il mène à huis clos et séparément avec les protagonistes du conflit et des acteurs internationaux, dont l'Iran, dans une tentative de relancer les négociations dans l'impasse.
"Fin juin, (...) nous évaluerons la situation et déciderons de la prochaine étape", avait indiqué aux médias M. de Mistura au premier jour des discussions.

Front yéménite

Embrasement à la frontière saoudo-yéménite
Le fait nouveau est l’utilisation par les Chiites d’un nouveau système de missiles de courte portée fabriqué localement. Ce système baptisé Zelzal  (tremblement de terre en arabe)  peut tirer à partir d’une plate-forme mobile jusqu’à trois missiles à la fois. Il se caractérise par sa haute précision et une puissance explosive importante et peut être téléguidé à partir de la base de lancement.

Aéroport saoudien de Najrane (frontière saoudo-yéménite)
Plus de 50 roquettes tirées par les soldats yéménites fidèles de l'ex-président Saleh et les forces populaires d’Ansarullah (Houthis) ont visé l’aéroport saoudien de Najrane (à la frontière avec le Yémen).

Informations contradictoires sur le sort d’un camp militaire saoudien
Plusieurs médias arabes ou yéménites affirment que le camp militaire saoudien Aïn al-Harat,situé à la frontière avec le Yémen, serait tombé, dimanche 31 mai, entre les mains des Chiites yéménites et des militaires fidèles à l’ancien président Saleh. Ce camp se trouve dans la région d’Aassir. Les Chiites se seraient emparés par la même occasion de 45 chars, 55 véhicules de type Hummer, et un nombre important de mortier et d’équipement militaires, parmi lesquels 465 missiles sol-sol. Pour l’instant aucune confirmation ou démenti officiel saoudien quant à cette affirmation.

Encore un garde-frontière saoudien tué dans un bombardement yéménite
Un garde-frontière saoudien a été tué et sept blessés lorsque leur patrouille a été touchée par un bombardement depuis le Yémen dans la région frontalière de Jizan, a annoncé le ministère de l'Intérieur saoudien.

Les incidents se multiplient à la frontière saoudo-yéménite
Au moins 31 personnes au total, des civils et des militaires, ont été tuées à la frontière saoudienne depuis que Riyad a pris la tête fin mars 2015 d'une coalition arabe qui mène des raids aériens au Yémen contre les rebelles chiites soutenus par l'Iran.

Les raids saoudiens se poursuivent
Ce dimanche 31 mai, l'artillerie saoudienne a tiré une centaine de missiles sur les régions frontalières du Yémen.
Plus de 10 raids ont été perpétrés depuis le matin du dimanche 31 mai contre plusieurs régions yéménites.
A Sanaa, le camp de la sécurité centrale, les deux montagnes Annahidine et Faj-Attane ont été prises pour cibles, ainsi qu’un centre scientifique. Il y aurait de nombreuses victimes.
12 personnes ont été tuées et 81 autres blessés dans trois raids saoudiens contre des bâtiments résidentiels dans la ville de Hajjah (nord-ouest).
Dans la ville de Saada, c’est le siège de la Banque yéménite de la construction, les marchés Jayyach et al-Saïfi, ainsi que le siège du tribunal de la ville, et deux camps de la garde nationale et de la police militaire qui ont été visés. La radio de Saada, fief de l'organisation houthie Ansarullah, a également été prise pour cible par les chasseurs-bombardiers saoudiens.
A Taëz (sud), la citadelle du Caire a été  visée.

Le ministre russe des AE critique l’intervention saoudienne au Yémen
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a souligné que « les attaques de la coalition dirigée par l’Arabie contre le Yémen ne profitent qu’au groupe terroriste al-Qaïda ».
Le chef de la diplomatie russe a précisé vendredi dans une interview avec la chaîne d’information Russia 24 : « Le groupe terroriste al-Qaïda qui rivalise avec les terroristes de Daech a conforté ses assises à cause des bombardements visant le Yémen ».
Insistant sur la position de son pays dans la lutte contre le terrorisme, Lavrov a déclaré : «il faudrait agir selon des critères univoques et éviter la politique ambivalente dans la lutte contre le terrorisme».

Les Américains discutent avec les rebelles houthis
Selon M. Saleh, les Etats-Unis et l'Iran discuteraient à Oman de la mise en place d'une médiation entre Téhéran et Ryad.
Le chef de la diplomatie iranienne était mardi à Oman, où il a notamment discuté avec des responsables omanais de la situation au Yémen, alors qu'une délégation houthie était également présente jeudi 28 mai dans ce pays, le seul pays du Golfe à ne pas participer à la coalition arabe.
Favorisées par une médiation omanaise, les discussions seraient les premières d'une délégation américaine avec les rebelles Houthis depuis le lancement le 26 mars d'une campagne de frappes aériennes au Yémen par une coalition arabe sous commandement saoudien.
"Les discussions entre les Houthis et la délégation américaine sont intervenues à la demande de la partie américaine", a déclaré à l'AFP le porte-parole, Rajah Badi, basé à Ryad.
Les négociateurs rebelles, conduits par Saleh al-Sammad, président du bureau politique de la rébellion, étaient arrivés à Oman à bord d'"un avion affrété par les Américains".
Interrogé sur la teneur des discussions, M. Badi a émis "l'espoir qu'elles s'inscrivent dans le cadre des efforts internationaux pour faire appliquer la résolution 2216 du Conseil de sécurité de l'ONU".
Cette résolution prévoit notamment un retrait des rebelles chiites de la capitale Sanaa et des autres villes qu'ils ont conquises depuis l'an dernier.

Il sera sans doute question, au cours des discussions entre Américains et Chiites yéménites, du sort des Américains détenus actuellement par la milice chiite Ansarullah.

Jean René Belliard
 

 

 

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