25/04/2015

Jihadisme international

Al-Qaïda et l'Etat Islamique sont à couteaux tirés pour prendre la tête du Jihadisme mondial. Comment en est-on arrivé là. On prête à Ayman Zawahiri l'intention de dissoudre la centrale al-Qaïda pour se mettre sous l'autorité de Mollah Omar, le prestigieux chef des Talibans alors que l'Etat islamique somme Ayman al-Zawahiri et Mollah Omar de prêter allégeance au calife autoproclamé Abou Baker al-Baghdadi.


Al-Qaïda et l’Etat islamique
Ayman Zawahiri, le successeur de Ben Laden à la tête d’al-Qaïda aurait l'intention de dissoudre la centrale jihadiste. Si cela est le cas, on se perd en conjecture sur les raisons d’une telle décision. Et surtout que deviendront ceux qui sont restés fidèles jusqu’au bout au chef d’al-Qaïda, au risque de s’affronter avec leurs concurrents de l’Etat islamique ?
Il est de notoriété publique que la communauté du jihad mondial est aujourd’hui profondément divisée.
A l’origine de cette division il y a un différend déclenché il ya deux ans par l'ancienne branche irakienne d'Al-Qaïda, l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Cette organisation jihadiste née en Irak après l’invasion américaine de 2003, prétendait être affiliée à al-Qaïda, tout comme le Front al-Nosra en Syrie. On n’a pas compris, au début, la différence qu’il y avait entre l’Armée de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL en abrégé français, ISIL en anglais ou Daech en arabe) et le Front al-Nosra, le représentant officiel d’al-Qaïda en Syrie.

La montée en puissance de l’Etat islamique
Le conflit a commencé lorsque l’EIIL a cherché à imposer son autorité sur les zones tenues par l’opposition dans le nord du pays. Ses unités combattantes, prenant le dessus sur le Front al-Nosra, représentant officiel d’al-Qaïda en Syrie, ont commencé à imposer dans les « zones libérées » les règles strictes de la loi musulmane, la charia. L’EIIL sera très vite haï par le reste de la rébellion syrienne à cause de la brutalité de ses méthodes à l’encontre des civils, et son refus de coopérer avec les autres groupes dans la lutte contre le régime de Bachar Al-Assad.
Des combattants rebelles accusés de corruption sont exécutés, des partisans de Bachar el-Assad décapités sur les places publiques et les vidéos de ces « punitions » largement diffusées sur les sites Internet. Au début, les combattants du Front al-Nosra, en grande majorité de nationalité syrienne, n’étaient pas de taille à résister aux troupes aguerries de l’EIIL parmi lesquelles se trouvaient de nombreux vétérans des guerres d’Afghanistan et d’Irak.

Guerre entre l’Etat Islamique et l’Armée Syrienne Libre
Le 11 juillet 2013, l’EIIL commet l’irréparable. Il exécute Kamal Hamami, plus connu sous son nom de guerre Abou Bassir el-Ladkani. Il était l’une des personnalités les plus en vue du Conseil militaire suprême de l’Armée Syrienne Libre (ASL). « Nous allons les balayer », déclare aussitôt un commandant de l’ASL. « Nous n’allons pas les laisser s’en sortir comme cela, vu qu’ils veulent nous prendre pour cibles. » D’après ce commandant, les militants de l’EIIL auraient affirmé qu’il n’y avait « pas de place » pour l’ASL dans la région où Kamal Hamami a été tué. Il s’agit de la région située dans le nord de la Syrie, près de la frontière avec la Turquie. Kamal Hamami participait à une réunion avec des Jihadistes de l’EIIL lorsque ceux-ci l’ont tué. La dispute portait sur le contrôle d’une position dans la région de Lattaquié. Al-Hamami aurait été exécuté par le chef même de l’EIIL à l’époque : Abou Ayman al-Bagdadi. C’est du moins ce qu’a raconté un compagnon d’al-Hamami épargné pour transmettre le message et les menaces selon lesquels l’Armée Syrienne Libre était désormais considérée comme « hérétique » et que le Conseil militaire suprême serait également la cible de l’EIIL.
Les combats seront sporadiques jusqu’à la prise de la ville d’Azzaz, proche de la frontière turque, le 19 septembre 2013. Les chefs de la brigade al-Tawhid, l’une des plus puissantes brigades de l’Armée Syrienne Libre de la région, ont bien tenté à plusieurs reprises de négocier une trêve entre l’EIIL et la Brigade de la Tempête du Nord (brigade al-Asifa ash-Shamal) qui contrôlait Azzaz avant sa conquête par les Jihadistes. Peine perdue ! De guerre lasse, le 3 octobre 2013, six puissantes brigades rebelles lancent un ultimatum aux combattants de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) pour leur demander de quitter « immédiatement » Azzaz.
Les combats entre les extrémistes de l’EIIL et les autres formations rebelles reprendront de plus belle à partir du 3  janvier 2014 et ils seront extrêmement violents. La formation jihadiste doit faire face à une nouvelle alliance baptisée « l’Armée des Moudjahidines ». La bataille rangée à grande échelle qui débute ce jour du 3 janvier oblige l’organisation jihadiste à abandonner plusieurs positions dans le nord du pays. Outre l'Armée des Moujahidines (islamistes), le Front islamique, la plus puissante coalition rebelle en Syrie, armée et financée par l’Arabie saoudite, et le Front des révolutionnaires de Syrie (modéré, non islamiste) sont engagés dans les combats.

Le Front al-Nosra rejoint les combattants de l’ASL contre l’EIIL
Le Front al-Nosra, qui revendique, comme l’EIIL, son affiliation à al-Qaïda, a rejoint la coalition mais semble, au début, relativement absent des combats qui se déroulent à Alep. Il semble que, dans un premier temps, l’EIIL et le Front al-Nosra aient passé un accord pour éviter de provoquer des pertes inutiles.
Dans les provinces d'Alep et d'Edleb, plusieurs dizaines de combattants de l'EIIL sont tués et une centaine d'autres sont faits prisonniers, dont l'un de ses chefs, Abou el-Hareth. Les assaillants, eux, perdent une cinquantaine de combattants.
Le 4 janvier, l’Armée Syrienne Libre capture 80 combattants de l’EIIL à Alep. Le même jour, l’organisation jihadiste lance un ultimatum aux membres de l’ASL. Passé ce délai, elle menace de se retirer de ses positions et de les laisser à l’armée d’Assad. Mais la situation ne tourne pas à son avantage. A Edleb, ville de l’ouest syrien où l’EIIL est également présente, plusieurs unités font défection et rejoignent l’Armée Syrienne Libre. Devant la pression, l’EIIL préfère se retirer de certains secteurs stratégiques du nord près de la frontière turque. Il évacue, notamment, sa place forte d'el-Dana dans la province d'Edleb et la localité d’Atmé. Les positions sont aussitôt occupées par les combattants du Front el-Nosra et d'Ahrar el-Cham.
Le 6 janvier, l’Armée Syrienne Libre entrait à Raqqa et assiégeait le QG de l'EIIL. Elle en profitait pour libérer 50 prisonniers syriens détenus dans un bâtiment de la ville. Elle annonçait également la mort au combat du numéro 2 de l’organisation jihadiste, Abou Bakr al-‘Iraki sans que cette nouvelle soit confirmée.
Il est à noter que le Front al-Nosra a, cette fois, contribué à la prise de la ville. Les combats entre le Front al-Nosra et l’EIIL y sont particulièrement violents. Le Front al-Nosra réussit à prendre le contrôle du siège de la Sécurité politique de Raqqa qui était occupé par l'EIIL et bombardait le bâtiment du gouvernorat, qui servait de siège principal de l'EIIL.

Accusations mutuelles entre le Front al-Nosra et l’Etat islamique
Le chef du Front al-Nosra, al-Joulani, accuse l’EIIL de porter la responsabilité des violences dans un message sur Twitter. Il explique que l’EIIL « a mené sur le terrain une politique erronée qui a été un facteur important dans le déclenchement du conflit ». Si les violences se poursuivent, « le régime va pouvoir trouver un nouveau souffle alors qu'il était proche de l'effondrement, et l'Occident et les (...) (chiites et alaouites) vont trouver un grand espace », a-t-il mis en garde.
La réponse n’a pas tardé. Cheikh Abou Mohammad al-Adnani, un responsable de l’EIIL en Syrie, demandait aux dirigeants du Front al-Nosra : « qui vous a poussés à vous battre contre nous ? ». Puis, s'adressant aux combattants de l'EIIL, il les exhortait: « Anéantissez-les (les rebelles) et (...) soyez certains de la victoire de Dieu. » Parlant ensuite aux rebelles, il prévenait : « Aucun de vous ne survivra et nous ferons de vous un exemple pour tous ceux qui pensent suivre le même chemin. »
Mais la capture de Raqqa sera de courte durée. Les Jihadistes de l’EIIL réussiront à reprendre leur place forte le 14 janvier 2014. Il faut dire que l’EIIL se trouvait d’autant plus en position de force à Raqqa qu’elle avait fait alliance avec l’une des tribus sunnites les plus puissantes de la région.
Les Jihadistes de l’EIIL ont récupéré Raqqa mais sont expulsés d’Alep.Le 8 janvier, la coalition rebelle s’est emparé du QG et de la prison de l’EIIL à Alep qui étaient installés à l’hôpital des « enfants malades. La prise du bâtiment permet de libérer près de 300 prisonniers. Les détenus, hagards, expliquent à leurs libérateurs que des dizaines d’entre eux ont été exécutés avant leur libération. On découvrait en effet sur les lieux 42 corps, dont ceux d’au moins cinq militants et de 21 combattants de différentes brigades rebelles. Ils avaient été alignés contre un mur et fusillés.
Les combats pour le contrôle du Nord de la Syrie ont été particulièrement sanglants. On a comptabilisé plus de 4000 morts de janvier à mai 2014.
L’EIIL aurait eu le plus grand nombre de tués. Il faut dire que sa situation n’était pas enviable. L’organisation jihadiste comptait entre 5000 et 6000 combattants à l’époque, face à un nombre d’adversaires dix fois plus important. Chassés d’Alep, d’Edleb, et de Saraqeb les Jihadistes réussissaient toutefois à se maintenir dans leur place forte de Raqqa, ainsi que dans la province de Deir ez-Zhor, frontalière avec l’Irak, où ils réussirent même à chasser le Front al-Nosra de l'important gisement gazier de Koniko. A Deir ez-Zhor et la ville frontière de Boukamal, par contre, l’EIIL est mis en déroute, le 10 février 2014, par une contre-offensive du Front al-Nosra et une dizaine d’autres brigades rebelles.

Al-Qaïda désavoue l’Etat islamique
On était surpris par le silence des dirigeants d’al-Qaïda. Pourtant, les deux formations jihadistes qui se livraient à une guerre impitoyable, le Front al-Nosra et l’EIIL, revendiquaient toutes les deux leur allégeance à la centrale jihadiste. Al-Qaïda rompra finalement le silence à la fin de janvier 2014. Elle publie un communiqué dans lequel elle désavoue l’EIIL impliqué dans des combats meurtriers contre les rebelles en Syrie.
Daech (nom arabe de l’EIIL) « n'est pas une branche d'al-Qaïda, n'a aucun lien organisationnel » avec le réseau, qui « n'est pas responsable de ses actions », affirme le commandement général d'al-Qaïda dans un communiqué mis en ligne sur les sites jihadistes. Il souligne que le réseau « n'avait pas été informé de la création de (l'EIIL) ». Le commandement général d'al-Qaïda déplore également les combats fratricides entre les groupes jihadistes et appelle à leur arrêt immédiat. Le communiqué ajoute qu'al-Qaïda ne doit pas être responsable d'actions portant préjudice « aux Moujahidines, aux musulmans ou aux non-musulmans ». Les jihadistes « ne doivent pas se précipiter pour annoncer des émirats et des États (...) et les imposer aux autres », poursuit le texte.
Le communiqué, diffusé dans la nuit du 26 au 27 janvier 2014, confirmait des propos récents du chef d'el-Qaïda, Ayman el-Zawahiri, qui avait appelé l’EIIL à se retirer de Syrie désignant le Front el-Nosra, comme étant son véritable et unique représentant en Syrie.
Fort de cette reconnaissance officielle, le Front al-Nosra lance un ultimatum de cinq jours à l’EIIL pour régler leur conflit devant un tribunal religieux et mettre fin à deux mois de guerre sanglante.
Face à cet ultimatum, l’EIIL décide plus sage d’évacuer toutes les positions qu’il occupait encore à Azzaz, son plus important bastion dans la province d'Alep, l'aéroport militaire de Mennegh (pris par les rebelles en août 2013), la localité de Mayer et les villages de Deir Jamal et Kafine. Elle recentrait ses forces à Raqqa pour tenter au moins de conserver cette place-forte.

L’EILL s’en prend à la direction d’al-Qaïda         
Le 11 mai 2014, le chef de l’EIIL en Syrie, Abou Mohammad al-Adnani s’en prend directement au leader d’al-Qaïda. Dans un enregistrement sonore, il demande au chef d'el-Qaïda Ayman al-Zawahiri de limoger le leader du Front al-Nosra, Abou Mohammad al-Joulani. « Soit vous persistez dans votre erreur et demeurez obstinés, et la division et les combats entre Moujahidines (combattants de Dieu) vont continuer, soit vous reconnaissez votre erreur et la corrigez », menace-t-il. « Vous avez provoqué la tristesse des moujahidines et l'exultation de leur ennemi en soutenant le traître (al-Joulani) », déclare al-Adnani dans l'enregistrement qui a été mis en ligne sur des forums jihadistes. « Le cheikh Oussama (Ben Laden, précédent leader d'el-Qaïda) avait rassemblé tous les moujahidines avec une seule parole, mais vous les avez divisés et déchirés », déclare Abou Mohammad al-Adnani. « Vous êtes à l'origine de la querelle, vous devez y mettre fin », ajoutet-il.

L’EIIL veut créer un Etat islamique à la frontière entre la Syrie et l’Irak
Les jihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant (Daech, EIIL) relancent an mai 2014 leur tentative d'installer un État islamique dans la région située à la frontière entre la Syrie et l'Irak. Chassés des postes frontières avec la Turquie, les jihadistes de l’EIIL doivent absolument maintenir une continuité territoriale avec leurs frères de l’Armée de l’Etat islamique d’Irak et du Levant en Irak qui mènent de durs combats dans la province sunnite d’al-Anbar. Il en va de la survie de leur organisation et l’issue de leur lutte contre le régime chiite d’Irak ou celui de Syrie.
Après avoir perdu la bataille en février 2014 contre al-Nosra et le Front Islamiste, l’EIIL a déployé 3 000 combattants à Deir ez-Zor en provenance de Raqqa. « La majorité des combattants sont étrangers dont des Européens, des Tunisiens et des Saoudiens,» affirme le porte-parole des rebelles opposés à l’EIIL, Omar Abou Layla. « Daech a reçu des ordres de son leader Abou Bakr al-Baghdadi de s'attaquer à Deir ez-Zor pour la prendre. C'est leur principale voie d'accès vers l'Irak », déclare-t-il
Le directeur de l'OSDH (Observatoire Syrien des Droits de l’Homme), Rami Abdel Rahmane, confirme l'expansion de l’EIIL : « Ils poussent les tribus à leur prêter allégeance et combattent les factions rivales dans l'objectif de préserver leur hégémonie. » « Daech (EIIL) a du pétrole, de l'argent et des armes », ajoute-t-il, rappelant que ses combattants avaient saisi en 2013 les dépôts d'armes du régime.
L’EIIL contrôlait en mai 2014 la majorité de la zone s'étendant à l'est de l'Euphrate, dans la province pétrolière et tribale de Deir ez-Zhor bordant l'Irak. Des dirigeants rebelles à al-Boukamal, un passage-clef entre l'Irak et la Syrie toujours sous contrôle de l’EIIL, prêtent allégeance à l'EIIL. Des rebelles et des jihadistes opposés à l’EIIL les combattent, mais ils subissent de lourdes pertes.

Naissance du califat islamique
On connaît la suite, une offensive fulgurante de l’Etat islamique contre l’armée irakienne permettra au groupe jihadiste de saisir une importante partie du territoire irakien et d’annoncer la création du califat islamique à cheval sur l’Irak et la Syrie avec Abou Baker al-Bagdadi comme son calife autoproclamé. L’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL) abrège son nom et devient Etat Islamique (EI)
L’annonce de la naissance du califat islamique a jeté le trouble au sein des Jihadistes du monde entier. Avant la création du califat, il n’y avait pas d’état d’âme à avoir. Lorsqu’on voulait faire le jihad, on rejoignait un groupe affilié à al-Qaïda. Désormais, il fallait choisir et de nombreux groupes jihadistes liés à Al-Qaïda déclareront leur allégeance à Abou Baker al-Baghdadi, d'autres restant fidèles à Zawahiri, et d'autres encore se divisant en factions distinctes soit affilié à Al-Qaïda ou à l’Etat islamique.
L’autorité d’Abou Baker al-Baghdadi au sein de la communauté mondiale du jihad ne cesse de se renforcer. Des Jihadistes réputés dans le monde du jihad lui font allégeance, comme les Tchétchènes.

Al-Zawahiri a tenté de résister
Zawahiri n’est pas resté les bras croisés. Il a tenté de préserver ce qui restait de son autorité face à l’autorité croissante d’Abou Baker al-Baghdadi. En Septembre 2014, par exemple, il a annoncé la formation d'une nouvelle branche d’al-Qaïda en Inde, appelée Al-Qaïda dans le sous-continent indien (AQIS). L'objectif de l’AQIS était de «hisser le drapeau du jihad, la restauration de la loi islamique et l'application de la charia dans tout le sous-continent indien. » La date choisie pour l’annonce de la création de l’AQIS, juste avant l'anniversaire des attentats du 11 Septembre, était sans doute destinée à souligner l'importance de la centrale d'Al-Qaïda et rappeler ses anciens faits d’arme.
Quelques semaines après l'annonce du «califat» d’Abou Baker al-Baghdadi en Juillet 2014, Zawahiri a répliqué en confirmant son allégeance au «Prince des Croyants », le chef taliban Mollah Omar. L’objectif était de bénéficier de l'importance symbolique de son allié afghan dans les milieux jihadistes. Celui-ci avait mis en place, en 1996, un émirat islamique en Afghanistan. Avant Zawahiri, Ben Laden lui-même avait promis son allégeance à Mollah Omar.
Mais l’Etat Islamique n’aura aucune intention de se mettre sous l’autorité du Mollah Omar.  Abou Mohammed al-Adnani, le porte-parole de l’Etat Islamique en Syrie, se permettra même d’attaquer le chef afghan dans une déclaration incendiaire, demandant au chef des Talibans de faire allégeance à Abou Baker al-Baghdadi.
«La terre de l'État islamique demeure et se développe, » affirme al-Adnani. "Ainsi, chaque personne doit faire allégeance au calife, Abou Baker al-Husseini al-Qurashi al-Baghdadi, y compris vous, oh Zawahiri et vous, oh mollah Omar."
Les talibans, aussi, ont commencé à sentir le danger de l'influence d’Abou Baker al-Baghdadi dans leurs rangs. Un clip de propagande a été récemment conçu pour célébrer le mollah Omar comme le «serviteur de l'Islam» et le «prince des croyants», comme l'appellent ses partisans.
Le clip a été conçu pour renforcer l'autorité de Mollah  Omar après que de nombreux membres des Talibans aient cessé d’obéir à leur chef, et fait allégeance à Abou Baker al-Baghdadi et son califat islamique.
Les importantes ressources financières à la disposition de l’Etat islamique et son intense activité médiatique ont joué un rôle clé pour inciter les jihadistes, à la fois individuellement et en groupes, à rejoindre l’Etat islamique plutôt qu’al-Qaïda. Dans les milieux  jihadistes, la machine de propagande de l’EI martèle l'idée qu’al-Qaïda n'a plus de raison d'exister: l'organisation jihadiste a été créée pour servir de base (al-Qaïda veut dire « base » en arabe) à l'établissement de l'État islamique » et maintenant cet objectif est atteint. Par conséquent, Zawahiri doit prêter allégeance au "calife Ibrahim."
Mais Zawahiri ne semble pas prêt à faire allégeance à Abou Baker al-Bagdadi. C’est peut-être la reconnaissance tacite de sa défaite qui l'a amené à penser dissoudre son mouvement.
Il y a une autre possibilité qui pourrait expliquer la décision de Zawahiri. Selon les documents trouvés dans la résidence pakistanaise d'Oussama Ben Laden après son assassinat, ce dernier envisageait sérieusement de renommer Al-Qaïda pour réduire le lourd fardeau de l'association du groupe avec le terrorisme. Peut-être que Zawahiri a décidé de suivre cette voie, quoique d'une manière différente. Si al-Qaïda n’était pas inscrit sur la liste des organisations terroristes, peut être que le groupe fonctionnerait mieux et avec une plus grande liberté. On a déjà vu en Syrie et au Yémen qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que les groupes affiliés à al-Qaïda soient réintégrés aux organisations « fréquentables » en relation avec des pays tels que l’Arabie saoudite, le Qatar ou la Turquie, soutenus par l’Occident, dans le cadre plus global de la lutte contre l’Iran et les Chiites.

Jean René Belliard

Commentaires

La prise de Edlib et Jisr al Shugur sera-t-elle l'aube d'un caliphat sous l'égide de Al Nusra opposé à celui de Al Raqqa, au mains du EI?
Est-ce que Al Nusra est bien le representant officile de Al Qaeda en Syrie? Contrairement à l'EI, Al Nusra est-il composé exclusivement de Syriens?
Qu'en est il de l'ASL? Est-ce qu'elle existe encore? Comment vont réagir ces groupes moins extremistes à la création probable d'un caliphat à Edlib?
La Turquie est-elle maintenant menacée par la présence éventuel de ce caliphat à ses portes ou bien a-t-elle deja fait des accords de non-aggression?
Y aura-t-il une coalition US anti-Al Nusra qui bombardera Edlib?
Beaucoup de questions se posent sur le retrait du AAS de Jisr al Shugur. Etait-ce délibéré pour mettre les E.U en conflit direct avec la Turquie et chnager la donne?

Écrit par : virgile | 25/04/2015

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