24/05/2015

23 mai 2015 : Nouvelles des conflits du Moyen Orient et de l’Afrique du nord

L'Arabie saoudite est-elle prise au piège au Yémen, condamnée à coopérer avec al-Qaïda pour défaire sur le terrain les Chiites et les Chaféites (des Sunnites modérés alliés aux Chiites).


Arabie saoudite

Première action de l’Etat Islamique en Arabie saoudite
L’attentat du vendredi 22 mai contre une mosquée chiite n’est pas le premier à frapper cette communauté religieuse en Arabie saoudite. En novembre 2014 déjà, des hommes armés avaient tué sept chiites, dans la localité d'al-Dalwa, pendant la célébration du deuil chiite de l'Achoura.
Mais ce qui est à retenir, c'est que cet attentat kamikaze est la première opération revendiquée par l’État islamique (EI) en Arabie saoudite.
Il y a quelques mois, nous recevions avec suspicion les nouvelles de l’implantation de l’Etat Islamique en Libye. Aujourd’hui, l’organisation jihadiste est présente et très active. C’est pourquoi il faut prendre très au sérieux la première revendication d’une attaque kamikaze en Arabie saoudite. 
D’un côté, on assiste à la montée en puissance de l’Etat Islamique, l’extension des territoires qu’il contrôle et la multiplication des attentats commis à l'échelle régionale et internationale. De l’autre côté, on sait que le royaume saoudien est fragile. L’étendue de son territoire est en fait un trompe-l’œil. Le royaume a une faible population, parmi laquelle on trouve un fort pourcentage d’étrangers. Il est ouvert à tous vents. Au nord, c’est l’immensité désertique dans laquelle se trouve les frontières saoudo-jordaniennes et saoudo-irakiennes. Au sud, c’est la frontière saoudo-yéménite, poreuse et mal défendue. Il faut donc s’attendre à d'autres attaques dans ce royaume vulnérable.
Et c’est bien ce que craint la minorité chiite d’Arabie saoudite. Celle-ci ne représente que 10% de la population totale. Elle a bien compris qu’elle était considérée comme une cinquième colonne par le pouvoir saoudien, sur fond de guerre entre Sunnites et Chiites un peu partout dans le monde arabo-musulman, que ce soit en Irak, en Syrie ou au Yémen.
Et même si les tensions entre le pouvoir et les chiites sont un peu retombées depuis qu’un dialogue interconfessionnel a été entamé, il reste que les autorités sécuritaires saoudiennes continuent de réprimer dans le sang la moindre velléité de protestation. Depuis le mouvement de contestation de 2010, les accrochages avec les forces de l'ordre et les arrestations au sein de la communauté se sont multipliés. Et il est de notoriété publique qu’elles ont même contribué à encourager l’islamisme sunnite pour contrer les aspirations chiites dans le royaume.
Mais la revendication par l’Etat Islamique de sa première action à l’intérieur du royaume a résonné comme un coup de semonce pour les autorités. La monarchie saoudienne sait fort bien que l’Etat islamique veut l’abattre pour, soi-disant, « libérer les lieux saints » et chasser les infidèles et les mécréants. Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont maintes et maintes fois clamés haut et fort que la famille royale saoudienne avait trahi le message d'Abdel Wahhab. Ils revendiquent être les véritables héritiers de Mohammad ben Abdel Wahhab (fondateur du wahhabisme, sur lequel est fondé le système du royaume) et non pas les Saoud. En avril dernier, le calife autoproclamé Abou Bakr el- Baghdadi avait directement menacé le royaume. Et dans son communiqué revendiquant la responsabilité de l’attentat contre la mosquée chiite, l'Etat Islamique fait mention pour la première fois de la « wilayat el-Najd » (région d'Arabie dont la fusion avec le Hijaz et d'autres provinces constitue le noyau originel de l'actuelle Arabie saoudite).
Et c’est sans doute pour se protéger contre l’Etat Islamique qu’on a assisté, ces derniers temps, à une certaine passivité, voire une certaine tolérance du pouvoir saoudien vis-à-vis des Jihadistes d’al-Qaïda, l’autre centrale jihadiste elle aussi menacée par l’agressivité de l’Etat Islamique On a pu constater cette évolution de la politique saoudienne vis-à-vis d’al-Qaïda au Yémen. Depuis que l’offensive aérienne de la coalition internationale a pris pour cible les milices chiites, jamais, un objectif d’al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) n’a été pris pour cible par les Saoudiens. Seuls les Etats-Unis ont poursuivi les frappes de leurs drones Predator contre des cibles d’al-Qaïda.

L’Etat Islamique s’est-il implanté en Arabie saoudite ?
Il est très difficile de le savoir pour l'instant le nombre de sympathisants de l’Etat Islamique. Ce qu’on soupçonne, c’est que de nombreux Saoudiens, inquiets devant la progression du Chiisme dans le monde arabe, considèrent l’Etat Islamique comme la seule force capable de s’opposer efficacement à l’Iran. 
 
Quel jeu joue l’Arabie saoudite avec al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) ?
On a constaté, à l’occasion de la campagne de bombardements aériens contre les Chiites yéménites, que l'Arabie saoudite épargnait les concentrations d’al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA). Il s’agit pourtant du réseau le plus dangereux d’al-Qaïda.
L'Arabie saoudite a, par exemple, assisté sans réagir à la prise le 2 avril 2016 par les combattants islamistes de l’AQPA de Moukalla, la capitale du Hadramout, la province la plus vaste du Yémen située au Sud-est du pays et le berceau de la famille Ben Laden. Bien plus, on estime que c’est l'absence de frappes saoudiennes sur le Hadramout qui a permis aux Jihadistes de l’AQPA de pousser leur avantage en s'emparant de l'aéroport de Moukalla, puis d'une base militaire, mettant la main sur une grande quantité d’armes lourdes.
Il semble que l’Arabie saoudite, peu encline à engager des troupes au sol, compte sur les Jihadistes de l’AQPA, alliés aux tribus sunnites et aux partisans du président Hadi, pour affronter sur le terrain les miliciens chiites d’Ansarullah. Il est vrai que sous d’autres cieux, en Syrie par exemple, les Jihadistes du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) ont fait alliance avec des milices islamistes aidées par l’Arabie saoudite pour affronter l’armée de Bachar el-Assad et maintenir les Jihadistes de l’Etat Islamique à distance.
Pour justifier son comportement vis-à-vis de l’AQPA Riyad explique que les jihadistes ne sont pas tous des combattants d'al-Qaïda, mais plutôt les fils de tribus qui peuvent être des alliés naturels dans le conflit actuel.
La stratégie saoudienne tombe bien pour les dirigeants d’al-Qaïda. Ils sont de plus en plus marginalisés par la montée en puissance de l’Etat Islamique et cherchent à rompre leur isolement et à trouver des alliés pour faire front.
Mais cette stratégie pourrait se révéler néfaste à l’avenir pour le royaume saoudien. En effet, le conflit a pris une tournure franchement confessionnelle qui renforce les extrémistes des deux camps. Et cette évolution rendra très difficile la recherche d’une solution pour mettre un terme au conflit.

Egypte

Sinaï
L'état d'urgence a été décrété depuis quelques mois et un couvre-feu nocturne imposé dans certaines zones du nord de la péninsule du Sinaï pour faire face aux attaques incessantes des Jihadistes du groupe « Wilayat Sina » contre des soldats et policiers dans la région.
La dernière attaque en date a eu lieu le vendredi 22 mai lorsque des Islamistes ont attaqué une ambulance qui transportait un soldat blessé au sud de la ville de Sheikh Zuweid (nord du Sinaï) et l'ont enlevé. Cette région est un fief des insurgés islamistes.
Le corps du soldat a été retrouvé un peu plus tard dans le même secteur. Le soldat avait été blessé auparavant au cours d'un affrontement avec des Jihadistes du groupe "Wilayat Sina", affiliés à l’Etat Islamique depuis juin 2014. Ce mouvement était connu, avant son allégeance à l’EI, sous le nom d’ Ansar Beït al-Maqdess. 
"Wilayat Sina" a revendiqué l'exécution du soldat :
."Les soldats du califat ont arrêté une ambulance dans un guet-apens et tué" le soldat égyptien blessé, ont annoncé les jihadistes dans un message publié sur un compte Twitter attribué au groupe.

Front irakien

Front de Ramadi
Les forces irakiennes, après s’être réorganisées, ont regagné du terrain dimanche 24 mai face aux forces de l’Etat islamique. Elles avançaient à nouveau vers la ville de Ramadi une semaine après sa chute aux mains des fondamentalistes sunnites.
La localité de Houssaïba al Charkiya, située à une dizaine de kilomètres à l'est de Ramadi, a été partiellement reprise avec l'aide des milices paramilitaires chiites. La gare et le commissariat de la ville ont été repris aux Jihadistes de l’EI. Mais il ne s’agit pas encore de la grande offensive annoncée pour reprendre Tikrit mais juste d’une action faisant suite à un regroupement de l’armée. Par ailleurs, il semble que les Irakiens ne souhaitent pas bénéficier de l’assistance de la coalition internationale, ce qui pourrait rendre plus aléatoire un éventuel succès de la contre-offensive. La raison est qu’ils accusent les Américains d’avoir survolé les colonnes de l’EI gagnant Ramadi pour prendre la ville sans susciter la moindre réaction de leur part.
Vidéo (langue anglaise) :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=aaa42021fd09

L'EI prend le contrôle d'un poste frontière irakien avec la Syrie
Les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) ont pris dimanche un poste-frontière irakien avec la Syrie après le retrait des forces gouvernementales, ont rapporté un officier de police et un responsable provincial.
"Daech (acronyme arabe pour l'Etat islamique) a pris ce matin le contrôle d'al-Walid (nom syrien - le nom est Tanaf pour les Irakiens), un point de passage entre l'Irak et la Syrie après le retrait de l'armée et des gardes-frontières", a déclaré un colonel de la police.
L'EI avait déjà capturé vendredi celui de Tanaf, le poste-frontière côté syrien, privant ainsi le régime de Bachar el-Assad de tout point de contrôle le long de ses frontières terrestres à l'exception de ceux avec le Liban.
Les forces gouvernementales irakiennes stationnées à al-Walid se sont repliées temporairement vers Trebil,le poste-frontière avec la Jordanie, selon l'officier de police.
Les jihadistes de l'EI s'étaient emparés l'an dernier d'un autre poste-frontière entre la province sunnite d'al-Anbar et la Syrie tandis qu'un autre point de passage entre les deux pays est contrôlé par les forces kurdes.
Un responsable à la frontière irakienne a confirmé le retrait des forces gouvernementales d'al-Walid. "Il n'y a plus de militaires pour assurer la sécurité du poste-frontière", a précisé Saad Jassem, en ajoutant que l'EI contrôlait à présent les deux côtés de la frontière.

Liban

Le secrétaire général du Hezbollah libanais a envisagé une mobilisation générale des combattants du parti face à la menace des jihadistes sunnites syriens. Cette information a été donnée par le quotidien al-Akhbar (proche du Hezbollah) dans son édition du samedi 23 mai 2015.
"Le danger qui nous guette est existentiel et ressemble à celui de 1982", a affirmé le chef du parti chiite lors d'une rencontre avec des blessés du Hezbollah, en référence à l'invasion israélienne du Liban cette année-là.
"Il s'agit d'une nouvelle phase, au cours de laquelle nous aurons recours à toutes nos forces afin de faire face aux « takfiristes »  (nom donné par les Chiites aux Jihadistes sunnites), a ajouté Hassan Nasrallah. Nous allons combattre partout, sans avoir honte de quiconque, et ceux qui s'y opposent n'ont qu'à faire ce qu'ils croient être convenable".
"Le temps de la mobilisation est arrivé, a estimé Hassan Nasrallah, et tout le monde peut y contribuer, même en paroles. (...) A l'avenir, nous pourrions décréter la mobilisation générale, et nous pourrions combattre partout. Nous ne nous tairons plus, et nous fixerons dans les yeux tous ceux (qui nous critiquent), et leur dirons « vous êtes des traîtres ».
La soudaine dramatisation de la situation par le leader du Hezbollah signifie deux choses. La première est que la direction du mouvement chiite libanais est extrêmement inquiète devant les revers répétés de l’Armée Arabe Syrienne, exsangue après des années de conflit. Le pouvoir de Damas semble souffrir d'une perte importante de ses effectifs et d'un changement de stratégie de la part de ses alliés russe et surtout iranien. Face à l'impossibilité de reprendre tout le territoire syrien, et l'incapacité des milices chiites à mener simultanément la guerre sur les fronts irakien et syrien, l'Iran semble privilégier la défense de la « Syrie utile » quitte à sacrifier le reste du territoire.
Elle sait que l’affaiblissement de l’armée a provoqué une lutte intestine au sommet du pouvoir syrien.  La deuxième est que les dirigeants hezbollahis préparent la population chiite libanaise à un accroissement de l’engagement du Hezbollah au Liban, sur ordre de Téhéran, pour sauver le pouvoir syrien.

Front syrien

Les jihadistes renforcent leur « califat » entre Syrie et Irak
Fort de dizaines de milliers de combattants, l’Etat Islamique contrôle désormais la moitié de la Syrie et de vastes régions en Irak. Les Jihadistes de l’EI ont chassé, dimanche 17 mai, les soldats de Ramadi, chef-lieu de la province irakienne d'al-Anbar. Notons à ce sujet qu’un général américain a accusé l’armée irakienne d’avoir opposé une faible résistance aux Islamistes radicaux. Jeudi 21 mai, l’EI prenait le contrôle de Palmyre, dans le désert syrien, avant de progresser vers le sud syrien pour s'emparer du poste-frontière d'al-Tanaf.
Il y a une dimension psychologique très importante à la prise de Palmyre. L’EI n’a pas seulement occupé la ville. Il a également conquis la prison. Celle-ci était tristement célèbre pour être l'une des plus dures au monde : elle était notamment connue pour le massacre de centaines de détenus par le régime dans les années 80 et la torture y était pratiquée de façon quasi systématique. En s'emparant de la prison, associée dans l'inconscient populaire des populations syriennes, voire arabes, aux pires heures du régime syrien, l'EI a réalisé un coup de propagande très réussi : il passe pour être le plus sérieux ennemi du régime aux yeux d'une partie de la population et pourra recruter, si la prison n'a pas déjà été totalement évacuée, parmi les détenus islamistes.
Les succès en Irak et en Syrie permettent à l’EI d'étendre son « califat », malgré les frappes menées depuis plus de neuf mois par une coalition internationale dirigée par les États-Unis.

Damas et Bagdad en danger
 « Le fait que l'EI contrôle la moitié du territoire syrien (plus de 95 000 km2) signifie que le régime n'en détient plus que 22 % », le reste étant aux mains d'autres groupes rebelles, a déclaré le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. « Même si l'EI s'est emparé de régions peu peuplées, cela signifie qu'il contrôle désormais une étendue géographique très importante qui lui permettra de menacer la Syrie profonde comme Homs et Damas », deux bastions du régime, selon lui. Véritable carrefour routier, Palmyre est située dans la province de Homs, frontalière de celle d'al-Anbar en Irak.
Curieusement, les Occidentaux semblent ne pas comprendre le danger pour Damas. La seule inquiétude qu’ils semblent nourrir concerne les risque de destruction des trésors archéologiques de la vieille ville de Palmyre. L'Unesco s’est même fendu d’un appel à l'aide à l'ONU, avertissant que « toute destruction » à Palmyre, inscrite au patrimoine mondial de l'humanité, « serait une énorme perte ». Les dirigeants de l’UNESCO ignorent-ils que l’ONU est impuissante ?
De l'autre côté de la frontière, du côté irakien, la situation n’est guère meilleure. L'Etat Islamique a poursuivi son offensive en prenant des positions gouvernementales à l'est de Ramadi. La perte de cette capitale de la plus grande province d'Irak est un coup sévère pour Bagdad et son allié américain. Le pouvoir de Bagdad paye sans doute son impuissance à mettre un terme aux exactions des miliciens chiites contre la population sunnite après la prise de Tikrit. Les sunnites ont compris que les Jihadistes de l’EI représentaient un moindre mal en comparaison aux miliciens chiites. 
La situation est d’autant plus inquiétante compte tenu du fait que Ramadi n’est qu'à 112 km de Bagdad.

L’Etat Islamique plus puissant que jamais – malgré les frappes de la coalition internationale
On avait clamé que l’Etat Islamique était en perte de vitesse après ses deux défaites à Kobané (en Syrie) et à Tikrit (en Irak). C’était sans compter sur la capacité de résilience des Jihadistes. L’organisation jihadiste a compris la leçon et est à nouveau à l’offensive. Face à l'impossibilité d'ouvrir une voie de communication au nord, entre Raqqa et Mossoul, du fait de la présence des peshmergas kurdes, l'EI a revu sa stratégie pour porter son effort plus au sud, entre Palmyre et Ramadi. Ses succès militaires des deux côtés de la frontière, contre l'armée irakienne et contre l'armée syrienne, ont permis à l'organisation d'accroître ses ressources énergétiques et militaires : le groupe jihadiste a mis la main sur d'importants dépôts d'armes et s'est emparé de trois champs gaziers dans l'oasis de Palmyre. Et c’est au tour des armées nationales d’être sur la défensive, quand elles ne sont pas bousculées. En Syrie, l'EI encercle dorénavant les soldats de l’Armée Arabe Syrienne (AAS) encore présents dans la province de Deir ez-Zor. 

Carte Syrie-Irak.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un casse-tête pour les stratèges
La piètre performance de l’armée irakienne montre à l’évidence que l’armée nationale irakienne est incapable d’affronter les Jihadistes de l’EI sans l’appui des milices chiites soutenues par l’Iran. Et pourtant ce ne sont pas les annonces spectaculaires qui ont manqué. Le Premier ministre irakien Haïdar al-Abadi avait annoncé, le 8 avril, au lendemain de la prise de Tikrit, qu’une offensive de reconquête allait être lancée pour reprendre la province d'al-Anbar. Le Centcom (commandement central américain) annonçait, de son côté, que Mossoul serait repris au cours du mois de mai.  Mais voilà, Bagdad se retrouve aujourd'hui dans une situation d'urgence où il n'a d'autre choix que d’engager les milices chiites aux côtés des militaires pour confronter les Jihadistes de l’EI. Or, les populations locales sunnites ne veulent pas entendre parler d’une présence des miliciens chiites dans leur région.
On retrouve à peu près la même situation paralysante en Syrie à l’occasion de la prise de Palmyre. La Coalition internationale n’est pas intervenue pour défendre la ville car elle ne voulait pas donner l’impression d’aider le pouvoir de Bachar el-Assad.

8 à 10 millions de personnes vivent dans le « califat »
L’EI contrôle désormais un territoire de 300 000 km2, peuplé de 8 à 10 millions de personnes.

Sur le terrain…

Alep – Aéroport militaire de Koueiress
Un hélicoptère de l'armée syrienne s'est écrasé dans la province d'Alep, dans le nord de la Syrie, le groupe Etat islamique (EI) affirmant l'avoir abattu alors que la télévision officielle syrienne évoquait une "panne technique".
L'hélicoptère s'est écrasé "au décollage en raison d'une panne technique", a indiqué la télévision syrienne, en faisant état de "la mort des membres de l'équipage" sans en préciser le nombre.
Les jihadistes de l'EI "ont abattu un hélicoptère de l'armée syrienne près de l'aéroport de Koueires", a précisé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
"Un membre de l'équipage a été tué mais le sort des autres demeure inconnu", a ajouté le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, en soulignant qu'un équipage pouvait compter jusqu'à 15 personnes.
Un compte twitter jihadiste a affirmé, en postant la photo d'un hélicoptère en flamme, que l'appareil avait été abattu par un missile sol-air. Tout l'équipage a été tué, a-t-il ajouté, en citant les noms de deux officiers et d'un soldat.
L'EI encercle l'aéroport de Koueires, situé dans l'est de la province d'Alep, depuis mars 2014 et se livre à des combats féroces avec les forces du régime dans le périmètre de l'aéroport.
Le régime syrien utilise les hélicoptères pour transporter ses soldats et pour bombarder les régions rebelles avec des barils d'explosifs qui ont tué des centaines de personnes depuis le début du conflit il y a quatre ans.
L'EI avait abattu le 29 janvier dernier un avion militaire de l'armée de l'air syrienne, tuant le chef d'équipage, dans la province de Damas.

Damas
Le général Bassem Ali Mohanna, appartenant à la Garde républicaine, une unité d'élite de l'armée syrienne, a été tué, dimanche 24 mai vers les cinq heures du matin, au cours d’un attentat revendiqué par le puissant mouvement islamiste Ahrar al-Cham.  Une vidéo montre le général montant à bord d'une voiture, une Opel, suivie d'un autre véhicule, une Kia. Peu après que la voiture eut démarré, on voit une explosion et des flammes. Le général et sept de ses hommes auraient perdu la vie dans l’explosion. L'organisation a précisé qu'il s'agissait d'explosifs de fabrication artisanale. L’attentat a eu lieu dans le secteur d’al-Diwaniya, proche d’Adawi (Damas).
Vidéo :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=7231effa6d10

Palmyre
On ne sait pas avec certitude ce qui se passe à Palmyre, occupée par les Jihadistes de l’Etat islamique.
Selon la télévision syrienne, 400 civils auraient été tués à Palmyre. De nombreuses victimes seraient des femmes et des enfants, affirme la télévision.
Des dizaines de victimes seraient des employés de l'Etat, parmi lesquelles la présidente du Département de soins infirmiers de l'Hôpital national de Tadmor (Palmyre) avec tous les membres de sa famille.
Des milliers d'autres habitants sont assiégés dans la ville car l’EI les empêche de fuir, selon des sources locales.
Les propriétés des résidents sont saisies par les membres de l'EI.
Les journalistes syriens affirment s'appuyer sur des témoignages d'habitants de la ville, sans qu’on ait actuellement le moindre moyen de confirmer ou d’infirmer cette information.
L'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme (OSDH) ne confirme pas ce chiffre de 400 victimes des Jihadistes donné par la télévision syrienne. Il affirme avoir la preuve de l'exécution de 217 personnes depuis le 16 mai. Parmi ces 217 personnes, on trouve 67 civils et 150 membres des Forces syriennes, des milices pro-gouvernementales et des personnes accusées d'être des informateurs.  67 civils, dont 14 enfants et 12 femmes ont été exécutées à Soukhna et Amiriya, là où se trouvaient des casernes d'officiers, ainsi qu'à Palmyre même. Des familles entières auraient été exécutées, avec les enfants et leurs parents. Les victimes ont été tuées par balles, décapitées ou au couteau, affirme l'OSDH. On estime par ailleurs que 600 autres personnes auraient été capturées par les Jihadistes de l'EI et attendraient leur sort.

Yémen

Les espoirs de trouver une solution au conflit yéménite s'éloignent
Le conflit entre la République islamique et le royaume wahhabite est à son apogée, notamment au Yémen, et rien n'indique que les dirigeants saoudiens disposés à mettre un terme à leur offensive contre les miliciens chiites yéménites.

Une campagne de bombardements aériens inefficace
Pourtant, les résultats de la campagne de bombardement, d’une grande violence, ne semble pas être très positifs. Certes, les jets saoudiens ont détruit les casernes de l'armée yéménite et 80 % de ses stocks d'armes stratégiques, mais elle n'a pas touché un seul des dépôts d'Ansarallah, tout simplement parce qu'elle ne connaît pas leur emplacement.

Un objectif saoudien manquant de clarté
Les Saoudiens, en s’engageant dans le conflit, espérait ramener Abed Rabbo Mansour Hadi à Aden, dans le sud du pays. Aden serait ainsi devenu la seconde capitale d'un Yémen de nouveau divisé en deux. Le nord du pays, dont la capitale Sanaa a une population en majorité chiite zaïdite serait resté entre les mains d’Ansarullah, la milice chiite.  Hadi aurait alors dirigé le sud et l'est du pays, qui sont en majorité peuplés de sunnites. Mais la communauté sunnite yéménite n’est pas unie.

Une situation confessionnelle très complexe
Les sunnites de l'ouest et d'une partie du sud sont de rite chaféite (sunnites modérés), alors que ceux de l'est sont wahhabites et proches d'al-Qaïda. Du coup, l’Arabie saoudite s’est retrouvée pris au piège de son intervention. Seuls les Sunnites de l’est, et donc al-Qaïda inclus, soutenaient les objectifs de l’Arabie saoudite, tandis que les Sunnites chaféites se rangeaient plutôt du côté des adversaires de l’Arabie saoudite. D'ailleurs, l'imam des chaféites, cheikh Sahel ben Akil, ayant déclaré son appui à la « révolution » menée par les Chiites, a bien failli périr dans un attentat. 

Les Chiites d'Ansarullah continuent de progresser
Non seulement les Saoudiens n'ont atteint aucun de leurs objectifs déclarés mais les miliciens chiites d’Ansarullah ont poursuivi leur progression sur le terrain. En deux mois, ils ont conquis six provinces au sud et au centre du pays, et avancent dans la province de Ma'reb, au centre-est, dont ils contrôlent désormais 80 %, alors que celle-ci était un bastion d'al-Qaïda, au même titre que la grande province de Hadramout, à l'est du pays.

La diplomatie dans l’impasse
La conférence de Riyad destinée à amorcer un dialogue entre les parties yéménites s'est soldée par un échec flagrant. Il ne pouvait pas en être autrement car une série d’incidents on marqué le déroulement des entretiens. Pour commencer, les émirs saoudiens ont refusé de s'asseoir aux côtés « des simples roturiers yéménites ». Ensuite, une dispute a opposé les princes des différents États du Golfe. Une autre dispute a surgi entre les personnalités yéménites, notamment le président « démissionnaire » Mansour Hadi et son ministre des Affaires étrangères Bahhah. Tel et si bien que les organisateurs ont passé leur temps à tenter de réconcilier les uns et les autres sur des sujets allant des repas aux hôtels en passant par les questions politiques et militaires. Finalement, la déclaration de Riyad a été oubliée sans avoir été signée par les participants. Ce qui montre bien l'étendue des divergences entre les personnalités présentes dans la capitale saoudienne...
Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a aussitôt lancé le projet d'une seconde conférence de dialogue entre les parties yéménites. Celle-ci devrait se tenir à Genève le 28 mai. Mais, comme pour la conférence de Riyad, la milice chiite Ansarallah n'y est pas invitée, à la demande des dirigeants saoudiens. Ce qui permet déjà de prédire son échec.

Frontière saoudo-yéménite
Les forces saoudiennes et les milices chiites yéménites ont échangé des tirs d'artillerie lourde qui ont détruit dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 mai une partie du poste frontière Haradh, le principal point de passage entre les deux pays.
La zone frontalière s'est transformée en ligne de front, ce qui a obligé les habitants de plusieurs villages yéménites dans le secteur à quitter leur domicile pour s'éloigner de la zone de combats.
Il semble que la combativité des soldats saoudiens laisse beaucoup à désirer. Les tribus yéménites qui sont alliées aux Chiites d’Ansarullah racontent que les militaires saoudiens ont pris la fuite très rapidement face à l'avancée des combattants venus du Yémen.

Un bombardier saoudien abattu dans la province de Sanaa - Dernière nouvelle
La défense anti-aérienne yéménite affirme avoir abattu un F-16 saoudien. L'avion se serait écrasé dans le secteur de Beit Khayran, district de Bani Harith, au nord de Sanaa. L'avion participait à un raid contre la base aérienne d'al-Dailami. On ignore le sort du pilote.
Vidéo :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=67edfdbd4beb

Taëz
A Taëz, une ville du centre du Yémen, les miliciens chiites et les combattants qui soutiennent le président Hadi ont échangé des tirs d'artillerie dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 mai. Les chiites houthis ont pris le contrôle d'une base militaire sur un sommet montagneux stratégique.

Jihadisme international

Grande Bretagne
Fatlum Shalaku, un kamikaze « Britannique » âgé de vingt ans s’est fait sauter lors de la bataille de Ramadi. Il serait le cinquième élève de l’école Holland Park à avoir péri après avoir rejoint l’Etat Islamique. L’annonce de sa mort a été donnée par l’organisation islamiste, l’identifiant sous le nom d’Abou Mousa al-Britani.
Abou Moussa al-Britani était l'un des six kamikazes de l’EI à avoir péri au cours d’attentats suicides lors de la bataille de Ramadi. Son frère aîné, Flamur, 23, aurait été tué au combat en Mars 2015.
En 2014, deux anciens élèves de Holland Park school avaient été arrêtés en vertu des lois antiterroristes et accusés de financement des combattants djihadistes en Syrie. On peut se demander ce qu’envisagent de faire les autorités sécuritaires britanniques en ce qui concerne cette école.

Jean René Belliard

 

 

 

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