24/04/2015

Du 20 au 24 avril 2015 – Evènements au Moyen Orient et en Afrique du nord

La coalition arabe contre les Chiites yéménites semble avoir inspiré Saoudiens, Qataris et Turcs pour réitérer la même méthode dans d'autres pays arabes, et en premier lieu la Syrie où de grandes batailles viennent de débuter.



Arabie saoudite

Alerte sécuritaire
Les forces de sécurité saoudiennes ont été placées en état d'alerte en raison d'un risque d'attaque contre un site du secteur de la production pétrolière ou un centre commercial, a annoncé lundi 20 avril Mansour Turki, un porte-parole du ministère de l'Intérieur.
"Nous avons des renseignements sur une possible opération visant un centre commercial ou les installations d'Aramco (la compagnie nationale des hydrocarbures). Nous avons transmis cette information aux forces de sécurité pour qu'elles soient en alerte", a déclaré Mansour Turki.

Egypte

Guerre dans le nord-Sinaï
Trois militaires, dont un officier, ont été tués lundi 20 avril dans l'explosion d'une bombe au passage de leur véhicule blindé dans le Sinaï, un nouvel attentat en Egypte revendiqué par la branche locale de l'organisation Etat Islamique (EI).
L'attaque a été perpétrée à Rafah, près du point de passage menant au territoire palestinien de la bande de Gaza. Le Sinaï est le bastion du groupe Ansar Beït al-Maqdess, qui s'est rebaptisé récemment "Province du Sinaï" (Wilayat Sina) pour marquer son allégeance à l'"émirat" auto-proclamé par l'EI sur une partie de l'Irak et de la Syrie.
"Un officier et deux soldats ont péri et un a été blessé, quand leur véhicule blindé a sauté sur un engin explosif dans la zone de Tawil al-Amir" dans la partie égyptienne de la ville de Rafah, a annoncé à l'AFP un responsable des services de sécurité qui a requis l'anonymat. Le bilan a été confirmé par un responsable des services médicaux de la province du Nord-Sinaï. "Nous avons fait exploser un véhicule blindé de l'armée des apostats et tous ses occupants ont été tués", lit-on sur le compte Twitter de Province du Sinaï (Wilayat Sina).
L’attentat a été suivi, lundi 20 avril dans la soirée, par des tirs de mortiers qui ont touché une zone résidentielle au sud de la ville de Sheikh Zuweid, une localité de la province du Nord-Sinaï. Deux enfants de cinq ans ont été tués.
L'armée mène une vaste offensive dans le Sinaï contre les groupes jihadistes mais elle est visée, comme la police, par de nombreux attentats meurtriers depuis que les militaires ont destitué et arrêté en juillet 2013 le président islamiste élu Mohamed Morsi et répriment dans le sang les manifestations de ses partisans. Selon les autorités, plus de 500 policiers et soldats ont été tués dans ces attaques, essentiellement dans le Nord-Sinaï, depuis 2013. Certaines ont également visé policiers et soldats au Caire.
Dans le même temps, les forces de l'ordre ont tué plus de 1.400 manifestants pro-Morsi et emprisonné plus de 15.000 partisans de l'ex-président. Des centaines ont été condamnés à mort dans des procès de masse expédiés en quelques minutes et qualifiés par l'ONU de "sans précédent dans l'Histoire récente" du Monde.

22 condamnations à mort de Frères musulmans
La quasi-totalité des dirigeants des Frères musulmans, la confrérie de M. Morsi, sont emprisonnés et jugés dans divers procès dans lesquels ils ont été condamnés ou encourent la peine de mort.
Les dernières condamnations à mort en date ont été prononcées lundi 20 avril par le tribunal de Guizeh au Caire à l’encontre de 22 partisans de l'ex-président islamiste Mohamed Morsi. On les accusait de l'attaque d'un commissariat à Kerdassa (banlieue du Caire) le 3 juillet 2013 durant laquelle un policier avait été tué.
Les peines prononcées par le tribunal de Guizeh confirment  les condamnations à mort du 18 mars 2015. Les condamnés peuvent faire appel devant la Cour de cassation.

Mohammed Morsi condamné à 20 ans de prison
Mardi 21 avril, un tribunal du Caire a condamné M. Morsi à vingt ans de prison. Il était jugé pour la  mort de trois manifestants devant le siège de la présidence en décembre 2012.

Menaces des Jihadists de Wilayat Sina
Les Jihadistes de Wilayat Sina (Etat Islamique) ont distribué aux habitants d’al-Mahdiyah, Dawar Rafi’a et sud de Rafah un communiqué de mise en garde.

Gaza

Bref regain de violence entre Gaza et Israël
Jeudi 23 avril dans la soirée, un tir de roquette a frappé le sud d'Israël sans faire de dégâts. C’est le premier tir d’une roquette depuis décembre 2014. Rappelons que l'enclave palestinienne avait été dévastée à l'été 2014 par 50 jours de guerre qui avaient fait 2.200 morts côté palestinien et 73 côté israélien.
En représailles à ce dernier tir de roquette, des chars israéliens ont tiré sur un site de la branche militaire du mouvement Hamas à l’est de Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza. Les tirs ont été effectués dans la nuit du jeudi 23 au vendredi 24 avril sans faire de blessé.

Guerre en Irak

Raffinerie de Baiji
L’armée irakienne a réussi à chasser les Jihadistes de l’Etat islamique de la raffinerie de Baiji .
Vidéo (langue anglaise) :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=b2a5e58b9c90

Kirkouk
Les autorités du Kurdistan irakien ont annoncé que leurs forces, soutenues par les frappes aériennes de la coalition internationale, avaient chassé au cours du week-end les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) d'une zone de 84 km2 du nord de l'Irak, élargissant ainsi la zone tampon autour de la ville de Kirkouk.
Le conseil de sécurité du Kurdistan autonome a déclaré qu'au moins 35 djihadistes avaient été tués par les pershmergas lors de l'offensive au sud de Kirkouk, qui a débuté samedi 18 avril sur deux fronts.
Les peshmergas sont devenus un partenaire essentiel des Etats-Unis dans leurs opérations contre le groupe EI. Les Kurdes ont pris le contrôle de Kirkouk durant l'été 2014, alors que l'EI envahissait le nord de l'Irak et que plusieurs divisions de l'armée irakienne se désintégraient. Les dirigeants kurdes disent qu'ils ne renonceront jamais à Kirkouk, ville ethniquement mixte qu'ils revendiquent, tout comme les Turkmènes et les Arabes.

Ramadi
L’armée irakienne mène des combats désespérés pour s’accrocher à Ramadi comme le montre ces vidéos. Les soldats n'ont guère le choix car ils savent ce qui les attend s’ils tombent entre les mains des Jihadistes. Des rapports concordants confirment l’utilisation de gaz chlorine par les jihadistes de l’EI contre les positions de l’armée. Au moins sept soldats ont été hospitalisés après avoir été en contact avec du gaz chlorine. Du gaz chlorine et du nitrate d’ammonium avaient déjà été utilisés par les Jihadistes à Tikrit.
Vidéo des combats côté armée :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=148e2772a13a

Tikrit
Des combats sporadiques ont toujours lieu à Tikrit et ses environs comme en témoigne cette vidéo mise en ligne par la brigade chiite Badr. Les combats opposent les miliciens chiites à des Jihadistes de l’Etat islamique  alliés à des éléments sunnites opposés à la présence des milices chiites dans leur ville :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=68ac0793a9e1

Abou Baker al-Baghdadi, le calife autoproclamé de l’EI blessé ?
Le quotidien britannique The Guardian a révélé, mardi 21 avril 2015, qu'al-Baghdadi avait été « sérieusement blessé » le 18 mars dans l'ouest de l'Irak au cours d’une frappe de la coalition aérienne. D’autres rumeurs prétendent qu’il serait soigné dans un hôpital à Odessa.
Le Pentagone a démenti ces rumeurs, affirmant ne pas penser qu’Abou Bakr al-Baghdadi ait été blessé.
« Il n'y a rien pour indiquer qu'al-Baghdadi avait été blessé ou tué », a déclaré le colonel Steven Warren, porte-parole du Pentagone. Il a précisé que le chef de l'EI « n'était pas » une cible des frappes qui ont eu lieu à ce moment-là.

Haji Bakr – ancien officier de Saddam Hussein
Après la mort d’Izat al-Duri, un proche de Saddam Hussein, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel révèle le rôle joué par un autre fidèle du dictateur irakien.
Il s’agit d’un ancien colonel des services secrets de l’armée de l’air de Saddam Hussein.  Samir Abd Mohammad al-Khlifawi, surnommé Haji Bakr. Il a fait partie du conseil militaire de l'EI. Il aurait perdu la vie au cours de combats avec l'Armée syrienne libre (ASL) à Tal Rifaat, dans le nord de la Syrie, en janvier 2014.
Der Spiegel affirme s’être appuyé sur une liasse de documents d'une trentaine de pages (graphiques, emplois du temps) rédigés par Bakr et obtenus après de longues négociations avec des rebelles d'Alep. Ils montrent un programme précis visant à l'instauration d'un califat dans le nord de la Syrie : implantations de cellules d'espions dans des villes et des villages, assassinats, enlèvements... « comme préalables à la prise de pouvoir », écrit Der Spiegel.
L'hebdomadaire explique que Bakr s'est retrouvé sans emploi et « aigri » après la dissolution en 2003 de l'armée irakienne par Paul Bremer, chargé d'administrer le pays après la chute du régime de Saddam Hussein, défait par la coalition emmenée par les États-Unis.
Haji Bakr a rencontré ensuite Abou Moussab al-Zarqaoui, un ex-dirigeant d'al-Qaïda, tué en 2006, puis, entre 2006 et 2008, a passé deux années dans les geôles américaines, notamment dans la prison d'Abou Ghraib.
Plus tard, la route de Bakr va croiser celle des islamistes et, en 2010, cette « éminence grise », qualifiée par Der Spiegel de « plus important stratège » de l'EI, va comploter avec un groupe d'anciens officiers de renseignement irakiens pour placer l'islamiste Abou Bakr al-Baghdadi à la tête de l'EI, soucieux de donner une dimension religieuse à l'organisation.
Un témoin, cité par Der Spiegel, le décrit comme « absolument pas islamiste », plutôt un nationaliste qui « utilise la religion comme un moyen en vue d'une fin ». « Il était extrêmement intelligent, décidé, un excellent logisticien », se souvient encore ce témoin.

Exécutions sommaires de prisonniers par l’Etat Islamique
l’Etat islamique a annoncé avoir exécuté onze combattants progouvernementaux, en mettant en ligne hier une série de photos de ces exécutions. La première image montre des hommes armés de fusils d'assaut escortant à travers champs une file de prisonniers en tenue orange, les mains liées. Les captifs sont ensuite montrés agenouillés en ligne devant les hommes en noir, puis affalés au sol, entourés de mares de sang. Il s'agit vraisemblablement de miliciens chiites capturés par l'EI.

Liban

Première livraison d’armes françaises
L'armée libanaise reçoit lundi une première livraison d'armes françaises, financées par un don saoudien de trois milliards de dollars (2,8 milliards d'euros), afin de mieux faire face à la menace jihadiste venant de Syrie.
48 missiles antichar Milan ont été réceptionnés sur la base aérienne de Beyrouth lors d'une cérémonieen présence des ministres français et libanais de la Défense, Jean-Yves Le Drian et Samir Mokbel. Au total, 250 véhicules de combat ou de transport de troupes, sept hélicoptères Cougar, trois corvettes et de multiples équipements de reconnaissance, interception et communication viendront renouveler, d'ici le printemps 2019, des matériels notoirement obsolètes ou insuffisants.
La France et l'Arabie saoudite espèrent ainsi contribuer à la stabilité du Liban, qui reste fragilisé par 15 ans de guerre civile (1975-1990) et de fortes divisions confessionnelles, face aux incursions des jihadistes de l'organisation Etat islamique (EI) ou du Front al-Nosra, la branche syrienne d'al-Qaïda.
Le Liban comme la Jordanie sont directement "affectés par le développement du terrorisme en Syrie et par un très grand afflux de réfugiés. Leurs appareils de sécurité nécessitent un appui extérieur.
L'Arabie saoudite, inquiète de la montée en puissance de l'Iran dans la région, entend aussi renforcer l'armée libanaise par rapport au Hezbollah, puissant mouvement armé chiite soutenu par Téhéran et qui combat les jihadistes au côté du régime de Damas.
A travers ce contrat franco-saoudien, "c'est une véritable transformation des forces armées libanaises qui doit s'engager" avec, outre la livraison d'équipements, un plan de formation de centaines d'officiers et sous-officiers pendant sept ans, explique-t-on au ministère français de la Défense.

Et on va reparler du Hezbollah
Depuis qu’il est impliqué dans la guerre en Syrie, le Hezbollah a justifié toutes ses décisions par rapport à son appartenance à la communauté chiite. Le Parti de Dieu a d'abord expliqué qu’il envoyait des miliciens en Syrie pour protéger les sanctuaires chiites. Puis il s’est engagé dans la bataille de Qousseir en expliquant que c’était pour protéger les chiites des villages frontaliers. Lorsque la "protection des chiites en Syrie" n’a plus suffi à justifier l’engagement du Hezbollah, il a expliqué qu’il faisait la guerre pour protéger l'islam et l’Oumma.
Les Chiites libanais, qui ont largement bénéficié des dons du Hezbollah au temps où l'argent coulait à flots des caisses de l’organisation chiite, auraient mauvaise grâce à abandonner le Hezbollah  aujourd’hui. Toute opposition chiite à la politique menée par le Hezbollah en Syrie est d’ailleurs considérée comme une trahison. Les chiites du Liban n’ont pas le droit de se plaindre, au moins pas ouvertement, si des membres de leur famille meurent en Syrie, ou s’ils perdent leur emploi dans le Golfe.
Les Chiites libanais savent qu’ils sont craints et haïs par les membres des autres communautés libanaises. Ils sont craints et haïs en raison des déclarations belliqueuses de leur chef, et aussi en raison de l’armement impressionnant aux mains de l’organisation chiite.
Les Chiites libanais savent aussi qu’ils sont de la chair à canon prêts à être jetés dans le feu de l’enfer chaque fois que leur leader le voudra, et ils devront accepter tout cela parce qu’il est hors de question de laisser planer le moindre doute sur la fidélité à l’organisation.
Pourtant, quelques signes montrent que la population chiite libanaise s’essouffle et doute. Lorsqu’a éclaté le conflit entre les Chiites yéménites et l’Arabie saoudite, le Hezbollah a appelé à une manifestation populaire dans la Dahiyeh (banlieue chiite de Beyrouth) pour soutenir le Yémen. Mais la manifestation n’a pas été le succès escompté et la participation a été nettement plus faible que d'habitude. Les gens de la Dahiyeh n’étaient visiblement pas prêts à se mobiliser pour leurs frères yéménites.
Mais surtout, les Chiites libanais ont compris que leur leader était entré dans une lutte à couteau tiré contre l’Arabie saoudite, pour le compte de l’Iran. Ce qu’ils ont craint, c’est que l’engagement de leur leader allait encore contribuer à exacerber les tensions entre sunnites et chiites avec leur extension au Liban.
Or les gens de la Dahiyeh ne sont pas aveugles ou idiots. Ils savent que l’Iran et le camp alaouite, soutenu par le Hezbollah, perd du terrain en Syrie, petit à petit, inexorablement. Et il se pourrait bien que le dernier round de l’affrontement syrien ait lieu au Liban, ce que, malgré leur fidélité au Hezbollah, ils ne souhaitent pas particulièrement. Les Libanais savent ce qu’une guerre civile signifie !
Il y a plus. Le président américain Barak Obama a laissé entendre, au cours d’un récent entretien avec le journaliste Thomas Friedman, que les Etats arabes devraient prendre des mesures contre les crimes de Bachar al-Assad. Les dirigeants arabes, comme la population chiite libanaise, ont pris ces propos comme un feu vert pour étendre les opérations militaires en Syrie, avec l’approbation des Etats-Unis, tout comme l'opération saoudienne contre les Chiites yéménites avait reçu l’aval de Washington.
Pour l’instant, les voix chiites opposées au Hezbollah, ont du mal à se faire entendre. Il serait pourtant salutaire que les opposants à la direction actuelle imposée par le Hezbollah à la communauté chiite entrent en dialogue avec les représentants des autres communautés libanaises pour éviter que le pays du cèdre ne tombe dans les affres de la guerre interconfessionnelle comme cela est le cas en Syrie ou au Yémen.

Guerre en Libye

Syrte
Depuis mercredi 22 avril, de violents combats à l'arme lourde opposent à Syrte les Jihadistes de l’Etat islamique au bataillon d'infanterie 166 du groupement des milices islamistes Fajr Libya. Cela fait deux mois que les Jihadistes de l’EI et le bataillon 166 se disputent le contrôle de la ville qui se trouve à 450 km à l’est de Tripoli, la capitale libyenne.
Un avion de combat appartenant à Fajr Libya a lancé, jeudi 23 avril dans la soirée, plusieurs raids aériens contre les positions de l’Etat islamique  à Syrte. Les raids ont notamment visé le complexe de Ouagadougou, où l'EI a installé son centre de commandement et de contrôle.
L'ancien leader libyen Mouammar Kadhafi, tué en octobre 2011, avait l'habitude de tenir ses conférences internationales dans ce complexe située dans le centre de Syrte, dont il était originaire.

Guerre en Syrie

Zahran Alloush, le leader de Jeich al-Islam, est en Turquie
Les choses semblent s’accélérer du côté de la rébellion contre Bachar al-Assad. La coalition arabe contre les Chiites yéménites semble avoir inspiré une autre coalition. L’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie pourraient décider d'utiliser le même modèle pour joindre leurs efforts et intervenir plus efficacement en Syrie. 
C’est sans doute la raison pour laquelle Zahran Alloush est à Istanbul. Alloush est le chef de Jeich al-Islam. Il s’agit du principal groupe armé islamiste, proche de l’Arabie saoudite. Jeich al-Islam contrôle une bonne partie de la Ghouta orientale, et notamment la ville de Douma près de la capitale syrienne, Damas.
Si Alloush a été invité à Istanbul, c’est vraisemblablement pour discuter avec des représentants de la Turquie, de l'Arabie saoudite et du Qatar, des possibilités de fournir à la rébellion des moyens militaires accrus pour combattre les forces fidèles à Bachar el-Assad et ses protecteurs iraniens, les Libanais du Hezbollah, les milices chiites irakiennes et afghanes.
Bien sûr, Zahran Alloush ne fait pas l’unanimité au sein de l’opposition syrienne, et surtout parmi ceux qui restent ouvert au dialogue avec le pouvoir. Mais il semble que les temps ne soient plus au dialogue mais au canon et le nombre impressionnant des offensives qui viennent de débuter en Syrie en est la preuve.

Bataille d’Alep
Et on reparle des localités chiites de Zahra et Noubbol encerclées par les rebelles syriens. La bataille dure depuis près de deux ans. La brigade rebelle Souqour al-Jabal (aigles de la montagne) a mis en ligne une vidéo montrant le tir d’un TOW ATGM (anti-tank guided missile) contre une position tenue par les défenseurs des localités chiites équipée d’une mitrailleuse anti-aérienne de 23mm. On peut voir clairement des personnels tenter d’échapper à l’arrivée du missile une seconde avant l’explosion :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=c2cc59953298

Bataille de Busra al-Harir (province de Deraa – sud syrien)
Une bataille est en cours au nord-est de Deraa, dans le secteur de Busra al-Harir, dans le sud syrien. La ville occupe une position stratégique importante sur la route reliant Suweida à la province de Deraa.
Le pouvoir craint la coupure de ses voies de communication entre la ville d’Izraa à Suweida, ce qui laisserait la base aérienne Al-Thaalah [à l’ouest de Suweida] sous le feu des unités rebelles. Izraa se trouve à environ 10 km à l'ouest de Busra al-Harir et abrite la seconde plus grande base du régime dans la province de Deraa.
C’est pour alléger la pression que l’Armée Arabe Syrienne (ASL) a lancé, lundi 20 avril, un assaut contre Busra al-Harir et la localité de Malihat al-Atash après une nuit de préparation d’artillerie. Plus de cinq cents obus tirés par des chars et des mortiers, ainsi que des barrils d’explosifs lancés des avions sont tombés sur Busra al-Harir, Msaika et le passage d’al-Lajjat.
Busra al-Harir était brièvement encerclée par l’armée et ses alliés du Hezbollah libanais et des membres des Hazaras, des Chiites afghans. Les lignes d’approvisionnement des rebelles étaient interrompues, notamment le point de passage d’al-Lajjat tandis que les localités de Msaika al-Sharqiyah, Msaika al-Gharbiyeh, Al-Khawabi, Ashnan et Dallafa tombaient aux mains des soldats.
Mais l’offensive de l’AAS a fait long feu après que les rebelles, et notamment les Jihadistes du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) aient réussi à acheminer des renforts dans la ville de Busra al-Harir pour affronter les soldats de l’AAS et leurs alliés dans des combats d’une rare violence qui ont fait de nombreux morts de chaque côté. Cinq véhicules blindés de l’AAS auraient été détruits par les rebelles utilisant des missiles antichars Milan et TOW.
D’autres combattants appartenant au Front al-Nosra, à la brigade islamiste Ahrar ach-Cham et aux Brigades Omari de l’ASL, ont été dépêchés pour défendre le passage al-Lajjat.
Devant la férocité de la résistance des brigades rebelles, les forces fidèles à Bachar el-Assad se sont finalement retirées des environs de Busra al-Harir mardi 21 avril dans la matinée mais continueraient de couper les voies d’approvisionnement avec Deraa au niveau du passage al-Lajjat, ainsi que  les routes relint Daraa au plateau semi-désertique syrien, une région située entre Damas et Deir Ezzor .

Une vidéo mise en ligne ce lundi 20 avril par le Front du sud (rebelles) montre les corps de quatre Hazaras afghans tués au cours des combats :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=6b3c7113a881

Bataille de Damas
Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont décapité, mardi 21 avril à l'aube, deux rebelles accusés de les combattre au sud de Damas. Les deux rebels ont été kidnappés par l'EI dans le quartier de Qaddam dans le sud de Damas puis ont été conduits à Hajar al-Aswad, sept kilomètres plus loin, où ils ont été exécutés.

Bataille d’Edleb
L’Armée Arabe Syrienne (AAS) a marqué un point en reprenant le secteur de Muqbilah (la pointe au centre et à gauche de la poche rouge encore aux mains de l’AAS)
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Mais l’offensive des soldats de Bachar al-Assad sera sans doute de courte durée car l’armée de la conquête (Jeich al-Fath), qui s’est déjà emparée de la ville d’Edleb à la fin mars 2015, vient de lancer une nouvelle offensive sur trois axes pour consolider son emprise sur la ville et repousser l’Armée Arabe Syrienne. Rappelons que Jeich al-Fath est une coalition de mouvements appartenant à la rébellion, souvent d’obédience islamiste, parmi lesquels on trouve le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie).
L’assaut a rassemblé plus de 10.000 combattants. L’objecif de l’offensive est un corridor encore tenu par l’AAS qui part, au sud d’Edleb de la ville d’Ariha jusqu’à la ville de Jisr al-Shoughour à l’ouest et la plaine d’al-Ghab qui chevauche les provinces de Lattaquié et Hama.
Jisr al-Shoughour est une ville sunnite qui occupe une position stratégique importante contrôlant la voie d’approvisionnement des provinces d’Edleb et Lattaquié.
Les combats se déroulent sur trois champs de bataille : celui de la région d’Ariha, la ville de Jisr al-Shoughour et la plaine d’al-Ghab. Ils sont extrêmement intenses, impliquant l’aviation syrienne, des voitures piégées, des bombardements et des attaques d’infanterie.
Ariha
Sur le front d’Ariha, les Jihadistes du Front al-Nosra associés aux Islamistes d’Ahrar ach-Cham, Jund al-Aqsa et d’autres bataillons islamistes se sont lancés à l’assaut des bases militaires de Qarmid et Mastouma situées près d’Ariha. Les miliciens du Front al-Nosra ont lancé deux véhicules kamikazes contre la base de Qarmid. Il semble que les Islamistes aient réussi à prendre des positions de l’armée dans les secteurs de Horch, Moukhalil et Batata, à proximité immédiate de la base, ainsi que les hauteurs d’Asfin.
Vidéos mises en ligne par les différentes brigades rebelles montrant l’offensive au sud d’Edleb :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=0ac16a29d8f7
Jisr al-Shoughour
D’autres formations rebelles ont lancé un assaut contre la ville de Jisr al-Shoughour. La ville est située à environ 30 kilomètres du champs de bataille d’Ariha. Il semble que les Islamistes se soient emparés de l’entrée nord de la ville, notamment les positions de l’armée de Zelito, Saqiya et Aïn as-Sabil.  La prise de la position d’Aïn as-Sabil a été précédée par l’explosion d’un BMP-1 piégé parqué près du poste de contrôle. Le chauffeur a réussi à quitter le véhicule et retourner sain et sauf vers ses lignes. L’Armée Arabe Syrienne a mené de nombreux raids aériens pour venir au secours des soldats.
Vidéo du conducteur du BMP-1 piégé :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=eeae0961f91f
Cette vidéo mise en ligne par les rebelles montre le tir d’un missile TOW antichar contre une position d’observation près de l’hôpital de Jisr al-Shoughour :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=16af1b94ddbc
A noter qu’une brigade Tchétchène participe aux combats contre Jisr ach-Choughour comme le montre cette video :
https://www.youtube.com/watch?v=JEnv694zinM&feature=p...
Plaine d’al-Ghab
Parallèlement aux assauts contre Ariha et Jisr al-Shoughour, les rebelles d’Ahrar ach-Cham, en coopération avec les Brigades de l’Armée Syrienne Libre, Souqour al-Jabal (faucons de la montagne) , Souqour al-Ghab (faucons d’al-Ghab), la brigade du Front de la fermeté, la première division côtière, Ajnad ach-Cham et le Front ach-cham, ont lancé un assaut dans la plaine d’al-Ghab. Cette région s’étend sur 63km le long de la chaîne de montagnes côtière qui borde Lattaquié. Là aussi, les rebelles ont accompagné leur assaut par l’explosion d’un véhicule piégé chargé d’explosifs contre une position du pouvoir dans la région de Sirmaniya. De violents affrontements se déroulent actuellement autour de la plupart des positions de l’AAS dans les villages de l’ouest de la plaine d’al-Ghab, obligeant les forces gouvernementales à demander d’urgence des renforts. 
Vidéo de la Première division côtière montrant l’utilisation de missiles TOW antichars et de chars contre les positions des forces gouvernementales dans le secteur de Sirmaniyah :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=144ee096b1d2
Autre vidéo de la Première division côtière montrant le tir d’un missile TOW contre une mitrailleuse 23mm de l’AAS dans le secteur de Sirmaniyah :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=b38036a80a36
Autre video de la Première division côtière montrant des tirs de chars près de Fawrou :
https://www.youtube.com/watch?v=PaHyaBJh5h8&feature=p...

Vers une nouvelle offensive de l’Etat Islamique à Hassaké
La province pétrolière de Hassaké, au nord-est de la Syrie, est stratégiquement importante pour tous les belligérants du conflit syrien, pouvoir de Damas, Etat islamique et Kurdes. Elle jouxte les territoires tenus par l’Etat islamique  en Irak, où les jihadistes sont repassés à l'offensive après avoir perdu la ville de Tikrit au début du mois d’avril 2015.
Dans la province, les Jihadistes de l’EI ont déjà subi des revers face aux miliciens kurdes de l’YPG qui les ont chassés du secteur de Kobané, à la frontière turque et en prenant deux villes du gouvernorat de Hassaké avec l'aide des avions de la coalition internationale.
Les jihadistes de l’Etat islamique  demeurent un danger malgré leurs défaites récentes. Ils se prépareraient à lancer une offensive contre la ville de Hassaké.
« Au sud de Hassaké s'étendent des zones que Daech contrôle entièrement. On note une forte mobilisation de Daech aux environs de la ville et on redoute qu'une attaque ne soit lancée contre Hassaké », a dit Redur Xelil, porte-parole de la milice kurde syrienne YPG, dans une interview. Pour le moment, la priorité de l'EI est Tel-Tamr, où il espère couper une voie de ravitaillement de l'YPG, a-t-il ajouté. L'EI « cherche à prendre des grandes villes, à porter le combat à l'intérieur des villes », car elles sont plus difficiles à bombarder par les avions de la coalition que les zones de désert ou de campagne.

Bataille de Sarrin (nord syrien)
La localité de Sarrin occupe une position clé. Elle est située à l'est de l'Euphrate. C’est la dernière ville d’importance entre Kobane et Raqqa, la place-forte de l’Etat islamique . La ville a été conquise par l’Etat islamique  en  Septembre 2013. Sa population est majoritairement arabe et compte un peu plus de 6000 personnes.
De violents combats ont lieu depuis le lundi 20 avril entre les forces kurdes soutenues par des combattants de l'Armée Syrienne Libre (ASL) et les Jihadistes de l’Etat islamique pour le contrôle de la région de Sarrin. Une première offensive kurde contre Sarrin avait eu lieu en mars mais avait du être interrompue en raison d’une contre-offensive de l’Etat islamique. Plus de dix membres de l’EI auraient été mis hors de combat au cours des derniers affrontements. Les miliciens kurdes de l’YPG auraient pris trois villages et les silos à blé qui se trouvent à l’extérieur de Sarrin.
Pour empêcher leurs adversaires de pénétrer à l’intérieur de Sarrin, les Jihadistes auraient piégé les accès de la ville. Cela n’a pas empêché les miliciens kurdes et ceux de la brigade du Soleil du Nord (FSA) de poursuivre leur avance vers la ville. Ils sont aidés en cela par des bombardements ciblés de la coalition internationale contre des positions de l’EI.
Malgré les progrès des miliciens kurdes et de l’ASL, la ligne de ravitaillement de l’EI entre la banlieue nord d'Alep et Sarrin via le barrage de Tishrin, le long de l'Euphrate, reste ouverte.
La coalition internationale n'a pas voulu bombarder le barrage pour couper les lignes logistiques de l’EI en raison de la catastrophe humanitaire que la destruction de l'ouvrage aurait pu entraîner.
Il reste que les Jihadistes de l’EI sont dans l’incapacité de faire circuler des convois militaires en raison du risque des frappes aériennes.
Ce qu’on sait de la situation à Sarrin, c’est que les Jihadistes de l’EI ont interdit aux habitants de fuir la ville pour les utiliser comme boucliers humains. Des postes de contrôle de l’EI ont été mis en place le long de la seule sortie de la ville pour empêcher la population assiégée de s’enfuir.
« L’EI a mis en place un certain nombre de postes de contrôle le long de la sortie sud de Sarrin après que les forces kurdes aient encerclé les fronts nord et est de la ville, tandis que le fleuve de l'Euphrate se trouve à l'ouest."
Les Kurdes et les alliés locaux, arabes de l’ASL ou assyriens, avaient créé en septembre 2014 le « Volcan Euphrate », une  salle d'opérations conjointes destinée à unir tous les groupes anti-Etat islamique pour libérer Kobane et Raqqa. La présence des Arabes et des Assyriens était importante dans le cas de la prise des localités qui n’étaient pas peuplées de Kurdes.

Qalamoun oriental – combats entre Jihadistes de l’EI et autres formations rebelles
Entre le Front al-Nosra et l’Etat Islamique
De violents combats viennent d’éclater entre le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) et les Jihadistes de l’Etat Islamique dans la région orientale du Qalamoun. Les combats se déroulent dans une zone stratégique du désert syrien au nord-est de Damas. Le Front al-Nosra aurait perdu au moins trente combattants dans le secteur de Mouhassa, parmi lesquels Abou Amer, chef du Front al-Nosra pour la région..
Le secteur de Mouhassa se trouve à un endroit stratégique entre Damas au sud, les montagnes du Qalamoun à l’ouest et la frontière jordanienne au sud. Cette région a été le théâtre de nombreux affrontements entre organisations islamistes et rebelles rivales.
La victoire de l’Etat islamique  sur le Front al-Nosra est un coup dur pour cette organisation. En effet, en s’emparant de la région de Mouhassa, l’EI coupe les voies d’approvisionnement des autres groupes rebelles entre la frontière jordanienne et le désert syrien ou la périphérie orientale de Damas. Ainsi, les groupes de combattants rebelles entraînés en Jordanie vont avoir plus de mal à rejoindre le désert syrien, la banlieue de Damas ou le Qalamoun.
Pour contrer l’Etat islamique , le Front al-Nosra s’est résolu à former une nouvelle armée de la conquête (Jeich al-Fath) comme cela a été le cas dans la région d’Edleb. Jeich al-Fath regrouperait, outre les Jihadistes du Front al-Nosra, la brigade al-Omari Ghouraba et la brigade as-Sayf (l’épée).
Entre l’Armée Syrienne Libre et l’Etat Islamique
L’Armée syrienne libre avait lancé, elle-aussi, une offensive contre les positions de l’EI dans le Qalamoun au début du mois d’avril. Les formations qui ont pris part aux combats contre l’EI sont le Front de l’authenticité et du Développement (soutenu par les Etats-Unis), le bataillon du martyr Ahmad Abdo, Jeich Ousoud ash-Shaqiyah ainsi que des brigades islamistes comme Ahrar ach-Cham et Jeich al-Islam. L’objectif de cette offensive des rebelles contre l’EI consistait à ouvrir un couloir stratégique entre le Qalamoun et la province de Deir ez-Zhor, à l’est de la Syrie, contrôlée par l’EI.
L’offensive des groupes rebelles a débuté le 4 avril. Ils ont conquis un vaste territoire dans la  région de Halba et al-Ulayyaniya, qui se trouve à environ 100 km de la frontière jordanienne. 20 Jihadistes de l’EI ont été mis hors de combat. Les rebelles ont réussi à faire un certain nombre de prisonniers. Ils ont également récupéré des armes et des munitions.
Les Jihadistes de l’Etat islamique ont évidemment riposté, reprenant, le 19 avril Jabal Adeh (mont Adeh), situé à l’ouest de Halba et al-Ulayyaniya.
Les combats se poursuivaient le mercredi 22 avril. Au moins 12 Jihadistes de l’EI auraient été tués dans ces affrontements.
En ce qui concerne le Qalamoun occidental, qui borde la frontière libanaise, celui-ci est presqu’entièrement entre les mains du Front al-Nosra.

Un pilote syrien s’est éjecté de son avion
Cette vidéo montre des Jihadistes de l’Etat Islamique essayant de tirer sur un pilote sautant en parachute *****
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=3fd863f6a4cc
Un autre avion s’est écrasé, le vendredi 24 avril, près de Khalkhala dans la province de Soueida (sud syrien). L’armée affirme qu’il a eu une panne technique tandis que l’Etat Islamique  affirme l’avoir abattu. Le pilote aurait été capturé par les Jihadistes de l’EI.
L’aéroport de Khalkhala est attaqué depuis le 11 avril par l'EI. C’est le seul aéroport militaire dans la province de Soueida, jusque-là largement épargnée par le conflit. L'aéroport est situé près de l'autoroute reliant la ville de Soueida, aux mains de l'armée, à Damas.

Bachar el-Assad évoque les contacts entre services français et syriens
Il y a eu des "contacts" entre services de renseignements syriens et français dans le cadre de la lutte contre le groupe État islamique (EI) mais pas de "coopération", a déclaré le président syrien Bachar el-Assad dans une interview à France 2.
"Nous avons rencontré certains responsables de vos services de renseignements, mais il n'y a pas de coopération", ajoute le président syrien dans cette interview diffusée lundi 20 avril. "Alors pourquoi les avoir rencontrés?", lui demande le journaliste de France 2. "Ils sont venus en Syrie, nous ne sommes pas allés en France", répond-il. "Ils sont peut-être venus pour échanger des informations, mais quand voulez avoir ce type de coopération, il faut de la bonne volonté des deux côtés."
La France apporte un soutien militaire à l'opposition modérée syrienne et a rompu ses liens diplomatiques avec Damas en mars 2012 pour protester contre la répression orchestrée par Bachar el-Assad. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a exclu récemment toute "remise en selle" de Bachar el-Assad, une option qui équivaudrait, selon lui, à faire un "cadeau scandaleux" aux combattants jihadistes de l'EI.
Les Nations unies ont indiqué la semaine dernière que leur médiateur sur la Syrie allait consulter les différents groupes syriens et tous les pays intéressés en vue d'ouvrir de nouvelles négociations pour tenter de mettre fin à quatre ans de guerre dans ce pays.

Tunisie

Incidents sporadiques entre l’armée et les Jihadistes.
Mercredi 22 avril, un caporal de l'armée a été tué au cours d’affrontements sur les hauteurs de la région de Kasserine, une zone qui est depuis fin 2012 le théâtre de heurts réguliers entre jihadistes et forces tunisiennes.
Et vendredi 24 avril, deux soldats tunisiens et dix jihadistes ont été tués lors de combats dans un massif montagneux, le mont Salloum, près de la frontière algérienne où une opération militaire est en cours depuis le 22 avril. Les affrontements seraient toujours en cours.

Guerre au Yémen

La guerre du Yémen a fait entre le 19 mars et le 22 avril 2015, 1080 morts et 4352 blessés.

L’Arabie saoudite annonce la fin de sa campagne aérienne
Des fissures étaient apparues dans le camp de la rébellion yéménite. Dimanche 19 avril, le commandement militaire de la plus vaste province du Yémen avait annoncé le ralliement de 25 000 soldats au président Abd Rabbo Mansour Hadi. De même, un parti, celui du président Saleh, jusqu'ici allié aux houthis avait déclaré soutenir la résolution adoptée le 14 avril par le Conseil de sécurité de l'Onu qui impose un embargo sur les armes pour les rebelles et les somme de se retirer des zones conquises ces derniers mois.
Du coup, une sortie politique de la crise devenait envisageable même si le jeune chef des Chiites yéménites, Abdel Malek al-Houthi affirmait au cours d’une intervention télévisée que le « peuple yéménite ne cèdera jamais » face à « l'agression sauvage » menée selon lui par l'Arabie saoudite. Il réfutait dans le même discours les accusations de soutien militaire iranien à ses combattants. Téhéran « n'a pas d'influence au Yémen », devait-il affirmer.
C’est sans doute dans l’espoir de parvenir à une solution politique que la coalition arabe dirigée par l'Arabie saoudite annonçait mardi 21 avril 2015 la fin de sa campagne aérienne lancée le 26 mars 2015 contre les rebelles chiites yéménites. Cette campagne avait été menée « à la demande du gouvernement et du président du Yémen » tenait à affirmer les dirigeants saoudiens. Le porte-parole de la coalition, le général Ahmad al-Assiri, a justifié la décision de mettre un terme à l’offensive aérienne en affirmant que les opérations avaient atteint leur but et qu’on entrait désormais dans une phase politique.
Mais, devait-il ajouter, la coalition se réserve le droit de poursuivre les raids pour empêcher les mouvements des rebelles, soulignant également que le blocus maritime serait maintenu.
L’opération « Tempête décisive » est désormais rempalcée par une nouvelle phase, baptisée « Restaurer l'espoir » et portant sur la reprise du processus politique au Yémen, la fourniture d'aides humanitaires et la « lutte contre le terrorisme » dans un pays où al-Qaïda a renforcé sa présence en profitant du chaos ambiant. Selon le ministère saoudien de la Défense, les frappes aériennes sont parvenues « avec succès à éliminer les menaces pesant sur la sécurité de l'Arabie saoudite et des pays voisins ». Le ministère fait état de la « destruction d'armes lourdes et de missiles balistiques qui avaient été saisis par la milice houthie et les forces de (l'ancien président) Ali Abdallah Saleh dans des bases et des camps de l'armée ».

Le rôle de l’Iran
Contrairement aux accusations, l’Iran a joué un rôle modérateur dans la crise. Le conflit tombait mal pour Téhéran, à un moment où la diplomatie iranienne cherche à trouver un accord sur le nucléaire avec les Occidentaux. C’est pourquoi la décision de la coalition de mettre un terme aux raids aériens a été favorablement accueillie. C’est un « pas en avant » vers une résolution politique du conflit, affirme Téhéran.
« Je crois que l'Iran a changé d'avis », il ne va plus s'ingérer dans les affaires du Yémen, a affirmé le général à la retraite Anwar Eshki, président du Centre for Strategic and Legal Studies, à Djeddah, cité par l’Orient-le-Jour. La nouvelle discrétion iranienne dans le conflit obligera finalement les Houthis à revenir à la table de négociation avec le pouvoir yéménite.
Il était temps car le conflit menaçait à tout moment d’échapper à tout contrôle. Washington venait d’ordonner au porte-avion Roosevelt de se rapprocher du Yémen tandis qu’une flotte iranienne, comprenant neuf navires, dont deux patrouilleurs, avait pris la direction du golfe d’Aden. Les bateaux iraniens, qui étaient soupçonnés par les Américains de transporter des armes pour les rebelles chiites, feront finalement demi-tour, jeudi 23 avril 2015.
"Ils ne sont plus sur la même route", a indiqué un haut responsable américain, précisant que le convoi se trouvait au sud de Salalah (sultanat d'Oman). Mais les bateaux progressent lentement, se ménageant sans doute la possibilité de reprendre la direction du Golfe d’Aden à tout moment. 

Sur le terrain
La décision de l’Arabie saoudite d’interrompre l’opération contre les Chiites yéménites n’aura pas permis de ramener la paix dans le pays. Les combats, très violents le 21 avril, se sont également poursuivis le 22 avril, obligeant la coalition à reprendre ses bombardements.
Des affrontements ont été signalés à Aden, deuxième ville du pays, à Taëz, à Dhaleh et à Houta.
Les affrontements opposaient les rebelles chiites Houthis aux membres de la "résistance populaire" qui comprend des combattants favorables au président en exil Abd Rabbo Mansour Hadi et d'autres forces hostiles.

Seule nouvelle encourageante
Les rebelles chiites yéménites ont libéré le ministre de la Défense, Mahmoud el-Soubeihi, le général Nasser Mansour Hadi, frère du président,  et le général Fayçal Rajab.
Le frère du président Hadi était jusqu'à sa capture l'adjoint du chef des renseignements pour trois provinces du sud (Aden, Lahej et Abyane). La médiation pour la libération de ces trois personnalités a été conduite par le général Awad ben Farid, chef de la police militaire à Ataq, capitale de la province sudiste de Chabwa, et considéré comme un proche des Houthis.
Cette libération peut être considérée comme un geste de bonne volonté des Houthis en direction de la communauté internationale.
Après avoir pris le pouvoir à Sanaa en janvier 2015, les Houthis avaient placé en résidence surveillée le président Hadi et son Premier ministre Khaled Bahah. Le président Hadi avait réussi à s'enfuir de Sanaa fin février et s'était installé à Aden avant de gagner Riyad fin mars.
Le 16 mars, M. Bahah a annoncé la levée de l'assignation à résidence qui lui avait été imposée. Il devait alors rejoindre en exil le président Hadi, qui l'a récemment nommé vice-président en plus de son poste de Premier ministre.

Aden
À Aden, des combats entre pro-Hadi et rebelles ont fait 21 morts dont 13 civils

Ville de Dhaleh
Les frappes de la coalition se sont poursuivies mardi 21 avril, les plus violentes visant les alentours de la ville de Dhaleh. Les raids et les combats  entre rebelles et forces favorables au président Hadi ont fait 23 morts.

Province de Chabwa
Dans la province de Chabwa, les raids aériens et les affrontements ont tué 29 combattants des deux camps, selon des sources tribales.

Sanaa
De fortes explosions ont secoué lundi 20 avril la capitale yéménite Sanaa après deux raids aériens qui ont touché d'importants dépôts d'armes et de munitions sur une base de missiles à la sortie sud de la ville.
L'aviation de la coalition arabe conduite par l'Arabie saoudite a fait deux passages au dessus de la base d'un bataillon de missiles à Fajj Attan, touchant des dépôts d'armes, de missiles et de munitions.
Le site, situé sur une colline surplombant Sanaa, relève de la Garde républicaine, corps d'élite de l'armée yéménite resté fidèle à l'ex-président Ali Abdallah Saleh qui s'est allié aux rebelles Houthis.
Une épaisse colonne de fumée blanche s'est élevée au dessus de la base, alors que des avions de combat survolaient Sanaa où la DCA de la rébellion est entrée en action. En milieu d’après-midi, il était encore impossible de s’approcher de la base de missiles tant la chaleur était intense à des centaines de mètres de distance.
A l'est de Sanaa, un autre camp de la Garde républicaine, celui d'Al-Hafa, a également été visé par trois raids aériens.
Les bombardements auraient causé la mort de 38 personnes et fait 532 blessés. Des dizaines de maisons auraient été détruites et une station d’essence a pris feu et explosé alors que des dizaines d’automobilistes faisaient la queue pour se ravitailler en carburant. Le nombre des victimes au sein de la Garde républicaine n’a pas été communiqué.
A Arhab, au nord de la capitale, l'aviation de la coalition a lancé deux frappes contre le camp du 22e bataillon de la Garde républicaine.

Taëz (sud du pays)
Les rebelles chiites Houthis se sont emparés mercredi 22 avril dans la matinée du camp de la 35ème Brigade blindée fidèle au président Abd Rabbo Mansour Hadi.
Le camp se trouve à l'entrée nord de la ville. Il est tombé à l'issue de violents combats qui ont fait des "dizaines de morts et de blessés" des deux côtés
L'offensive des rebelles est intervenue quelques heures après l'annonce par la coalition conduite par l'Arabie saoudite de l'arrêt de ses raids aériens au.
Du coup, la coalition a repris ses raids aériens, prenant pour cible le camp de la 35ème Brigade blindée pour éviter que les armes lourdes qui se trouvaient sur place ne tombent intactes entre les mains des  Houthis.

Echange de tirs à la frontière saoudo-yéménite
Un garde-frontière saoudien a encore trouvé la mort et deux autres ont été blessés, lundi 290 avril, dans des échanges de tirs à la frontière entre l'Arabie saoudite et le Yémen, portant à huit le nombre de militaires du royaume tués depuis le début le 26 mars de l'opération militaire menée l’Arabie saoudite contre les Chiites yéménites.
L’incident a eu lieu au poste avancé « Sod » dans la région de Najrane.
C’est le deuxième incident en quatre jours. Un garde-frontière avait déjà été tué vendredi 17 avril par des tirs en provenance du Yémen dans cette même région de Najrane. 

L’Arabie saoudite n’a pas attaqué les Jihadistes d’al-Qaïda
A présent que l’action de la coalition arabe contre les Chiites yéménites est interrompue, on peut tirer les conclusions de son efficacité. Comme toutes les opérations aériennes, les raids ont permis de détruire des stocks d’armes, des infrastructures, de faire de nombreuses victimes. Mais ils n’ont rien changé en ce qui concerne le rapport de force sur le terrain.
L’opération saoudienne a cependant permis de faire quelques observations annexes. Les avions de la coalition arabe se sont abstenus, pendant toute la durée de l’opération, de prendre pour cible les Jihadistes d’al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA). L'Arabie saoudite a assisté sans réagir, par exemple, à la prise le 2 avril par al-Qaïda de Moukalla, la capitale du Hadramout, la province la plus vaste du Yémen située dans le Sud-Est.
Cela est sans doute du à la nature confessionnelle du conflit. A cela s’ajoute le fait que pour Riyad, les jihadistes ne sont pas forcément tous des combattants d'al-Qaïda, mais plutôt les fils de tribus qui peuvent être des alliés naturels dans le cadre de la rivalité avec les Chiites et l’Iran.
Mais la stratégie saoudienne n’est pas sans danger. D’abord, parce qu’elle renforce les extrémistes des deux camps et leur donne une plus grande marge de manœuvre. Elle donne l’impression qu’il y a une alliance de fait entre l’Arabie saoudite, berceau du wahhabisme, et les Jihadistes de l’AQPA. Et en effet, Wahhabites comme Jihadistes d’al-Qaïda partagent la même opinion sur le fait que les Chiites sont des hérétiques.
Les grands vainqueurs de ce conflit, pourraient bien être, finalement, les Jihadistes de l’AQPA. Ils ont su profiter de l'absence de frappes saoudiennes sur leurs positions dans la province du Hadramout pour s’emparer, le 16 avril, de l'aéroport de Moukalla, puis d'une base militaire où se trouvait une grande quantité d’armes lourdes.
Devant la déliquescence du pouvoir, et même dans le cas d’un cessez-le-feu entre le président Hadi et les Houthis, on ne voit pas qui s’attaquerait aujourd’hui à l’AQPA, à part quelques attaques de drones Predator américains sur des cibles isolées. Et ce n’est pas la mort de Cheikh Ibrahim al-Rubaish, l’idéologue d’AQPA, suite à l’attaque d’un drone, le 14 avril dernier, qui va changer beaucoup de choses au rapport de force existant au Yémen. Ni, non plus la mort de trois membres d’AQPA dans les mêmes conditions, dans la province de Chabwa.

La France avait choisi son camp avant la fin de l’opération aérienne saoudienne
Il y a beaucoup d’intérêt en jeu et comme je l’ai signalé dans mon précédent blog, l’Arabie saoudite pourrait renouveler au profit de l’Egypte le financement d’un important achat d’armes comme cela a été le cas pour l’armée libanaise. On comprend alors pourquoi la diplomatie française fait preuve de la plus grande obséquiosité à l’égard de Riyad pour tenter d’arracher le marché.
C’est ainsi que le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a affirmé, lundi 20 avril, le soutien de la France  à la coalition dirigée par l'Arabie saoudite et dénoncé "une entreprise de déstabilisation" de l'Iran au Yémen.
"A l'initiative de l'Arabie saoudite, des Etats de la région ont souhaité unir leurs forces pour mettre un coup d'arrêt à l'entreprise de déstabilisation, soutenue depuis l'étranger, dont le gouvernement légitime du président (Abd Rabbo Mansour) Hadi a été victime", a déclaré M. Le Drian lors d'une intervention à la résidence de l'ambassadeur de France à Beyrouth.
"La France ne transigera jamais avec ceux qui veulent une fois encore détruire les institutions légitimes d'un Etat pour accroître leur influence et réaliser le rêve d'une puissance régionale hégémonique", a-t-il ajouté en marge d'une visite marquant le début des livraisons d'armes françaises au Liban grâce à un don saoudien de trois milliards de dollars (2,8 milliards d'euros).
"J'ai mis en garde contre des volontés hégémoniques sur le Yémen, un peu sur ici aussi", a-t-il ajouté dans une allusion à l'influence de Téhéran sur le puissant mouvement chiite libanais Hezbollah.
"Même si nous n'intervenons pas directement, nous nous tenons aux côtés de ceux qui agissent pour rétablir la stabilité dans ce pays (en parlant du Yémen)", a ajouté le ministre français.
Sans vouloir se prononcer sur la nature de ce soutien, notamment en matière de renseignement, il a noté que la France avait "amené un certain nombre d'éléments d'observation" à l'Arabie saoudite.

Jean René Belliard

Commentaires

Merci pour cet énorme travail.

Écrit par : Griffe | 25/04/2015

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